FUSION NPDC/PICARDIE

Petite histoire Par | 08H05 | 17 septembre 2015

Dans la corbeille de la mariée (2) : Presse papier et autres ustensiles médiatiques

À la fin de cette année le mariage sera officiel : la Picardie et le Nord/Pas-de-Calais, sur l’air de la Marche nuptiale de Felix Mendelssohn, s’uniront pour le meilleur et pour le pire. D’ici là, DailyNord vous propose un regard sur la dot picarde. Après les chiffres la semaine dernière, on aborde un deuxième thème avec la presse d’information, plus variée qu’on ne l’imagine. Et pour commencer : la presse écrite.

oise-hebdo

Oise Hebdo et ses Unes tapageuses. Capture d’écran : Google Images.

Courrier Picard : la fusion avant l’heure (?)

À tout seigneur tout honneur, commençons par le poids-lourd de la presse régionale picarde, celui que certains esprits facétieux mais surtout contrepéteurs surnomment « le courrier qui part » : Le Courrier picard. Il fait partie de cette pléiade de quotidiens dont la Libération a accouché. Longtemps le quotidien se distinguera dans la presse française par son mode de gouvernance quasi unique : une SCOP (société coopérative ouvrière de production). Mais ça c’était avant. Avant que le système ne vole en éclat en 2009 et que La Voix du Nord via le groupe Rossel n’ajoute le titre à son empire (on notera que le Crédit Agricole est un actionnaire commun particulièrement important dans cette grande famille…). Symbole de cette fusion avant l’heure, les sept éditions du Courrier Picard sont imprimées à la Pilaterie, à Marcq-en-Barœul, dès 2010. Hé oui, fusion rime aussi avec concentration de la presse. Le résultat est déjà visible : mêmes portails internet, reprises de papiers, sondages communs tel celui-ci très récent pas vraiment engageant sur le plan du pluralisme. Demain des pages dupliquées, des refontes de services… ? Cela dépasse le stade de l’éventualité et ne promet pas des jours guillerets pour la profession de journaliste.

L’Aisne nouvelle complète le carré

Hors le système de SCOP, L’Aisne nouvelle  a connu les mêmes avatars que le Courrier picard… avant que ce dernier, via Rossel, ne l’intègre dans son giron en 2013. Comme son nom l’indique L’Aisne nouvelle est un journal départemental dont le premier numéro est sorti au lendemain de la libération de Saint-Quentin, le 3 septembre 1944. Tri-hebdomadaire puis quadri-hebdomadaire depuis 2008 (avant de proposer une édition quotidienne sur la toile en 2014), ce journal devenu le joujou du groupe Hersant en 2004 sera très vite imprimé sur les presses de son pôle Champagne-Ardenne-Picardie basé à Reims. Depuis 2013 donc, à l’instar de la VDN, de Nord-Éclair et du Courrier picard, L’Aisne nouvelle est elle aussi imprimée à Marcq-en-Barœul. Mêmes machines, même encre, même papier, cette traçabilité n’a pas encore gagné les contenus mais allez savoir… Précisons que le directeur général et directeur de la publication de L’Aisne nouvelle et du Courrier picard sont une seule et même personne, au moins il n’y a pas de friture sur la ligne… éditoriale.

Cette belle unité n’était pourtant pas acquise lorsque Le Courrier picard vint chasser sur les terres axonaises de L’Aisne nouvelle en 2005. Les relations entre le quotidien d’Amiens et Xavier Bertrand, candidat à la présidence de la future grande région, était alors des plus fraîches pour ne pas dire plus. En témoigne cet extrait de la chaîne Public Sénat qui vit le transfuge de l’ex UMP pulvériser façon puzzle le rédacteur en chef adjoint du Courrier picard, édition de Saint-Quentin, Nicolas Totet, pas très à l’aise dans l’exercice télévisuel il est vrai. La séquence n’était pas passée inaperçue dans la profession mais depuis, Xavier Bertrand a sans doute intensifié ses cours de media training, les voix coûtent très cher en ce moment…

