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Réflexions Par | 19H00 | 10 décembre 2015

Régionales : les enjeux d’un second tour impossible

Dimanche, on saura qui de Xavier Bertrand ou Marine Le Pen emporte la Région. Derniers enjeux. Au fait, élection ou référendum ?

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La vérité sera bientôt dans les urnes. Photo : DailyNord

J-3. Le vainqueur aura tout pouvoir pendant six ans. Et la fameuse prime de 25 % des sièges à la liste majoritaire agira comme un surcroît de légitimité. Un pouvoir sans partage, donc. Mais la démocratie régionale sera amputée. Certes, le scenario du retrait était possible légalement mais il appartient plus au registre de l’émotion pure qu’à celui de la raison politique. En choisissant le retrait de sa liste, le PS entraîne toute la gauche dans le silence pendant six ans. Quel que soit le résultat de dimanche soir, en termes de démocratie locale, la région sera perdante. Le clivage gauche/droite envolé, le conseil régional ne sera pas représentatif. Hypothèse 1. La droite gagne, mais avec les voix des électeurs de gauche : le futur hémicycle sera réduit à un affrontement entre une droite démesurée et un Front national monolithique.  Aucun dialogue ne sera possible et l’on peut prévoir un long blocage du débat régional pendant tout le mandat. Le FN criera au hold-up et dénoncera le système. Hypothèse 2. Le FN gagne : c’est l’aventure que certains redoutent, la grande peur de l’inconnu, quand tout peut arriver. La gauche hors-jeu. La droite confinée. Les électeurs de Nord-Pas de Calais/Picardie auront-ils dimanche un second tour à la hauteur des enjeux de leur nouvelle région ?

Xavier Bertrand et la stature d’homme libre

Plutôt Borloo que Sarko. Xavier Bertrand cherche à se forger à toute vitesse une stature d’homme libre, dégagé des emprises des états-majors et de la politique parisienne. Jean-Louis Borloo vient lui donner un coup de pouce ce soir à Valenciennes. Ce Borloo dont le slogan de 1992, quand il prétendait à la succession d’un pouvoir de gauche aux régionales cette année-là, était précisément” La force d’un homme libre”. L’homme n’est pas à un paradoxe près. Il y a encore quelques semaines, le doute avait assailli certains de ses colistiers quand les sondages rendaient un mauvais son et que certains tiraient des plans occultes sur la comète Bertrand, allant jusqu’à évoquer à demi-mot une solution de rechange. Le forfait-couperet de la gauche rebat les cartes. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy, le patron des Républicains avait fait taire les critiques et étouffé toute velleité dissidente en rappelant avec force le postulat “Même liste au premier et au second tour”. Sarko et Bertrand étaient au diapason. Cette semaine, Xavier Bertrand vient de mordre la main qui l’a protégé. Il y a encore quelques années, on le dépeignait comme le “Chouchou” de cette sarkozie triomphante. “Qu’ils se taisent, qu’ils nous laissent tranquilles”, s’est-il emporté au micro d’une radio*, en désignant surtout le numéro un des républicains, pour mieux donner les gages nécessaires à cette gauche qui se sacrifie pour lui et pour laquelle l’ancien président de la république fait figure de repoussoir ultime. Un curieux écho au “Macron ras-le-bol” d’une certaine Martine Aubry quand son candidat Saintignon peinait en pleine campagne de premier tour. Mais les voix de gauche sont à ce prix, contre Sarko et contre Le Pen, l’électeur de gauche ne peut pas rester indifférent, ce sont ses punching-balls favoris. Qui peut croire que Xavier Bertrand lâchera la primaire en cas de victoire régionale ? S’il ne se lance pas sous ses propres couleurs, il portera la bannière d’un autre.

