Deux mois avec le candidat Bruno Ficheux (1/5) : début de campagne dans les communes du nouveau canton

Ils étaient 732 sur la ligne de départ dans la région. Les cent soixante heureux élus du Nord et du Pas-de-Calais sont connus depuis dimanche soir. Bruno Ficheux est l’un d’entre eux. Durant deux mois, DailyNord a suivi à intervalles réguliers le maire d’Estaires à la conquête d’un mandat de conseiller départemental. Du premier porte-à-porte au collage des affiches en passant par l’inévitable tournée des bureaux de votes, le candidat s’est confié sur sa stratégie électorale, sa mission d’élu, ses certitudes, ses doutes aussi.  Grand format.

Textes et photos : Nicolas Montard.

Samedi 31 janvier, 14h30, Haverskerque : premier porte-à-porte et portes fermées

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Le geste est ferme et sûr. Le poing frappe à plusieurs reprises le montant de la porte. Quelques dizaines de secondes d’attente qui paraissent vite des minutes. La doudoune branchée du colporteur du jour ruisselle de la fine pluie glaciale de cette fin janvier. La porte s’entre-ouvre. Timidement, une tête, mi-intriguée, mi-apeurée, interroge l’intrus du regard. Il ne lui laisse pas le temps d’hésiter : « Bonjour, Je suis Bruno Ficheux, votre candidat aux Départementales. Vous savez il y a des élections en mars ? » L’homme débite son argumentaire. En face, la femme reste dubitative. Elle se saisit néanmoins du prospectus tendu par le candidat.De la taille d’une carte postale, celui-ci présente au recto quatre visages, deux femmes, deux hommes, les logos UDI et UMP. Au verso, quelques lignes, dont un slogan surmontant une carte : « Catherine, Bruno, Martine et Jean-Pierre, investis pour leur nouveau canton de 59 000 habitants au ♥ du 59 ! ». La femme y jette un bref coup d’oeil. En deux minutes, l’échange est plié. Courtois et rapide. « C’est important, fait Bruno Ficheux sans se départir de son sourire une fois la porte refermée. Ça montre qu’on est passé. » Suffisant pour s’en souvenir au moment du passage dans l’isoloir deux mois plus tard ?

Bruno Ficheux. Svelte et élégant, cheveux courts et grisonnants, l’homme, carté UDI, est candidat aux départementales dans le nouveau canton d’Hazebrouck, regroupant en partie les anciens cantons d’Hazebrouck-Nord, Hazebrouck-Sud et Merville. Soit seize communes, dont Estaires, un peu plus de 6 000 habitants, la ville dont il est maire depuis 2008 et lui a permis d’accéder à la présidence de la riche Communauté de communes Flandre-Lys en 2014. Mais aujourd’hui, 24h après avoir présenté son laïus à la presse locale, c’est bien un nouveau poste qu’il brigue : conseiller départemental. Et pas que, annonce-t-il d’office : « Je vise une vice-présidence ou une présidence de commission. Je ne veux pas être un conseiller départemental fantôme. »

Avant de s’installer dans les confortables fauteuils de l’Hémicycle nordiste, il faut battre le pavé et se sacrifier au traditionnel porte-à-porte, que nombre de candidats jugent indispensable. « Je ne sais pas si on gagne des voix, mais on est là. Au bout de la campagne, le jour du dépouillement, je ne veux rien regretter. Il faut le faire, aller à la rencontre des gens. » Haverskerque n’est d’ailleurs pas un choix au hasard. Il y a quelques jours, ce petit bourg traversé de part en part par la D916 filant en ligne droite interminable de la Flandre vers le Pas-de-Calais, a été arrosé de tracts par les adversaires de la majorité départementale. Pas question de laisser le champ libre, il faut y répondre de suite.

