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Duo de Statu Quo

Métropole européenne de Lille : Damien Castelain enterre le consensus historique sous la férule de Martine Aubry

DailyUne Par | 09 juillet 2020

Ce qu’il faut retenir de l’élection de Damien Castelain qui se succède à lui-même comme président de la Métropole européenne de Lille.

Damien Castelain (Métropole passion communes) : 121, Rudy Elegeest (Métropole avenir et Action et projet pour la métropole) 46, Pauline Segard (EE-LV) 11, blanc 9,

Un score sans appel. On pensait que la lutte serait plus âpre. Mais le ralliement du groupe de Bernard Gérard et ses 18 élus lundi ont fait pencher la balance du scrutin du côté du président-candidat. Le statu quo domine donc à la MEL. Mais l’esprit est différent. Le consensus avait du plomb dans l’aile depuis plusieurs mois avec les dossiers qui fâchaient l’hémicycle et faisaient se dresser personnalités et groupes politiques. Ce Biotope, ce rapport de la chambre régionale des comptes mis en ligne deux minutes après l’ouverture de la séance, une initiative inédite (voirnotreinformationcejour) qui aurait dû être débattu (L’opposant Bernard Debeer, nouveau maire d’Herlies, réclama cette discussion), ces lignes de tramway, ces mises en examen de Damien Castelain et ces procès attendus (relire),…Désormais, c’est bloc majoritaire et bloc d’opposition. Faut-il s’en réjouir ?

Le consensus est parfois pointé comme un alibi pour les petits arrangements qui scandent la démocratie d’une assemblée élue au suffrage indirect. Le “G 20” – les vice-présidents, il faut ajouter 6 conseillers délégués et 7 délégués des groupes politique (voir ci-dessous), est donc formé d’élus pro-Castelain et d’élus pro-Aubry. L’observateur reconnaitra les nombreux promus. L’axe entre le maire de Péronne-en-Mélantois et la maire de Lille est clair. Et le parallèle entre le mandat de Martine Aubry entre 2008 et 2014 la tête de la communauté urbaine de Lille est patent. Facile vainqueure cette année-là, l’ancienne ministre de Jospin avait hissé un “G 10” des vice-présidences les plus importantes et instauré un dialogue majorité/opposition.

Rudy Elegeest. Il avait du mal à cacher son amertume le challenger défait qui, selon ses propres dires “n’a promis aucune vice-présidence ni un mètre de voirie“, pendant une campagne où les adversaires ont rendu coup pour coup. Dommage pour le débat qu’il a réclamé entre les deux candidats, dommage pour le rapport de la chambre régionale des comptes sur le Biotope, dommage pour un exécutif peu renouvelé,” les groupes ralliés sont récompensés“, “Martine Aubry a une influence énorme sur Damien Castelain“, se plaint celui qui a été un de ses fervents soutiens pendant 20 ans…

Une Martine Aubry, réélue d’un cheveu le 28 juin dernier, et étrangement silencieuse aujourd’hui, plus florentine que jamais, mais qui prolonge son bail de vice-présidente à l’attractivité et au rayonnement internatonal. Philosophe, il emprunte à Pierre Dac sa maxime, également reprise par un certain Jean-Pierre Chevènement : “Quand on voit ce qu’on voit, que l’on entend ce qu’on entend et que l’on sait ce que qu’on sait, on a raison de penser ce qu’on pense.

Les noms qu’il faut suivre. Audrey Linkenheld, la dauphine lilloise de Martine Aubry est promue vice-présidente au climat et à la transition écologique. Roger Vicot, le maire de Lomme – la commune associée qui a donné la victoire à Martine Aubry – hérite d’une vice-présidence et tiendra les rênes du groupe de la gauche (composé aux deux-tiers d’élus lillois). Sébastien Leprêtre, le maire de La Madeleine, soutien inconditionnel du bilan Castelain, devient un poids lourd avec une vice-présidence aux transports, une des grandes compétences de la MEL. Le jeune Arnaud Deslandes, ex-dircab de Martine Aubry, désormais engagé en politique, siégera au bureau exécutif. Un bureau dont les deux premiers édiles sont le président réélu et son fidèle premier vice-président aux finances Alain Bernard, le maire de Bouvines. Ce qui a attiré les critiques des tenants du renouvellement.

