PORTRAIT

Petite histoire Par | 07H45 | 11 décembre 2017

Au nom de l’arrière-grand-père… et de tous les morts d’Ascq assassinés par les nazis

Un ancien SS pourrait être jugé en Allemagne pour avoir participé au massacre d’Ascq en 1944. Ce procès est possible grâce à l’intervention d’Alexandre Delezenne, arrière-petit-fils d’une victime de cet Oradour nordiste. Portrait et motivations de ce Dunkerquois qui sera peut-être à l’origine du dernier jugement des crimes de guerre nazis.

Alexandre Delezenne, 54 ans, a relancé l’affaire du massacre d’Ascq. Grâce à lui, un ancien soldat allemand, qui a participé à cette tuerie en 1944, sera certainement jugé. Photo : DailyNord.

Dans son grand bureau dépouillé du boulevard Lafayette à Calais, Alexandre Delezenne place rarement un mot plus haut que l’autre. Presque jamais, non plus, il ne trahit ses émotions. Sauf peut-être au moment où l’on évoque une possible forme de pardon, de temps qui passe, d’un jeune homme embrigadé dans une idéologie mortifère… « Non, ça non. On n’assassine pas impunément un enfant ou un vieillard. Si je suis soldat et qu’un officier me dit de tirer sur un enfant, je ne le fais pas. Je ne peux pas pardonner l’impardonnable »

Le vieillard dont parle Alexandre Delezenne avait un nom : Pierre Briet, 75 ans, marchand de charbon et de grains. C’était son arrière-grand-père. « A l’époque, 75 ans, c’est âgé. En plus, il boitait. » Peu de chances que le septuagénaire, sorti de son lit à coups de crosses dans le dos, soit à l’origine d’un acte de sabotage sur la voie de chemin de fer, commis à deux pas de là un peu plus tôt. Pourtant, comme 85 autres innocents d’Ascq, Pierre Briet sera assassiné par une cinquantaine de soldats nazis. Cette funeste nuit du 1er au 2 avril sera bien entendu jugée quelques années plus tard à Lille. Mais en cet été 1949, il n’y a que neuf hommes à la barre sur les dix-sept qui avaient été identifiés. Huit d’entre-eux seront condamnés à mort, puis graciés quelques années plus tard. Les huit absents écopent de la même peine par contumace.

Soixante-treize ans plus tard, l’affaire du massacre est en train de revenir en première ligne. D’ici fin décembre, le procureur de Celle, près d’Hanovre, va décider du renvoi devant le tribunal ou non d’un ancien membre de la division Hitlerjugend ayant participé au massacre. Heinz Münter, âgé de 94 ans,  faisait partie des soldats jugés par contumace mais il avait pu vivre sa vie d’artisan  en changeant  son prénom en Karl. La justice allemande a retrouvé sa trace l’an dernier.

Un article de presse à l’origine de la démarche

S’il a pu être retrouvé, c’est grâce à Alexandre Delezenne. Et à un coup du destin.

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2 Commentaires

  1. On peut juger qu’un petit fils qui intente une action en justice en Allemagne, pour l’assassinat de son grand père, à Ascq, il y a près de 75 ans, c’est admirable. Mais à y regarder deux fois, on en est moins sûr. D’abord par l’argument de procédure imparable : une fois tous les recours epuisés ( appel et cassation), dans une democratie, la condamnation est definitive . C’est la règle «  non bis non idem » connue depuis les Romains qui se traduit par « on ne peut condamner deux fois la même personne pour la même faute ». C’est une disposition d’ordre public tellement importante qu’un juge placé dans cette situation doit la soulever d’office et debouter le demandeur. Qu’en est il en Allemagne, l’article ne le dit pas. Mais il est indispensable en 2017 d’analyser la situation autrement qu’à la fin des années 40.

    Il faut replacer cet assassinat dans son contexte. Personne ne pourra prouver que ce Heinz Muller est bien l’assassin du grand père une nuit d’avril 1944. D’autre part, en 1944, Heinz Muller etait mineur d’âge le cerveau lavé par le nazisme depuis l’enfance. Né en 1924, il avait 9 ans quand les Allemands ont mis Hitler au pouvoir. A 9 ans ou un peu plus tard, il a adheré aux Jeunesses hitleriennes comme « Pimpfe » càd louveteau et suivre le «  cursus ». C’était le 1er degré vers les casernes SS. Tout le monde a vu à la teloche, le très jeune âge des soldats allemands, défigurés, en larmes, prisonniers du jour J ou emergeant des ruines des villes allemandes reconquises par les Alliés. En 1944, qu’est ce qui se passait dans la tête d’un gamin allemand, traumatisé par les bombardements incessants de son pays, excité par des brutes qui lui ont mis un fusil dans les mains, epuisé par un voyage en train parsemé de beuveries et d’arrêts dus aux attaques aeriennes ? On sait depuis que les ordres du psychopathe Hitler etaient que la repression des partisans tienne en seul mot : le meurtre collectif. Dans tous les pays d’Europe, les troupes allemandes régulières de la Wehrmacht s’y sont adonnées sans grande protestation semble-t-il hormis quelques officiers superieurs limogés instantanement par le regime.