Éviter le jour des enfants et le dimanche aussi

En ce premier jour de porte-à-porte, on est cependant loin des armées de militants que l’on peut observer parfois par le prisme des journaux télévisés. C’est un homme seul, tas de cartes en main, qui déambule d’abord. Il sera rejoint quelques minutes plus tard, par une femme, aux longs cheveux blonds bouclés, Martine Lorphelin. Jamais élue, cette directrice générale des services d’une commune voisine, est l’un des deux remplaçants, ceux qui ne siégeront qu’en cas de décès ou d’absence du titulaire. Quelque peu intimidée pour sa première, elle accompagne d’abord Bruno Ficheux dans la fosse aux lions. Peu accueillante, faut-il dire. En cette froide après-midi, peu de portes s’ouvrent. « En général, on dit une sur quatre. Il faut bien choisir les jours. Le mercredi, le jour des enfants, quand la nuit tombe, le dimanche quand les gens sont en famille, ce ne sont pas les meilleurs moments. Le mieux ? Le samedi matin entre dix heures et midi ». Ne pas obtenir de réponse ne signifie pas qu’il n’y a personne de l’autre côté de la porte. A force de passer devant et derrière les maisons, on se rend vite compte que dans certaines d’entre elles, il y a bel et bien du monde. Mais que personne n’a envie de répondre à l’intrus. Ainsi, quand la porte est close, le candidat cherche du regard la boîte aux lettres pour déposer la carte. Ou la rainure de la porte à défaut. Il peste : « Là, je dépose les cartes telles quelles, mais en général, on colle une sorte de sticker dessus où j’indique que je suis passé en personne. Je ne les ai pas encore reçus. C’est André Figoureux – conseiller général du canton de Bergues, Ndlr – qui m’a appris ça. C’est pas mal, non ? ». S’il le dit. Car à enchaîner les paliers, on se rend bien compte que l’indifférence règne. A peine si certains savent qu’il y a des élections en mars. Quand ils en ont connaissance, ils peinent bien à identifier les compétences du Département. D’autres reconnaissent le bonhomme, qui est déjà passé lors d’une précédente campagne législative, où il était le suppléant du baronnet du coin, Jean-Pierre Bataille à Steenvoorde. « Ça fait plaisir, ça veut dire que je n’ai pas trop vieilli ! Et heureusement qu’ils me reconnaissent un peu : Haverskerque fait partie de la communauté de communes que je préside…

Ascension politique express pour élève turbulent

La pluie continue de tomber. Au loin, Martine Lorphelin a pris les choses en main, la timidité des premiers instants a l’air passée. « Ah, bah, j’aurais préféré la jolie blonde », s’amuse un riverain, qui a repéré le manège. A défaut, il aura Bruno Ficheux, ses yeux clairs et son regard qui semble sans cesse vouloir sonder votre âme. Entre deux, celui qui n’a pas fait de difficulté à accepter DailyNord dans ses pattes durant deux mois sans aucun intérêt électoral immédiat (aucune publication n’a eu lieu avant le résultat final ce dimanche 29 mars), l’homme se raconte, sans se faire prier. A 52 ans, il est autodidacte et ne s’est jamais rêvé en politique. « J’étais plutôt du genre à dessiner des moustaches sur les affiches. » Elève médiocre, il  se serait bien vu en vainqueur du Tour de France. A défaut, il s’est fait virer du lycée sans le bac et, entre quelques courses cyclistes au niveau régional, a enchaîné quelques petits boulots avant d’entrer chez Roquette, le géant de l’amidon à Lestrem. Il y a ensuite gravi les échelons, tout en passant les diplômes requis, jusqu’à en devenir un cadre. La politique, ce fils de l’ancien maire d’Estaires, Georges Ficheux (de 1986 à 1998), dit y être entré un peu par hasard, en 2007, en s’engageant sur la liste sortante aux municipales. Quelques mois après l’élection de 2008, il fera imploser le conseil municipal et provoquera un nouveau scrutin qui le conduira au poste de premier édile pour une petite centaine de voix. Six ans plus tard, c’est à 68% qu’il a été réélu, un score légitimant sa prise de fonctions à la communauté d’agglomération locale. « Finalement, là, c’est ma septième campagne électorale en sept ans, calcule-t-il. Oui : deux à Estaires en 2008, les sénatoriales de 2011 – onzième sur la liste, Ndlr -, les législatives de 2012 en tant que suppléant, les municipales de 2014 et la campagne pour la communauté de communes. »

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Samedi 7 février, 10h, Wallon-Cappel : rencontre avec le maire, deux adjoints et surtout l’ex-RN 42

Opération séduction. Photo : Nicolas Montard.

