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Régionales J – 66 : L’ombre du cabinet noir

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 28 septembre 2015

Christian Estrosi a de bonnes lectures ! Dans La Provence et Le Point, le maire Les Républicains de Nice, candidat de la droite aux régionales en PACA, reprend une analyse développée dans le Petit Théâtre et s’émeut d’un complot au plus haut niveau pour le faire perdre. En substance, un cabinet noir oeuvre à l’Elysée pour faire élire Marion Maréchal-Le Pen en PACA et Marine Le Pen en Nord-Pas de Calais (voir billets, Le plan secret du FN du 12 février 2014). Pour Hollande, ce serait une véritable aubaine pour démontrer que la désunion de la gauche aboutit à la catastrophe et faire resserrer les rangs de son camp. En faisant passer EE-LV sous les fourches caudines de l’union pour 2017, c’est-à-dire en empêchant ou en entravant par tous les moyens  – financement, signatures pour se présenter,…- des candidatures de division à gauche, Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon ou Pierre Laurent, et en faisant pression avec la carte électorale des législatives de juin suivant, communistes commes écolos auront besoin des voix socialistes pour retrouver des élus à l’assemblée nationale. Surtout si Hollande est réélu ! Même raisonnement pour les sénatoriales d’automne.

Deuxième intérêt pour l’actuel locataire de l’Elysée, renforcer Marine Le Pen pour la présidentielle et assécher Sarkozy sur sa droite, qui déroulera encore, – il en est persuadé – un discours post-Buisson, modèle 2012, ce qui lui aliénera une partie des voix du centre. Objectif : reléguer Sarko à la troisième place, se qualifier au second tour et rassembler la France contre MLP. (Voir billet : pourquoi François Hollande veut que Marine Le Pen gagne du 21 juillet 2015).

Revenons aux régionales : faire gagner une MLP ou une MM-LP, c’est refuser de se désister en faveur du candidat de la droite Estrosi ou Bertrand, mesurés à la seconde place au premier tour selon les différents sondages (Hier à C’est politique, le candidat LR/UDI/MoDem a encore repoussé l’hypothèse d’un accord sur le mode de la fusion au second tour comme s’il voulait obliger le PS au retrait pour  lui donner les moyens d’affronter MLP au second tour). Reste à conjurer le remords d’avoir « fait gagner  » le FN*- donc à convaincre la gauche et en premier le PS – de supporter une telle tunique de la honte. Mais dans tous les cas, à droite et à gauche, ces régionales sont une répétition de la présidentielle et des élections qui s’ensuivent où chaque camp fourbit ses armes et ses arguments. Toujours en fonction du Front national, promu pour longtemps encore le croquemitaine de la vie politique française.

* Après tout, Mitterrand, qui a « inventé » le FN pour handicaper la droite, n’a pas fait autrement en 1986 quand, grâce à la proportionnelle qu’il avait décidée, 35 députés FN et apparentés ont fait irruption au Palais-Bourbon, ne laissant à la droite qu’une courte majorité. Il n’aura aucun mal deux ans plus tard pour se faire réélire à galvaniser son camp contre une droite et son champion Jacques Chirac que la gauche dénoncera comme quasiment lepenisé (SOS Racisme à la rescousse). Certes, il s’agit 30 ans plus tard, de donner le pouvoir régional à un FN qui a dans le même temps doublé ses scores électoraux, et 1986 est le début de son ascension. Cette année-là, la droite (RPR/UDF) était devenue majoritaire à l’Assemblée nationale, et avait ainsi conquis de peu le pouvoir législatif au cours d’une première cohabitation. Irait-on jusqu’à écrire « avec l’extrême-droite », qui apparaissait alors comme les harkis de la majorité chiraquienne, alors qu’elle en était plus le noyau dur historique. Les déclarations d’un Pasqua et les valeurs communes avec le RPR d’alors laissaient peu de doute sur la porosité entre les deux formations sinon entre leurs électorats. Désormais, le poison Le Pen était à l’oeuvre et, à droite, depuis, on se demande si l’on est mithridatisé.

C’est ce que Mitterrand voulait montrer. Grandi dans un milieu profondément catholique sinon réactionnaire des années trente, le président de 1981 était persuadé que le FN et son mouvement de pensée (Maistre, Barrès, Maurras,…) représentait la vraie droite, pré-révolutionnaire et légitimiste, qu’il connaissait mieux que personne, à la différence de la droite parlementaire ou autoritaire, qui n’en seraient que des rameaux certes forts autour d’un tronc commun. En 2015, un FN qui refait son retard sur la droite républicaine ne serait donc, à l’aune du mitterrandisme, qu’une simple remise à niveau de l’Histoire. Alors, si Mitterrand l’a fait…

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