Deux mois avec le candidat Bruno Ficheux (3/5) : derniers instants avant le premier tour

Vendredi 20 mars. C’est le dernier jour de campagne officiel avant le premier tour, dimanche. Quelques heures particulières où presque tout est déjà joué. Entre tractage, striptease sur la Grand’Place et dernier tour pendable à l’adversaire PS, nous avons continué de suivre Bruno Ficheux, candidat aux départementales.

Textes et photos : Nicolas Montard

17h30, La Gorgue : dernier tractage pour le futur conseiller venu du privé ?

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Le rendez-vous était inscrit depuis plusieurs semaines sur le tableau Excel des candidats et bénévoles. Vendredi 20 mars, de 14h à 17h, tractage à la gare d’Hazebrouck. Seulement, le programme a changé. C’est sur le parking du rutilant Mc Donald’s, à La Gorgue, que nous nous retrouvons. Le candidat a délaissé l’Audi pour une fourgonnette blanche. A ses côtés, son deuxième fils, Loïc, 19 ans, étudiant en droit, qui va l’accompagner pour la soirée. Egalement Martine Lorphelin, qui descend d’une autre voiture. « Changement de programme, explique-t-il. Les tracts, on s’est rendu compte qu’à la gare, pas mal de gens les avaient déjà eus. Nous avons décidé de faire deux opérations ciblées à la place, où nous distribuons dans les boîtes aux lettres notre surplus de documents de campagne. » Le choix des communes n’est pas anodin : Renescure, à l’autre bout du canton… justement parce que c’est à l’autre bout et que le quatuor y est moins connu. La Gorgue, ici, ville voisine d’Estaires, parce que le maire local, qui soutenait la droite aux dernières législatives, affiche cette fois-ci sa préférence pour le conseiller général sortant PS. Ce qui a le don de particulièrement agacer Bruno Ficheux. Lequel s’inquiète aussi à quelques heures de la fin de la campagne : et si l’équipe de la majorité sortante distribuait un tract de dernière minute ? “Enfin, vu les effectifs qu’ils ont, ça ne pourrait être qu’une opération très ciblée…” On se rassure comme on peut.

Usé psychologiquement

En ce jour d’éclipse, le soleil n’a pas joué qu’à cache-cache avec la lune. Il n’a jamais daigné montrer le bout de son nez, rafraîchissant sensiblement l’atmosphère. Bruno Ficheux, le crâne surmonté d’un bonnet rouge de cycliste du plus bel effet, tracte à la pelle, sans s’arrêter. L’occasion, avant le rush de dimanche, de connaître son sentiment à l’instant T sur la campagne, ses chances de victoires : «  Avant 2012, j’aurais été sûr du résultat, mais lors de la législative où j’étais suppléant, nous n’avons pu nous qualifier au second tour qu’à 16 voix près. Je ne m’y attendais vraiment pas, ça a été une vraie claque. Aujourd’hui, franchement, je ne peux pas me prononcer ». Si ce n’est pour laisser poindre un soulagement que tout cela s’arrête bientôt. Les portes-à-portes, les rencontres, l’élaboration des documents, les sollicitations, l’ont visiblement épuisé. « Il y a toujours 36 000 personnes qui vous appellent, vous envoient des textos. Le plus souvent, c’est bienveillant, mais c’est épuisant. Oui, je me sens assez usé psychologiquement. » Même s’il faudra remettre le fer à l’ouvrage dimanche soir en cas de deuxième tour. « On est déjà sollicité pour organiser des choses avec les ténors du parti s’il y a un deuxième tour. On verra. »

Dans le nouveau quartier où l’on tracte, l’imposante usine Roquette se dessine au loin. Le géant de l’amidon fait vivre 3 000 personnes dans le secteur de la Lys, entre Armentières et Béthune. Et bien évidemment Bruno Ficheux, qui y a effectué la majeure partie de sa carrière professionnelle. Aujourd’hui, bien occupé par son mandat de maire et de président de la communauté de communes, il ne travaille plus qu’à 80%. Demain, s’il est élu, il vivra à plein temps de la chose publique. Un manque en perspective ? Un sourire en coin se dessine sur les lèvres du quinquagénaire : « Non. Mais Roquette m’a apporté beaucoup. En tant qu’homme, mais aussi en tant qu’élu. Dans le privé, on apprend à travailler pour être performant. Ce sont des méthodes à dupliquer dans les villes, même si les finalités ne sont pas les mêmes. » L’économie, le sens de l’efficacité, des mots qui reviennent souvent à la bouche de Bruno Ficheux, qui aimerait plus d’élus issus du privé dans le monde politique afin de porter plus hauts les débats économiques sur l’avenir du pays et de l’Europe. “Je trouve que le monde politique est vraiment faible sur ces problématiques essentielles. Même l’UDI doit progresser dans ce domaine.

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19h, Cassel : à la réunion publique des candidats du canton voisin, c’est la fête !

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La fourgonnette a depuis quelques minutes quitté les limites du nouveau canton pour s’engager sur les pentes pavées du mont Cassel que Bruno Ficheux connaît pour les avoir gravies de nombreuses fois à vélo. Objet de ce détour : montrer sa bobine à la réunion publique des candidats Union pour le Nord voisins, Béatrice Descamps et Jean-Marc Gosset, en titulaires, Stéphane Dieusaert et Bénédicte Crépel, en remplaçants. « Et surtout afficher mon soutien à mon ami Stéphane Dieusaert qui tracte et affiche pour nous sur quatre de nos communes. C’est important d’être là pour lui. » Pour l’occasion, il faut néanmoins avoir une apparence plus convenable. Exit le seyant bonnet rouge et la doudoune, le peut-être futur conseiller départemental se retrouve torse nu sur la Grand’Place à enfiler une chemise et une veste par cinq degrés. « Et dire que les gens pensent qu’on a des chauffeurs et tout », s’amuse-t-il en laçant ses chaussures.