Un grand absent. Le ministre de l’Intérieur – qui vient d’élaguer son portefeuille de responsabilités en démissionnant du conseil régional et fort probablement de la mairie de Tourcoing (nous y reviendrons) – abandonne aussi la présidence prévue du groupe Métropole Avenir pour la confier à Marie Tonnerre, la maire de Neuville-en-Ferrain, qui devrait prendre la lumière de ce fait sur l’échiquier métropolitain. Il est vrai que le ministre n’aurait pas voulu subir une défaite – symbolique – en enregistrant la victoire de Damien Castelain, soutenu par une Martine Aubry avec laquelle les relations sont devenues glaciales. Deux adversaires désignés pour les années à venir. Autre question : qui est le chef de l’opposition à Damien Castelain ? Gérald Darmanin ? Rudy Elegeest ? Guillaume Delbar ? Les semaines qui viennent répondront peut-être à cette question ô combien existentielle.

Les EE-LV rentrent dans le rang. A Lille, ils ont perdu de 227 voix (et ont exercé un recours, relire). A la MEL, ils ont présenté une candidate qui a récolté 11 voix. Du coup, ils sont relégués dans une opposition de six ans et ne sont plus représentés dans l’exécutif de la MEL, à l’instar des autres communes, malgré leur bonne volonté. Mais le président est souverain. “Les écologistes ne sont pas aimés…”. Purgatoire vert. Assemblée clivée. Eux qui ont presque battu Martine Aubry à Lille pouvaient-ils la côtoyer au bureau de la MEL quand les thèmes de la campagne municipale rejoignent ceux de l’intercommunalité ? De quoi s’inquiéter pour les futurs dossiers écologiques. Dans un soupir, Stéphane Baly, ex-candidat à Lille, regrettait que le monde d’après ressemble tant au monde d’avant. Lui n’est pas le dernier à fustiger le déficit démocratique d’une institution trop tournée vers l’entre-soi. Une vieille histoire.

Roubaix et Tourcoing. Les deux grandes villes du versant nord-est ne sont donc plus au coeur du réacteur de la MEL. “Roubaix a rétrogradé d’un siècle en un mandat“, a tranché Damien Castelain. Une réplique au maire de la troisième ville du département, Guillaume Delbar, qui a adressé une lettre ouverte écrite à l’acide hier même (relire). Ironie de l’histoire, c’est André Diligent, ancien sénateur-maire centriste de Roubaix qui avait fait voter il y a 25 ans – au sénat – la mesure “une commune, une voix”, pour espérer détrôner un certain Pierre Mauroy. Et ce qui élargissait le collège des votants, soit 155 à l’époque, et accentuait la prépondérance des fameuses “petites communes” pour faire pièce aux grandes villes. Comme en 1995, des suffrages qui ont manqué aux challengers de ce jour. Et cantonnent Roubaix et Tourcoing dans l’opposition, sans leurs traditionnelles vice-présidences – André Diligent, René Vandierendonck, Jean-Pierre Balduyck, Michel-François Delannoy) avaient porté les couleurs de leurs villes. Mais Lille – donc Martine Aubry – tire les marrons du feu de la métropole, en nombre de vice-présidences…Trois.

Trois entorses. Les élus n’étaient pas placés par ordre alphabétique comme c’est l’usage dans une séance d’installation. Mais selon une répartition géopolitique des groupes. Pas de quoi en faire un recours. Mais certains interprètent l’opération de placement comme un message…”Il s’agissait de montrer que Rudy Elegeest est sous la coupe de Roubaix-Tourcoing…“, persifle-t-on chez Métropole avenir. Le maire de Mons-en-Baroeul était assis juste à côté de Guillaume Delbar, le maire de Roubaix.

Roger Vicot présidera le groupe socialiste Métropole durable et solidaire. Et siégera dans l’exécutif comme vice-président à la sécurité et la prévention de la délinquance. De même, Gérard Caudron devrait prendre la tête de son groupe Rassemblement citoyen et reste vice-président (à l’aménagement et la ville renouvelée). Là aussi une légère entorse aux règles habituelles, un patron de groupe politique participe à la démocratie de son assemblée alors qu’un membre de l’exécutif met en oeuvre les décisions votées. Mais le président sortant lui-même a été le chef de son propre groupe, alors…
Quatrième entorse ! une parité hommes/femmes en régression au vu du poids très masculin du nouvel exécutif (seulement 4 vices-présidentes !). Hommes, blancs, plus de 50 ans…. ” Mais beaucoup de maires sont des hommes” s’excusa Damien Castelain. Idem pour le renouvellement plutôt balbutiant mais sur les 188 conseillers métropolitains, 99 sont des nouveaux entrants.