    On constate aussi, dans cette region ce qu’on appelle un « culte de la memoire et des commémorations » particulièrement intense– lire l’utilisation par les elus des malheurs de nos parents ou de nos grands parents victimes des deux premières guerres mondiales – pour tenter une recuperation electorale de douleurs qui ne s’eteignent pas. D’où cette soudaine floraison de cenotaphes, anneau de la memoire, musées en tous genres inaugurés à grand bruit et force drapeaux alors que rien n’avait eté construit dès les années 30/50/60/70. Chaque commemoration est entouré d’un halo désagréable alors que les protagonistes ( les vrais) ont quasi tous disparu sauf les plus jeunes à l’epoque. Le but politique de ces confiteor public est bien clair : faire de l’argent avec la creation du « circuit des cimetières » de la WW1, en clair, créer des produits d’appels touristiques pour tour operators british ou autres… Puis surtout il s’agit, au plan national, d’ occulter les propres turpitudes de la France qui traîne les pieds pour reconnaître ses propres massacres en Algerie et pas seulement en Algerie, ce qui fournit du carburant au FN qui prospère et souffle sur les cendres non refroidies de 1962 ce que vivent très mal les habitants les jeunes de banlieue et ce qui les oppressent. D’où ces reactions identiques à celles des Noirs américains que des policiers tuent impunément dans le dos et qui declenchent des emeutes. D’autre part, on sait que faute avouée est à demi pardonnée. Dans la region, on connaît des familles où l’aîné a du partir avec un fusil «  défendre la France en Algérie » (?) – à l’époque, on n’en etait pas à une incohérence géograpĥique près – .. tandis que la benjamin partira lui 5/6 ans plus tard sans fusil mais en cooperation là bas pour enseigner ou travailler dans un hôpital. Mais après 1962, à l’issue de cette guerre d’epouvante, la formidable dignité de ces pauvres gens en Algérie savait reconnaître instantanement et surtout silencieusement que la pulsion de mort des militaires avait cessé, que l’OAS, c’était fini. Car pour panser les plaies, De Gaulle eut une geniale idée  : envoyer des jeunes gens juste issus de l’Université ou des ecoles professionnelles dans ce pays inconnu pour enseigner dans une ecole de brousse ou un hôpital, construire une route ou travailler dans un ministère au lieu de marcher au pas dans une caserne. On sait très peu de choses sur ces generations de jeunes Français qui ont passé, 16 ou 24 mois là bas ou ailleurs mais toujours dans un pays pauvre. C’etait une excellente idée malheureusement disparue avec l’intégration du ministère de la Cooperation aux affaires etrangères en 1999. Les profs en short et en chapeau de brousse avaient du laisser la place aux costumes 3 pièces des bureaucrates parisiens qui venaient, tout gonflés d’importance, verifier si nous defendions « l’image de la France » en Afrique. En réalité, ils nous questionnaient discrètement pour savoir où ils pourraient « voir des éléphants et des lions » (sic).

  2. Les descendants des victimes du massacre d’Ascq font la comparaison avec le massacre d’Oradour sur Glane, l l’une des visites les plus impressionnantes qu’il soit donné de faire et que nous avons visité silencieusement il y a longtemps avec un camp scout. Seulement là, la scène a été figée et les ruines “entretenues”. Le village reconstruit à côté. Dans le Vercors, lors des camps scout des années 60, on voyait encore les restes des planeurs allemands qui avaient atterri pour attaquer à revers les resistants installés dans les chalets d’alpage . A Vassieux, on ne voyait plus grand chose et à la Grottte de la Luire, où les troupes allemandes avaient massacré tous les blessés, guère plus qu’une plaque vissée à l’entrée. C’est le curé de Villars de Lans qui conduisait la visite . Lui avait survécu au massacre avec son groupe parce qu’il connaissait parfaitement le massif .Il s’echappera vers Grenoble en descendant par des chemins de montagne peu connus sur les pentes terrifiantes de Saint Nizier du Moucherolle visibles depuis le centre de Grenoble.

    Les troupes allemandes de la repression comprenaient de nombreux ” Malgré nous” jugés peu fiables et cantonnées aux missions de repression. Les lourdes condamnations prononcées contre eux soulèveront l’indignation en Alsace Lorraine, ce qui poussera le ministre du conseil de l’epoque, Pfimlin, maire de strasbourg et parfait germanophone à demander une loi d’amnistie qui sera votée au grand des habitants d’Oradour qui refuseront d’assister ensuite pendant des dizaines d’années aux ceremonies de commemoration. Une émission de tele rappelait recemment ces faits vieux de plus de 70 ans.

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