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La belle Histoire de Daniel Percheron

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 13 novembre 2015

Lu dans la Voix du Nord l’entretien-bilan avec Daniel Percheron, le président socialiste du conseil régional qui ne se représente pas. Bien sûr que son bilan contient du positif, et du lourd, Louvre-Lens, projet du TER Lille-Bassin minier, pêche boulonnaise, en plus des habituels domaines d’intervention d’un conseil régional, lycées, formation et transports. Un Chabrol aurait fait ses choux gras des avatars du pouvoir provincial qui traînent dans le sillage d’un tel seigneur, prébendes et passe-droits. Sur le plan politique, on aurait aimé qu’il parle de Gérard Dalongeville et d’Hénin-Beaumont, ville de gauche passée au FN, qui, il est vrai, n’était pas l’un de ses poulains au même titre que Jacques Mellick ou Jean-Pierre Kucheida, les anciens maires de Béthune et de Liévin, de la démocratie partisane à la “fédé” du Pas de Calais et ses statistiques baladeuses, ou encore de l’actualité immédiate, c’est-à-dire sa succession et cette idée de fusion droite/gauche, lui le grand spécialiste des fournaises électorales qui a fait de la mystique du parti l’alpha et l’omega de son itinéraire, en cela clone parfait des ennemis communistes. Il n’aimera pas le raccourci mais en vrai professionnel des scrutins de liste qui lui ont fourni des mandats – européennes, sénatoriales, régionales, municipales-, il préfère pour les autres le scrutin majoritaire qui révèle les fortes personnalités du devant de la scène. Comme Pierre Mauroy, étonnamment discret dans sa bouche.

Et qui est en fait le véritable contrepoint de Daniel Percheron, beaucoup plus que tous les autres réunis, ce François Lamy qu’il traîne sur les gémonies de son ressentiment ou cet Arnaud Montebourg, un félon qui a osé s’en prendre à sa”fédé”. Entre Mauroy et lui, ce fut un long fleuve calme en surface et bouillonnant en profondeur. Tous deux ont été les caudataires de Mitterrand. On peut penser Perch’ jaloux de celui qui sera fait premier ministre par le César des socialistes et qui restera haut placé dans le panégyrique des gens du Nord. Non que Perch’ eût voulu être calife à la place du maire de Lille. Plutôt une rivalité d’éminences. Le prof d’histoire qui n’a eu de cesse de sculpter de son vivant la statue de son socialisme affirme qu’il n’écrira pas de Mémoires. Dommage. Lui qui a parfois réecrit son histoire pour échapper à son passé. Son dernier rôle sera probablement sa participation à l’issue de l’entre-deux tours des régionales. Il doit avoir sa petite idée sur une fusion des listes de gauche avec celle de la droite pour éviter que l’Histoire n’enchaîne son nom à celui de Marine Le Pen à la tête de la région. Visiblement, il a réglé l’entretien – on se souvient d’une précédente double page dans le grand quotidien régional encore plus hagiographique et qui était manifestement contrôlée. Motus !

En septembre dernier, la gauche régionale inaugurait le complexe de recherche numérique de Wallers-Arenberg, formidable symbole de reconversion d’un ensemble minier, opportunément planifié quelques semaines avant le scrutin des régionales. Après tout, en 1992, le tournage de Germinal de Claude Berri dont le souvenir plane sur le site, avait lui aussi participé de cette mémoire ouvrière si précieuse en ces temps électoraux troublés. Le réalisateur Costa-Gavras était le parrain du jour. Le président du conseil régional, qui sait la force des images se lance dans une de ces envolées lyriques dont il a le secret. “Je n’aurai jamais été parlementaire si je n’avais pas vu “Z”. On saisit l’allusion au film du metteur en scène qui dénonçait la dictature des colonels en Grèce à la fin des années soixante. Et de reprendre son discours emphatique émaillé de la figure de Lénine : “Tourne la tête vers ArenbergEcoute la rumeur qui monte depuis cette mine, peuple du Nord, crois en ton avenir…Ne perds pas le Nord ! “. Impossible d’être plus subliminal alors que les sondages dont il est si friand révèle crûment la menace Marine Le Pen. Et on rappelle à Daniel Percheron que le même Costa-Gavras signera en 1970, l’Aveu, qui  dénonçait le totalitarisme dans les pays de l’Est. Deux ans plus tard, le PS  de Daniel Percheron paraphait l’union de la gauche avec le Parti communiste français.

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