La réunion publique se tient à l’arrière d’un restaurant de la place. Par la fenêtre, alors que le peu de lumière décline, la vue surplombant la plaine de Flandre est magnifique. Dans la salle, une quinzaine de personnes tout au plus ont  pris place. Bruno Ficheux en profite pour jauger la photo de l’affiche du quatuor, qu’il juge mieux réussie que la sienne. Fait mine de rester grave quand on lui dit que sa campagne, « punchy et réussie », a été remarquée par les hautes instances. « On ne sait pas ce que ça va donner », répond-t-il en fausse modestie. En attendant, le début de la réunion, il nous montre sur son smartphone une nouvelle vidéo qui vient d’être publiée sur son compte Facebook. Le candidat y tient un réveil, car la thématique du dernier tract est de se réveiller pour aller voter. « Pas mal, non ? Allez, je parie sur deux mille vues ». Quelques jours avant, il en a publié une autre où il se met en scène sur un terrain de football pour appeler les électeurs à faire le bon choix. 1 600 vues pour une vidéo finalement classique quand on connaît un peu le personnage. « Au début, j’en avais fait une autre, un peu plus… directe. Mais j’ai eu un doute, je l’ai soumise à mes colistiers. » Qui ne l’ont pas validée.

Réunion publique entre soi

La réunion commence. Elle durera deux heures pendant lesquelles elle se remplira peu à peu, notamment d’élus du secteur : le député Decool, les maires voisins… Chacun un bon mot pour l’autre…  un beau bal des hypocrites quand on imagine la concurrence acharnée à laquelle se livrent parfois les élus locaux entre eux. En écoutant et observant, ce que nous avait dit Bruno Ficheux il y a quelques semaines nous revient à l’esprit : dans ces réunions publiques, on s’écoute essentiellement parler… et les personnes présentes n’ont que rarement besoin d’être convaincues. Seules quelques interventions réveilleront un peu le débat, dont celle de notre candidat aux Départementales, invité à s’exprimer, notamment sur le Front National : « Je ne comprends pas la position des maires qui refusent de s’engager dans le canton. Nous en avons sollicité quinze pour qu’ils signent notre dernier tract de campagne, seuls deux plus moi ont pris leurs responsabilités. Le FN existe car les élus refusent de s’engager. » Il y a deux mois, il pariait sur douze. Mauvais signe ?

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22h, Merville : contre-affichage dans la nuit noire

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La nuit noire est tombée sur la Flandre. Bruno Ficheux s’est de nouveau changé sur la Grand’Place de Cassel, avant de nous convier à le suivre. Dernière étape de cette campagne de premier tour : faire le tour des panneaux électoraux afin de vérifier que tout est bien en place. « Et offrir un petit frisson à mon fils, en recollant des affiches la nuit“, nous glisse-t-il en souriant. A Hazebrouck, première étape, il n’aura pas besoin de descendre de la voiture. Les habitants du marais aux lièvres – surnom de la cité pour les incultes – sont des gens disciplinés, tout est encore intact.

Direction alors le fief de son meilleur ennemi, Jacques Parent, à Merville. Là, non plus, les affiches n’ont pas bougé sur les panneaux officiels. Pas question de repartir bredouille. Les panneaux d’affichage publics – ceux où vous pouvez mettre vos informations municipales – sont aussi autorisés aux candidats. Celui-ci, où Jacques Parent a pris place, semble attirer l’attention du véhicule. Le père et le fils sortent de la voiture. Un coup de colle et en deux temps trois mouvements, le binôme Polnecq-Parent a disparu au profit de la paire Ficheux-Depelchin. « Celle-ci, c’est la meilleure de la campagne ! » lâche Bruno Ficheux, heureux comme un gamin d’avoir joué un dernier tour pendable à son adversaire du PS. Le tout dernier, vraiment ?

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Retrouvez la suite de ce grand format par ici.

L’intégralité des épisodes :

 1/5 : début de campagne dans les communes du nouveau canton. Entre premier porte-à-porte, rencontre avec l’équipe municipale d’un village à propos de l’action d’un conseiller départemental et séance de prises de vue pour la photo de campagne. Lire le premier volet.

– 2/5 : milieu de campagne, la parenthèse estairoise. Où  le candidat nous montre ses talents de dessinateur ; encaisse un tract sans broncher ; fait le marché ; se laisse prendre en photo alors qu’il se prend en photo devant une affiche où il est en photo. Lire le deuxième volet.

– 3/5 : derniers instants avant le premier tour. Au menu : tractage dans les boites aux lettres, striptease, réunion publique et dernières affiches dans la nuit noire.

– 4/5 : un premier tour en forme de victoire. Des confidences personnelles du candidat dans sa voiture pour la tournée des bureaux de vote à  la victoire par KO sur la majorité sortante, en passant par l’interminable attente des résultats.

-5/5 : appelez-le Monsieur le conseiller départemental. De l’entre-deux tours à la demie-déception du soir du second tour, en allant bien sûr jusqu’à l’épilogue. Bruno Ficheux a-t-il réussi à devenir vice-président ?

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