RÉGIONALES

Réflexions Par | 08H31 | 30 novembre 2015

Comment Pierre de Saintignon est sorti de l’anonymat et s’est fait un nom

Suite de notre série sur le storytelling, les stratégies d’images et le positionnement politique des principaux candidats dans les sondages. Après Xavier Bertrand, voici venu l’heure de décrypter son adversaire socialiste, Pierre de Saintignon.

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Pierre de Saintignon, l’éternel second qui s’émancipe depuis plusieurs mois. Suffisamment ? Photo : DailyNord.

Le second. De Martine Aubry. Pas évident de surmonter le statut de numéro 2 quand on veut être le number one. Depuis vingt ans, Pierre de Saintignon officie dans le sillage de la maire de Lille. Passer de l’ombre à la lumière est souvent périlleux et beaucoup se sont laissé éblouir. Et quand Martine vient à sa rescousse en fustigeant Emmanuel Macron et Manuel Valls, elle renoue le cordon ombilical avec celui qui ne demande qu’à s’émanciper. Dur d’être un homme libre.

L’inconnu. En saisissant le CSA pour se faire entendre face à ses deux adversaires qui trustent antennes et plateaux télé, PdS a forcé les portes de la notoriété. Bien joué. Il apparaît sur les écrans télé depuis quelques semaines avant le premier tour et se débrouille plutôt bien. Il est vrai qu’il partait d’assez bas. Les sondages se suivent et montrent que cela ne suffit pas. En Picardie, la saillie malheureuse d’une certaine Martine Aubry sur le niveau de pauvreté pendant le débat sur la réforme territoriale est-elle oubliée ? C’est pourquoi, il a beaucoup labouré les plaines et villages picards. Et ses adversaires continuent à ignorer son nom pour mieux le contenir dans les limbes de l’anonymat. Les méchants !

PdS-Obama

Yes, PdS ! “. C’est l’un des slogans du candidat, décalqué sur celui du président américain. Obama fait donc encore des émules…C’est qui PdS ? “ Comme çà, on se demande qui il est, c’est comme une sorte de teasing…” répondit à DailyNord un cadre socialiste interrogé sur la pertinence de l’opération.” A condition qu’on sache quoi répondre”, a-t-on souri. Magie rose du marketing politique.

Une ambition et une seule. Il assène son argument comme le forgeron son marteau. Quitte à se faire mal aux doigts. Afficher une limite à son ambition, c’est en même temps avouer en creux son principe de Peter, son niveau d’incompétence, ce plafond de verre des modestes. Un paradoxe délicat à résoudre. Mais en cette époque de haro sur les cumulards, l’ancien champion d’équitation se démarque de ses deux principaux adversaires, Marine Le Pen et Xavier Bertrand, qui chevauchent plusieurs destriers à la fois.

L’aristo.Il n’a rien d’un socialiste, même le nom…”, ricanent ses ennemis et il en a. Issu d’une vieille lignée lorraine – et né à Angers -, il n’aime pas qu’on lui rappelle son lointain cousinage avec Philippe De Villiers, le flamboyant vendéen de droite bien à droite. Dans un entretien au mensuel NordWay, il y a quelques années, il avait mis les choses au point. “Je ne lui ai parlé que quelques minutes… nous n’avons rien en commun”. 

La légende rose. Son storytelling a commencé il y a un peu plus de cinq ans (dans Nord Eclair) quand il a confessé sa dyslexie de jeunesse surmontée à force de volonté. A l’époque, il s’agissait de gagner la pole position de son camp, puis en s’adjugeant la première vice-présidence du conseil régional. Un parcours d’obstacles. Car en début d’année, la fédération socialiste du Nord, alors aux mains des aubrystes, lui concocte une désignation sur mesure et en coulisses. Ce qui n’a pas plu à ses congénères, le ministre Patrick Kanner en premier. L’opération a probablement écorné le panache d’un Pierre de Saintignon.

Les petits copains socialistes. A priori, ils sont derrière PdS, ces élus qui auraient bien voulu être à sa place et sont restés à la leur. Ils en ont mis du temps à se rallier à son panache rose et à afficher la belle unité chère au PS. On verra a posteriori s’il se couvrent la tête de cendres en cas de malheur ou s’ils le traînent sur les gémonies de leur meute. Car en cas de victoire, PdS sera le meilleur et c’est le clan Aubry qui relèvera la tête. La campagne quelque peu décalée de Frédéric Cuvillier, tête de liste socialiste dans le Pas de Calais, n’est pas vraiment sur la même longueur d’onde (chansonnette, tract avec la sorcière Marine Le Pen) que la sienne, même si elle correspond mieux au département. L’essentiel est de faire un bon score au premier tour. Et d’accrocher cette satanée deuxième place devant Les Républicains. Les sondages montrent que la gauche désunie mais additionnée peut le faire.