Une semaine plus tard, le soleil inonde la Flandre et Wallon-Cappel. A 10h pile, le candidat arrive au volant de son Audi A3, dans le centre du village. Il monte les quelques marches de la mairie où l’accueillent le maire et deux de ses adjoints. Autour d’une table ronde, dans le bureau du premier édile, l’impression ressentie une semaine auparavant se confirme : Bruno Ficheux est fait pour ça. Très à l’aise, il ne laisse pas de temps mort à ses interlocuteurs. « Merci de me recevoir, mais je crois que vous vouliez me voir aussi ?». Il sort sa carte-tract, énumère ses fonctions, en insistant sur celle de vice-président du Parti Radical, aux côtés de Dominique Riquet. Un adjoint l’interroge sur sa profession : ingénieur de production chez Roquette. Avant d’ajouter : « J’ai depuis hier un lien avec Wallon-Cappel. Mon neveu s’est pacsé avec une nièce de M.Normand, l’ancien maire ». Facile, mais idéal pour briser la glace lors des rencontres qu’il multiplie déjà depuis quelques jours dans les communes du secteur : Blaringhem, Merville, Hazebrouck, Lynde. Objectif officiel : écouter les doléances des élus locaux, au plus proche du terrain. Objectif sous-tendu : séduire, car il est bien évidemment conscient qu’un maire dans la poche peut glisser quelques bonnes petites phrases à ses administrés. Le candidat aimerait d’ailleurs bien que figurent sur son dernier tract de campagne les signatures des maires qui le soutiennent dans sa chevauchée départementale : « je vise 12 sur 16 ».

Contournement de l’ex-RN 42 : ne surtout pas prendre position

Autour de la table, la discussion s’oriente d’abord autour du département. Ses trop nombreux agents – objectif : réduire de 10% la masse salariale -, le budget de fonctionnement, la réforme des cantonales et départementales, qui laisse les élus locaux assez dubitatifs. Rapidement, ces considérations font place à un dossier plus terre-à-terre, l’épineux problème du contournement. Ici, entre Hazebrouck et Saint-Omer, 25 000 véhicules passent chaque jour à flanc de maisons. Deux écoles s’affrontent sur le contournement de l’ex-RN 42, compétence du Département. Le faisceau sud, plébiscité par la majorité sortante et le premier édile du village voisin, Lynde, le nord, pour lequel militent l’équipe municipale de Wallon-Cappel : « Car on longerait la voie ferrée et on ne couperait pas la plaine agricole en deux. » Dans cette discussion à bâtons rompus, alors qu’ils ont déplié une immense carte du secteur, on sent bien que les élus aimeraient une position ferme du candidat. Mais Bruno Ficheux ne tranchera pas : « A l’instant T, je ne peux pas prendre position. Mais si la droite passe, évidemment qu’on remettra les cartes sur table ».

11h20, la rencontre prend fin. Eric Smal, le maire, recevra bientôt les autres candidats. Modeste, il modère son influence : « ici, même si on vote plutôt à droite, on ne pèse rien dans le canton ». Bruno Ficheux ressort, a priori content de son entrevue. Entre portes-à-portes, rencontres avec les maires, son agenda est déjà bien chargé en ce début de campagne. Y-ajoutera-t-il quelques réunions publiques, grande marotte de ses collègues ? « Non, ça, je l’ai déjà fait pour d’autres campagnes, notamment les législatives. Honnêtement, ça draine essentiellement des copains. Mieux vaut passer son temps à convaincre les autres ».