Le plafond de verre de Marine Le Pen

Marine le Pen joue son va-tout. Elle sait que l’appel à voter pour son adversaire reçoit un écho positif et elle flaire le mauvais vent. Ce fameux plafond de verre agit comme un supplice de Tantale. Elle le touche mais le repousse chaque fois un peu plus haut. Et il l’empêche d’enclencher ce vote utile si indispensable à sa crédibilité. Privée de réseaux et de corps intermédiaires, mal implantée dans les relais traditionnels de la société civile, en face à face direct avec le corps électoral, la présidente du FN en est réduite à jouer avec la vérité et à user de ces approximations dont son parti est coutumier. La séquence tragique des attentats du 13 novembre a dopé le vote FN au premier tour par réflexe émotif et demande sécuritaire. Si certains votes LR ont pu se porter sur son nom au premier tour, le bercail républicain reste ouvert et le vote de colère – ou d’adhésion, d’ailleurs – risque de s’amenuiser et se transformer en vote utile mais pour l’adversaire. Nous ne sommes plus vraiment dans une élection, mais dans une sorte de référendum bricolé. Voter Bertrand, c’est dire non à le Pen. Voter Le Pen, c’est dire non au système. De même, l’élan fabriqué pour alimenter le front anti-FN vise à grossir la participation, qui dans ce contexte, ira mécaniquement grossir les suffrages Xavier Bertrand. Depuis lundi, municipalités apolitiques, corporations et catégories professionnelles battent le rappel anti-FN avec la Voix du Nord en caisse de résonance. Quelques voix centristes passent la pommade à gauche pour faire avaler la pilule d’un vote à droite. A gauche, le syndrome de Stockholm est à l’oeuvre. Marine Le Pen est seule.

* La séquence est apparue un peu surjouée, tout de même. Xavier et Nicolas se connaissent si bien. Sait-on jamais, et si Sarkozy remportait la primaire ? La politique est aussi un théâtre d’ombres. En flattant l’électorat FN, Sarkozy met Bertrand en porte-à-faux. Ce dernier n’a plus d’autre choix que de s’éloigner brutalement du numéro un des Républicains. Bertrand avait compris dès le début de sa campagne qu’il serait contraint à mettre la barre au centre. Mais pas comme çà.

4 Commentaires

  1. Vous avez raison d’insister sur l’enjeu de la nouvelle région : dans quelque hypothèse qu’on se place, le risque est grand de ***rater*** la mise en place de l’équilibre entre les gros et petits départements.

  2. En région wallonne, la gauche (surtout) et la droite (un peu) dirigent ensemble la Région.
    On parle là-bas de ‘gouvernement’, la Belgique est un Etat décentralisé. Rien à voir avec notre “région de taille européenne” (je ne m’en remets pas de cette formule…) dont le budget est inférieur à celui du seul Département du Nord.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_Magnette

    Mais bon, la Belgique tout ça… c’est loin. La partie la plus densément peuplée de notre Région n’a jamais que 300 km de frontière avec ce monde exotique. Il est cependant vrai qu’une des nombreuses conséquences néfastes de la grande région est de déplacer son centre de gravité vers le sud…

    Ah oui, j’oubliais; en Wallonie (pourtant une région très comparable à la nôtre à bien des égards), l’extrême droite est quasi inexistante, tandis que dans le “cul de sac” de la France…

  3. @BISSEZEELE : à titre personnel j’ai toujours trouvé délirante l’idée française de rattacher la Wallonie à la France en cas d’éclatement de la Belgique. En revanche, rattacher la France septentrionale (mais jusqu’où ?) à la Wallonie, cela me plairait assez…

  4. Oui, bien sûr, ceux parmi nous qui n’ont pas appris au premier degré (sic) “notre bon roi François 1er”, savent que la “grande région” avant c’était avec la Belgique, mais ça c’était avant…

    Sinon je ne suis pas un Wallingant qui avance masqué (même pas un dangereux flamingant j’espère), et surtout pas un “rattachiste”… Ce projet est une ineptie totale… les actuelles élections régionales sont justement la plus belle démonstration, s’il en fallait une, des différences institutionnelles abyssales entre France et Belgique.

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