RESPONSABILITÉS

Réflexions Par | 12H15 | 08 décembre 2015

La très grande faute de Martine Aubry

En refusant depuis des mois d’aller croiser le fer contre Marine Le Pen et Xavier Bertrand et en maintenant que Pierre de Saintignon était le meilleur candidat, Martine Aubry ne peut pas échapper à ses responsabilités.

Martine Aubry, à Lille en 2012, lors d'une conférence de presse. Crédit Photo Stéphane Dubromel.

Martine Aubry, à Lille en 2012, lors d’une conférence de presse. Photo archives : Stéphane Dubromel.

Elle l’a répété jusqu’au bout: “Pierre de Saintignon est le meilleur candidat, meilleur que moi“. Mouais. On l’a déjà écrit à maintes reprises, Pierre de Saintignon était certainement un futur compétent président de région, mais pas le meilleur des candidats. Et on est loin d’être les seuls à le penser. Comme si Martine Aubry voulait s’autopersuader d’avoir eu raison.

La bataille de la notoriété

Pourtant, on peut penser qu’elle a eu tort. Qui pouvait réellement croire que dans cette bataille des régionales, qui s’est notamment jouée sur les plateaux radios et télévisés où Xavier Bertrand et Marine Le Pen avaient porte ouverte, la notoriété médiatique du candidat socialiste, engagé en politique depuis 40 ans, n’aurait aucune influence ? A fortiori sur un territoire de deux régions fusionnées de six millions d’habitants. Martine Aubry, en tant qu’ancienne ministre, premier secrétaire du PS, présidentiable, potentielle Premier ministre, avait le CV pour tenir la dragée haute à n’importe qui. D’autant qu’elle avait pour elle, à la différence de Xavier Bertrand et Marine Le Pen, la gestion  – plutôt réussie – d’une capitale régionale depuis une quinzaine d’années. A gauche, elle pouvait aussi peut-être réussir à faire l’union, elle étant vue à la gauche du PS… tandis que Pierre de Saintignon, pourtant son bras droit, était plus vu comme l’ami des patrons et comme un lieutenant fidèle.

Le retour de Kanner

De fait, avec un nord de Paris de plus en plus bleu sinon bleu Marine, Martine Aubry est à la croisée des chemins. Vu de Paris, la gauche est claire puisqu’elle se rabougrit de plus en plus. Jean-Christophe Cambadélis tient le PS (malgré l’exception Masseret dans le Grand-Est) et son autorité n’est pas réellement contestée. En provoquant le retrait du bras droit de Martine Aubry de la scène électorale régionale, il éteint quelques lumières autour de la maire de Lille. Manuel Valls a le champ libre. François Hollande peut tenter l’incroyable pour 2017. Eux deux sont débarrassés des gêneurs de la gauche qui osent les critiquer. On pense au “Macron ras-le-bol !” de Madame Aubry qui a électrisé les éminences roses parisiennes. Monsieur Lamy, ex-candidat hors-sol aux régionales désormais hors-jeu lillois, on verra Monsieur Kanner, honorable ministre, fouler dès janvier ce qu’il considère comme ses terres naturelles. Cette métropole lilloise qui aurait dû rester à gauche. Une gauche du cru.

Lire également l’interview de Frédéric Sawicki dans La Voix du Nord de ce jour.

Aurait-elle fait un meilleur score que son poulain, qu’elle a formaté et cornaqué ? On peut légitimement le penser. C’est d’ailleurs l’avis de Daniel Percheron, président sortant, dans La Voix du Nord ce jour, partisan de la solution de la coalition : “Elle aurait mis la gauche en situation de recueillir un tiers des voix au premier tour. Par l’union, la notoriété“. Martine Aubry aurait sans doute pesé pour faire l’union avec les écologistes dès le premier tour. Avec les communistes c’était plus dur, le précédent des municipales lilloises étant encore frais dans toutes les mémoires.

Elle n’aime pas les défis difficiles

On  peut aussi légitimement s’interroger : depuis 2002 et sa défaite surprise en tant que député face à un jeune challenger inconnu qui s’appelait Sébastien Huyghe, la maire de Lille semble refuser tous les défis ardus. On se souvient de ses nombreuses tergiversations sur la primaire PS à la présidentielle, avant de plonger dans l’arène contrainte et forcée après l’affaire DSK. Une bataille perdue nettement contre François Hollande et qui l’a, dit-on, éclairée sur son équation nationale. On se souvient, même si elle n’avait aucune chance, qu’elle ne s’est pas présentée à la présidence de LMCU/MEL, pour ne pas être marquée du sceau de la défaite. Madame Aubry n’aime pas perdre ? Non, elle n’aime pas les défis difficiles, les risques, les combats aléatoires. Elle place son destin personnel au dessus de l’avenir de son camp. Là, elle a refusé d’aller combattre les poids-lourds du FN et de LR en laissant Pierre de Saintignon aller au charbon. S’il y avait une élue qui pouvait empêcher peut-être la gauche de disparaître du conseil régional, c’était peut-être elle. Voilà sa responsabilité.

2 Commentaires

  1. Peut être que vous ne savez pas tout ? Elle a des raisons d’ordre personnel suffisamment importantes (et infiniment respectables) qui l’ont empêché d’y aller. “Elle n’aime pas les défis difficiles” écrivez-vous ? Quand vous saurez, vous vous mordrez les doigts de ces grandes leçons de morale.

  2. je pense que cela n’aurait pas changé grand chose. Plus choquant je trouve sont les bâtons dans les roues mis par Percheron, président qui été devenu complétement hors sol et déconnecté du réel. Ce qui me choque n’est pas la déroute prévisible d’une gauche usée, mais la faiblesse de la droite républicaine. Ce qui est sûr également est que s’abstenir dimanche, c’est voter Le Pen. A chacun de voir.

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