Le Démocrate de l’Aisne, l’actualité de la semaine… à l’ancienne

Il a un tirage modeste (1 000 exemplaires), une aire de diffusion réduite aussi (le canton de Vervins dans l’Aisne). Mais le Démocrate de l’Aisne est un journal quelque peu particulier dans le paysage médiatique. Ce quatre pages – sans photos – hebdomadaire est encore imprimé à l’ancienne, avec des caractères de plomb !  Ce serait le dernier journal d’Europe de l’Ouest à être fabriqué ainsi.

Fakir, planche à clous de l’actualité picarde et d’ailleurs

Le « journal fâché avec tout le monde ou presque » n’est pas un molosse mais il mord à pleines dents sans distinction. Bien au delà de son berceau amiénois et de la Picardie d’ailleurs. Fakir, journal alternatif de gauche pourrait être comparé au modèle nordiste de La Brique. Sauf qu’ils ne jouent pas dans la même cour, ce bimestriel fondé en 1999 lui aussi composé exclusivement de bénévoles revendique des tirages de 10 à 20 000 exemplaires. Tout le monde ou presque en prend pour son grade, le Courrier picard en premier lieu. Mais les vagues de procès n’ont jamais fait dessaler le navire et son capitaine, fondateur et rédacteur en chef, François Ruffin (collaborateur régulier de Là bas si j’y suis et Le Monde Diplomatique) tient fermement la barre de ce qui fut à l’origine un journal local. Si désormais Fakir explore l’hexagone, rien ne dit qu’il ne jettera pas un œil acéré sur la perspective de la future grande région. Une chose est sûre, Rossel n’est pas près de faire une OPA sur le titre.

Oise Hebdo ne trash pas dans la soupe !

Il y a 4 ans Télérama évoquait « les unes morbides de “Oise Hebdo” ». Faut dire qu’il lâche les chevaux sévère le pépère ! À faire passer Détective pour un bulletin paroissial. Démonstration par l’exemple (à la différence qu’en vrai les patronymes sont écrits en entier) sur une seule et même Une (millésime 2011 précisons le) : « Jacques H. tue sa maîtresse octogénaire et se suicide » ; « La conseillère municipale Annie C. se jette sous un train » ; « Deux mortes dans la BMW : Tarkan C. raconte la soirée fatale » ; « Karim B. découvre Marie-France R., 65 ans, morte depuis un mois et demi ». Bonne nuit les petits ! À côté BFM c’est KTO TV. Pas de quoi désarçonner Vincent Gérard, créateur et actionnaire majoritaire de cet hebdo créé en 1994, qui se sent investi d’une mission : «Moi, je considère l’Oise comme une nation. Et Oise Hebdo comme un journal national. Le président du conseil général et le préfet sont mes chefs d’Etat. Parler de la mort du charcutier vice-président de la chambre des métiers, c’est comme couvrir le décès d’un bras droit de Madame Parisot. » (Télérama). C’est dit et ce n’est pas demain qu’on y lira un édito de Michel Onffray. Mais concédons à ce journal couvrant plus de 600 communes qu’il s’échappe du carcan consensuel et plan-plan que l’on reproche tant à ses congénères de province. Après, tout est affaire de goût… En tout cas, depuis ce buzz dont même le Canard enchaîné avait fait ses délices, Oise Hebdo a décidé de ne plus publier ses Unes en ligne. Quel dommage !

Pour le reste, Le Parisien édition de l’Oise est venu labourer le sud de la région plus tourné vers la capitale, au moins géographiquement. Restent aussi le Bonhomme picard,  un hebdo isarien tournant sur deux éditions, l’Observateur de Beauvais, mais aussi L’Echo du Thelle et le Journal de Ham, ces quatre derniers titres faisant partie du groupe Sogemedia qui possède les Observateurs dans l’est et le sud du Nord – Pas-de-Calais.

