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Les livres avec Eulalie Par | 14H28 | 02 avril 2020

Bons baisers de la galaxie « BizouBiz »…

« On a une revue qui pèse dans le game », disent-ils. Déjà six numéros parus en trois ans ! Le collectif BizouBiz à Lille bouscule les genres, ragaillardit les anciens guérilleros de l’écriture, lâche sur le papier les jeunes loups du net. Une aventure étonnante… et détonante.

BizouBiz bénéficie du meilleur service après-vente, disponible 24h/24h, du Jurassique au Crétacé. ©BizouBiz

Entre Dada et BizouBiz, il n’y a qu’une différence de support. Le nom Dada aurait été trouvé par hasard par Tristan Tzara en feuilletant le dictionnaire. Pour eux, c’est la même chose. Sauf qu’aujourd’hui, la revue papier se décline aussi sur la toile. Bizou.biz est simplement l’un des noms de domaine amusants qui restaient disponibles sur le net.

Au départ, ils sont comme les trois mousquetaires des cinq doigts de la main : Anaël Castelein qui signe Vanhonfleur, Lucas Delafosse et Lucien Brelok. Ils se sont connus à la fac. Leur sensibilité n’est pas la même. Les uns sont biberonnés au dadaïsme et au surréalisme, certains penchent vers une poésie à la Pennequin ou à la Prigent, d’autres lorgnent vers Jacques Dupin ou Yves Bonnefoy, d’autres encore creusent une veine comique, voire carrément loufoque. Dans ce bistro citoyen de Lille, lieu de la rencontre, l’un est plutôt bière, l’autre jus de pomme. L’un sort du sac à dos une casquette pour se la jouer fanzine, l’autre le carnet et le stylo, façon écrivain. Dans la vie, ils peuvent être profs ou développeurs de sites web. Ils ont en commun de prendre leurs désirs pour des réalités ! Il aura suffi d’une soirée arrosée dans une courée de Wazemmes, et d’un défi lancé à la volée… « Et si on faisait une revue ? » Trois ans plus tard, les voilà déjà à six numéros. Avec quelques belles signatures à la clef…

« Il y a longtemps que je n’avais pas vu une revue de cette nouveauté, avec ce ton décalé… » Grand agitateur des années underground de l’autre siècle, Lucien Suel est soufflé. Un bain de jouvence. « J’ai découvert BizouBiz sur Twitter. Leur communauté d’artistes est très active. La revue cultive l’autodérision, le détournement, une bêtise voulue, avec un haut degré d’exigence, comme en témoignent l’impression et la mise en page. Entre le net, la présence sur les réseaux sociaux qui représentent un véritable espace de création, la revue papier, les lectures et les performances organisées lors de chaque sortie de numéro, il y a là une manière totale d’embrasser le monde contemporain. »

« BizouBiz veut réconcilier la sauce blanche des kebabs avec la littérature […] »

En plus, ces jeunes gens de BizouBiz sont attentifs. Avec un x comme dans bijoux, les « bizoux » vont à la rencontre de Suel, lors d’un concert à la Malterie à Lille. Ils contactent Charles Pennequin, Christophe Siébert, Cécile Richard, Marlène Tissot ou Joël Hubaut… et s’émerveillent de l’accueil reçu. « Il paraît qu’il écrit de la poésie. On aimerait bien avoir Emmanuel Macron comme prochain invité », se marrent-ils.
Leur manifeste ? « BizouBiz veut réconcilier la sauce blanche des kebabs avec la littérature, les doigts gras et les ongles sales, le chatoyant des GIF et le vernis jaune de la pensée, les névroses morbides et les petits papillons, la bouche en O des gens et le noir dans leur bouche, l’idiot et le doigt de la Lune. »
Chaque numéro de cette revue à contrainte tente d’épuiser et de décortiquer un thème au travers tous les genres possibles : la poésie, la nouvelle, la pub, le texte détourné, le tweet, le journal intime, le blog, le collage, l’image, la photo, la peinture, la série. Dans l’ordre des numéros sortis, on retrouve : Cracher, Dinosaures, Ventre, Dehors, Crevette et Parasite. Pour chaque numéro, un appel à contributions est lancé. « De notre côté, sur la toile, on fouille tous les possibles, explique Anaël Castelein. Internet a créé de nouvelles matières. Des communautés produisent des contenus singuliers. Des carnets intimes sont visibles de tous. Dans l’histoire de l’humanité, en réalité, on n’a jamais autant été écrit… »

Prenez le temps d’un livre en compagnie d’un humain T-rex bien sapé qui vous machouillera volontiers. © BizouBiz

L’ambition de BizouBiz : dépasser l’entre-soi de la littérature, intégrer les discours quotidiens à l’écriture, jouer sur les différences de ton, catapulter les réalités les unes contre les autres, explorer la singularité et l’étrangeté des narrations jusqu’aux bas-fonds du net. « On balaie beaucoup d’univers : la vidéo, l’image, le son, le texte. Nous sommes les Wagnériens du surréalisme », ose Vanhonfleur. Lucas avoue : « Certains se retrouvent dans BizouBiz, à leur insu, sans même le savoir. » À l’insu de leur plein gré, les revuistes n’ont jamais été inquiétés : droit au collage, à la création, à la citation oblige ! Et tant pis pour ceux qui ne cultiveraient pas l’humour d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont… Chaque opus de BizouBiz est « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ».

La poésie est partout : sur le net, sur Facebook, sur Twitter, dans les images de Quentin Sagot, dans les icons « qui déchirent leur race » créés pour la revue, dans les collaborations avec d’autres collectifs, dans les connexions avec d’autres artistes comme Martine Ravache ou Heptanes Fraction, dans les lectures à la radio sur RCV, dans les bistrots, dans les caves de bistrot, dans les salons de fanzines à Clermont, Bruxelles ou Marseille. De Baudelaire à l’autotune à une histoire de tubes de rouge à lèvres, une histoire de poulpe et une histoire d’orque, on peut retrouver les bœufs et les créations sonores de BizouBiz sur la plateforme SoundCloud.

En contrepoint de la revue, Anaël Castelein vient de créer, de son côté, une nouvelle maison d’édition : Ni fait Ni à faire. Seul parti pris : l’esprit d’exploration.

Dans la galaxie des « bizoux », tout bouge, tout bouillonne, tout s’entrechoque, tout s’embrasse.
Pourvu que les petits cochons ne les mangent pas… Allez juste un dernier plaisir, signé Madeleine 119, extrait de la revue Crevette : « Croque sous la langue cadavre exquis. »

Hervé LEROY

Revue BizouBiz : bizou.biz
Chaque numéro de la revue peut être commandé sur la Bizouboutique au prix de 5 €
Courriel : contact@bizou.biz
Site de la maison d’édition : editions-nifaitniafaire.fr

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