Mise à jour (10 juillet 12h) : Dans un communiqué rageur, la CGT-MEL s’inquiète du nouveau mandat qui s’annonce : “…Le bilan de Damien Castelain sous le joug de son mentor Bruno Cassette, directeur général des services est catastrophique pour le personnel de la Mel. Si le Président semble maitriser totalement les codes et protocoles politiques autant que ceux des milieux affairistes, la CGT Mel rappelle qu’il n’a même pas daigné rencontrer ni la famille, ni la CGT Mel lors du suicide de notre ancien secrétaire général, Stéphane Dumezle 11 décembre 2017, alors même que la responsabilité de l’employeur, était engagée. Il n’a pas plus rencontré ni la CGT ni les autres organisations durant tout son mandat. Du jamais vu.“. Ou encore : “politique RH basée sur des sanctions exemplaires allant jusqu’à des révocations contre l’avis des juges au conseil de discipline, (…) système de menaces et récompenses, chantage et humiliations diverses, etc..” Ambiance.
Et plus loin : “Ce système autocratique incarné par Damien CASTELAIN atteint son paroxysme dans le choix de transférer le siège de la Mel au Biotope. Alors que la Chambre régionale vient de publier son rapport, il a été rappelé lors du Conseil d’installation que cette décision politique a été faite sur des éléments tronqués ! Aujourd’hui ce sont les agents qui doivent y travailler dans des conditions de travail très dégradées. Et des m² tronqués également. Alors oui, pour la CGT comme pour de nombreux agents qui nous suivent, cette élection est une triste nouvelle. Un jour à marquer d’une pierre tombale. ” Bigre ! Des mouvements sociaux sont attendus dans l’établissement à la rentrée sur fond de crise économique et sociale.

Voici les groupes politiques :

Métropole avenir : 32

Action et Projet pour la Métropole : 10

Europe-Ecologie les Verts : 9

Métropole passions communes : 75

Rassemblement citoyen : 6

Métropole solidaire et durable : 33

Métropole innovante : 18

Groupe communiste, avec le maire La France Insoumise de Faches Thumesnil : 4

– Voici les 20 vice-présidents et les 7 conseillers métropolitains délégués qui composent le nouvel exécutif :

1er vice-président Finances, Communication : Alain Bernard
2è vice-président Attractivité et Rayonnement de la métropole : Relations internationales et européennes – Eurométropole : Martine Aubry
3è vice-président Voiries – qualité des Espaces publics : Bernard Gérard
4è vice-président Aménagement (hors parc d’activité) et ville renouvelée (hors géographie prioritaire) : Gérard Caudron
5è vice-président Mobilités, transports publics : Sébastien Leprêtre
6è vice-président Climat, Transition Ecologique et Energie : Audrey Linkenheld
7e vice-président Politique de la ville (Géographie prioritaire ANRU), Cohésion sociale et solidarités : Dominique Baert
8è vice-président Aménagement du territoire – Stratégie d’urbanisme : Francis Vercamer
9è vice-président Economie et emploi, recherche, enseignement supérieur : Bernard Haesebroeck
10è vice-président Logement et Habitat : Anne Voituriez
11è vice-président Propreté de l’espace public – Prévention, collecte, traitement, tri et valorisation des déchets : Régis Cauche
12è vice-président Gouvernance, territoires et métropole citoyenne : Hélène Moeneclaey
13è vice-président Politique de l’Eau et de l’assainissement : Alain Bezirard
14è vice-président Agriculture et espaces naturels : Jean-François Legrand
15è vice-président Sécurité et Prévention de la délinquance, police des transports et de l’environnement, CMSPD, COVISUR : Roger Vicot
16è vice-président Jeunesse et sport : Eric Skyronka
17è vice-président Culture et Tourisme : Michel Delepaul
18è vice-président Stratégie et action foncière de la métropole : Patrick Geenens
19è vice-président Gestion des Ressources humaines et Administration : Christian Mathon
20è vice-président Contrôle et gestion des risques, certification et transparence des comptes : Michel Colin

Les Conseillers Métropolitains Délégués

1er conseiller Parcs d’activités et Immobilier d’entreprises – Urbanisme commercial : Matthieu Corbillon
2è conseiller Aménagement numérique – Innovation – Filière TIC/image/ – Nouvelles Technologies – inclusion numérique : Akim Oural
3è conseiller Coordination des politiques de vidéoprotection et des Plans communaux de sauvegarde : Stéphanie Ducret
4è conseiller Gens du voyage, Aménagement et gestion des aires d’accueil : Patrick Delebarre
5è conseiller Gestion des milieux aquatiques et Prévention des inondations (GEMAPI) : Alain Blondeau
6è conseiller Commission appel d’offres n°1 : Alain Cambien
7è conseiller Commission appel d’offers n°2 : Didier Dufour

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