Eh non. On a guetté, mais Bruno Ficheux n'a pas osé se garer sur la place de parking réservée au prêtre. 2:bruno-ficheux3

Lundi 9 février, 12h20, Morbecque : séance photo dans la brume

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Convaincre passe aussi par l’image. Deux jours après la rencontre à Wallon-Cappel, Bruno Ficheux et son équipe se sont donné rendez-vous non loin de là, au château d’eau de Morbecque, qui surplombe la Flandre. A 12h15, Martine Lorphelin, la remplaçante, est déjà là et ne peut pas s’échapper : sa voiture s’est embourbée au moment d’un demi-tour hasardeux sur un chemin boueux. « Il faut toujours une gaffeuse dans une équipe, c’est moi ! » s’exclame-t-elle tout sourire. Dans la foulée, les autres membres de l’équipe arrivent. Le deuxième remplaçant, Jean-Pierre Bailleul, premier adjoint au maire d’Hazebrouck, la ville principale du canton. La deuxième candidate titulaire, Catherine Depelchin, présidente de l’Office de tourisme de la ville-centre et pharmacienne. Le photographe suit, en jetant rapidement un regard quelque peu dépité sur les lieux baignés dans la brume.

C’est au tour de Bruno Ficheux de débarquer. Costume et cravate sombre, chemise violette, il remet d’un geste un peu de fond de teint en vieux routier des campagnes électorales avant de vérifier d’un rapide coup d’oeil les habits de ses camarades.« Surtout pas une combinaison de couleurs bleu-blanc-rouge, c’est interdit par le code électoral ! On s’est fait avoir lors de la dernière campagne des municipales, je ne le savais pas ». Il se tourne vers le photographe, pour trouver la meilleure vue. Avec les quatre degrés qui règnent à l’extérieur, pas question de tergiverser trop longtemps. « Les fils électriques, tu pourras les gommer ? » C’est la première fois que l’on rencontre les quatre candidats ensemble, et d’ores et déjà, les rôles semblent répartis : c’est bien le maire d’Estaires qui mène la danse. En quelques minutes, sous sa houlette, tout ce beau monde défile devant l’objectif, en groupe, puis en solo. Un dernier mot pour caler les prochains rendez-vous de la semaine et c’est déjà l’heure de repartir vaquer à ses occupations. Enfin, pas tout à fait. Il faut sortir la voiture de Martine Lorphelin de l’ornière. C’est Bruno Ficheux qui pousse. La voiture retrouve le sécurisant bitume,  le costume est resté impeccable. Quelques instants plus tard, le château d’eau de Morbecque a retrouvé son calme.

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Retrouvez la suite de ce grand format par ici sur DailyNord.

Les différents épisodes :

 1/5 : début de campagne dans les communes du nouveau canton. Entre premier porte-à-porte, rencontre avec l’équipe municipale d’un village à propos de l’action d’un conseiller départemental et séance de prises de vue pour la photo de campagne. Lire le premier volet.

– 2/5 : milieu de campagne, la parenthèse estairoise. Où  le candidat nous montre ses talents de dessinateur ; encaisse un tract sans broncher ; fait le marché ; se laisse prendre en photo alors qu’il se prend en photo devant une affiche où il est en photo. Lire le deuxième volet.

– 3/5 : derniers instants avant le premier tour. Au menu : tractage dans les boites aux lettres, striptease, réunion publique et dernières affiches dans la nuit noire.

– 4/5 : un premier tour en forme de victoire. Des confidences personnelles du candidat dans sa voiture pour la tournée des bureaux de vote à  la victoire par KO sur la majorité sortante, en passant par l’interminable attente des résultats.

-5/5 : appelez-le Monsieur le conseiller départemental. De l’entre-deux tours à la demie-déception du soir du second tour, en allant bien sûr jusqu’à l’épilogue. Bruno Ficheux a-t-il réussi à devenir vice-président ?

 

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