Vu de là-bas : “L’Etat a essayé de diviser pour mieux régner”

Clémence et Martin ont quitté Lille pour la Martinique au mois d’août dernier. A l’instar des autres habitants du département d’outre-mer, ils subissent de plein fouet les événements récents. En avouant comprendre les raisons de la colère.

« Si on a le temps de vous parler ? Oui, il y a encore au moins une trentaine de voitures devant nous à la pompe à essence. Et ça fait une demi-heure que nous attendons. Vous savez, il y a même des gens qui attendent dès 2 h du matin ! » Martin et Clémence gardent le sourire. Même si de jour en jour, la situation devient plus pesante à vivre.

Rappel des faits. Quinze jours après l’embrasement de la Guadeloupe le 20 février, la Martinique s’est mise en grève, elle aussi. Les motifs : grosso modo les mêmes. Prix exorbitants, mainmise sur les richesses par les békés (descendants des colons blancs). Et un reportage diffusé à la télévision qui n’a fait qu’attiser les tensions (voir l’article du Monde sur le sujet ainsi que le reportage en question).

“ON EVITE DE SORTIR”

Depuis, l’île tourne au ralenti. Martin, menuisier-marbrier, et Clémence, professeur d’histoire-géographie, ne vont plus travailler. Principal problème : l’essence justement. « Ici, sans essence, tu ne fais rien, confient les ex-Lillois. Alors, on évite de sortir. Sauf pour aller se ravitailler. »  Autre désagrément notoire : la nourriture. Si le couple avoue avoir des provisions d’avance et faire jouer la solidarité entre amis, il espère que le blocage ne va pas durer trop longtemps. Sans se plaindre particulièrement : « C’est pire pour les gens qui ont des enfants par exemple, il n’y a plus de couches. »

Reportage de France 24 sur la situation en Martinique, diffusé mercredi 18 février






Exit donc l’image de carte postale de la Martinique que Clémence et Martin pouvaient avoir avant le mois d’août ? « On a beau dépendre des mêmes institutions, ce n’est pas la même culture. Mais globalement, comme dans le Nord – Pas-de-Calais,  les gens sont accueillants, même extrêmement gentils. A part certains bien sûr. » Du racisme anti-blanc ? « Non,  pas beaucoup. Il y a des gens anti-métropolitains, mais c’est minoritaire. » La peur après le décès d’un homme la nuit dernière en Guadeloupe ? Non plus. « On fait attention, faut pas aller chercher la petite bête. Mais nous n’avons pas plus peur que ça. »

LES BANANES PLUS CHERES QU’EN METROPOLE

Au final, ce qui leur fait peut-être le plus mal, c’est l’indifférence de la métropole. Des politiques d’abord. « Jégo, le ministre de l’Outre-mer… peste Clémence. Et puis Sarkozy. Plutôt que d’aller à Bagdad, c’est ici qu’il aurait dû être la semaine dernière. La situation serait peut-être débloquée. On a l’impression que l’Etat a essayé de diviser pour mieux régner. » «  Les gens de la métropole ne se rendent pas compte de la situation ici, renchérit Martin. C’est compréhensible. Là-bas, rien n’est jamais bloqué comme ça. Ici, on ne peut plus rien faire. »

Et même si sa vie est chamboulée ces temps-ci, le couple avoue comprendre l’origine de l’action : « Les pâtes, c’est 20 % plus cher ici qu’en métropole. Les bananes,  plus cher aussi ! » Clémence ajoute : « Il y a une enseigne qui s’est installée ici il y a peu. La direction a fait venir des employés de Paris. Comme si les gens d’ici n’étaient pas compétents. Le taux de chômage est effarant chez les jeunes ! »

Une demi-heure est passée. Avant de raccrocher, on leur demande où ils en sont dans la file d’attente à la station essence : « On a avancé de trois mètres… »

Nicolas Montard

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