Sans doute avons nous zappé d’autres titres, vos commentaires sont les bienvenus pour compléter le tableau.

Retrouvez l’intégralité de nos articles “Fusion Nord – Pas-de-Calais/Picardie : dans la corbeille de la mariée”.

 

5 Commentaires

  1. Vous avez oublié
    – l’Union dans le sud de l’Aisne
    – L’Axonais dans le sud de l’Aisne
    – La Thiérache en Thiérache (Aisne)
    – Le journal d’Abbeville dans la Somme
    etc.

  2. Merci, et si vous souhaitez compléter votre etc nous sommes preneurs. Cela ne pourra qu’étoffer le contenu du panorama.

  3. Bonjour,
    Il me semble que votre propos concernant Oise Hebdo soit un peu réducteur.
    Oise Hebdo, dont je suis le créateur, est avant tout un journal politique.
    Ce qui fait le plus vendre Oise Hebdo, c’est la politique.
    Et je peux le prouver.
    Il suffit de regarder la courbe mensuelle des ventes d’Oise Hebdo, chiffres disponibles à tous, sur le site http://www.ojd.com…
    Quand il y a des élections locales : municipales, cantonales, législatives, sénatoriales et même pour la présidentielle, les ventes d’Oise Hebdo sont, durablement, en hausse.
    Et le traitement que fait Oise Hebdo de la politique est similaire au traitement des faits de police et de justice : Oise Hebdo donne toutes les informations, sans crainte des représailles, d’abord au service de ses lecteurs.
    Enfin, Oise Hebdo ce n’est pas seulement de la politique et des faits divers mais aussi de la vie locale, de la vie associative, de la vie culturelle, du lien social…
    Pour 1,10 euro par semaine.
    Merci de votre attention
    Vincent GERARD

    PS : Merci à Eric (ci-dessus) de signaler l’existence de L’Axonais, hebdo du sud de l’Aisne, que j’ai lancé l’an dernier. Chiffres de ventes également disponibles sur ojd.com et qui a déjà dépassé les ventes du Démocrate de l’Aisne, du Journal de Ham et de l’Echo du Thelle que vous avez cités.

  4. La Voix du Nord était présent dans le capital du Courrier picard dès les années 1980, un rapprochement Nord-Picardie opéré par Jean-Louis Prévost, l’ancien PDG du journal lillois, qui dirige aujourd’hui (en partie de Beyrouth…) L’Abeille de la Ternoise, l’un des plus vieux périodiques de France.

  5. Bonjour, je tiens à réagir aux divers propos concernant Oise-Hebdo. Il y a une chose que ne dit pas Mr Gérard dans ses propos alambiqués : l’Oise compte plus de 800.000 habitants et son journal, tire, grosso-modo à 20 – 25 000 exemplaires. Certes, c’est pas mal du tout. Mais on sait très bien aussi comment fonctionne l’OJD, on peut y mettre beaucoup de choses pour arriver à un tirage qui ne correspond pas tout à fait à la réalité.
    Faites le calcul, 25 000 exemplaires une fois par semaine : c’est un taux de pénétration très très faible. Evidemment, beaucoup de gens, d’habitants, ne partagent pas cette vision lamentable et misérabiliste du journalisme, avec des conditions de travail difficiles et le fait de gagner un salaire de misère. Travailler pour ce “torchon”, c’est prendre un gros risque, celui de se faire insulter dans les rues de Creil ou de Beauvais et de ne plus pouvoir bosser, après-coup, pour des journaux sérieux. Bref, bon courage. Quant au super canard dudit Gérard, l’Axonais, il est en train, avec son format sensationnaliste et ses coquilles, de se ramasser avec moins de 2000 exemplaires vendus contre les 6000 annoncés. L’Aisne n’est pas l’Oise, loin s’en faut. Tout cela, en partie, financé avec des aides européennes. Enfin, si vous avez envie de bosser dans un Département aussi laid et accidentogène que l’Oise, il faut bien s’accrocher…

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