L’économie oui, mais pas Emmanuel Macron. Il ne veut pas du ministre de l’Economie dans sa campagne. Trop à droite pour l’ancien directeur de chez Darty qui craint une image contre-productive dans une région où les réflexes anti-patrons sont toujours à l’oeuvre. Mais il en a fichtrement besoin s’il s’agit de sauver des entreprises ou d’en installer. A gauche, “aimer l’entreprise” est toujours un peu suspect. Au final, c’est sans doute bien calculé. D’ailleurs Martine est d’accord  : Macron ras-le-bol.

Le recours catholique

“Docteur Folamour”. Le missile décoché à Xavier Bertrand a-t-il fait mouche ? On ne savait pas PdS capable d’un tel uppercut. Il a révélé sa combativité face à un adversaire qui multiplie de légitimes accents bellicistes et au moment où les deux protagonistes admettaient qu’ils se battaient pour la seconde place au premier tour.

“Tiot Pierre” Le type même de raccourci qui tombe à plat. Le parisien Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, ne l’a pas voulu ainsi. L’adresse se voulait affectueuse. Mais Pierre de Saintignon ne peut décemment endosser les habits d’un Dany Boon qui serait candidat à la présidence d’une région de six millions d’habitants.

Borloo. Il  évoque parfois son ancien adversaire des régionales de 1998 et ce n’est pas pour lui jeter son gant au visage. Borloo, le grand absent de ces régionales, sur lequel une droite offensive misait de gros espoirs avant son pépin de santé, et promu homme à tout faire de cette élection. Mais Xavier Bertrand a été le plus rapide et a préempté le sujet avant lui et l’a mis en avant. Le même Xavier Bertrand qui n’hésite à utiliser les mêmes artifices en citant… Mauroy. On triangule, il en restera bien quelque chose.

Les chrétiens de gauche. Et de partout, en fait, car l’opération est plus large que celle d’une simple part de marché. Pierre de Saintignon, qui a ses entrées dans les milieux catholiques, reçoit soutiens et intentions depuis cette semaine, surtout de la part de personnalités le plus souvent engagées à gauche. Peu importe que le prélat de Lille, Mgr Laurent Ulrich, ait logiquement désavoué l’initiative. C’est la fibre spirituelle que PdS cherche à ressusciter plus qu’un vote chrétien proprement dit. Et cible Marine le Pen que les sondages portent au pinacle. De quoi donner une âme à sa candidature ?

L’ami des patrons

Les patrons“Je les connais tous”, répète-t-il à l’envi. De fait, le candidat socialiste est un grand connaisseur du monde de l’entreprise, ce que des figures de proue du patronat ne démentent pas. Ce qui a longtemps été un handicap pour lui, notamment sur le versant communiste de l’ancienne union de la gauche, qui l’ a souvent battu froid, lui et ses cadeaux aux entreprises. Le conseiller régional PC Bertrand Pericaud, candidat dans le Pas de Calais, lui tresse des louanges et rappelle qu’ils ont oeuvré au sauvetage de boîtes en difficulté. Il est la cheville ouvrière du réseau d’insertion Vitamine T, le plus important de France. Sur ce créneau de l’économie, Saintignon dispose d’une carte en forme d’atout dont il joue souvent. Et fait jeu égal sur ce terrain avec son adversaire Xavier Bertrand. Ce dernier a un bilan national de ministre et un bilan municipal de maire à assumer, lui un bilan régional, ce qui n’est pas un cadeau en ces temps de ras-le-bol de l’électeur. Problème : l’investissement tourne à vide maintenant que la sécurité est devenue la priorité des électeurs.

Attentats. Là il se tait. Pas seulement par décence. Mais parce qu’il est rivé à l’exécutif socialiste qu’il ne peut critiquer et sur lequel il n’a ni prise ni moyen d’expression. Obligé de se cantoner dans un rôle d’accompagnateur des Hollande, Valls et Cazeneuve, il est peu audible. Au contraire de Xavier Bertrand et Marine Le Pen qui rivalisent de propositions sur fond de surenchère et se précipitent sur le devant de la scène. Le débat régional qui avait commencé sur le terrain de l’économie se déplace sur celui de la sécurité. Un handicap, car on peut douter que le problème de la sécurité soit réglé d’ici le scrutin. 

A relire : comment Xavier Bertrand a construit son storytelling et règle son image

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