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Régionales : Le plan Cuvillier

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 31 août 2015

En politique, il faut un bon timing. A gauche, le maire de Boulogne-sur-mer arrive-t-il à point nommé ? Les récents développements qui agitent – et menacent – le parti écologiste, traditionnel allié et faux ami du parti socialiste, semblent le montrer. EE-LV est au bord de l’implosion. Jean-Luc Mélenchon tend la main aux ouailles vertes qui partagent ses vues sur la mondialisation et le couple franco-allemand, sans oublier ce satané exécutif Hollande/Valls si impie à ses yeux (la macronite ! ). Objectif, un Syriza à la française tendance Varoufakis dont l’ancien ministre de Jospin serait la figure de proue. En ligne de mire, la présidentielle de 2017 avec l’espoir de faire oublier le score décevant de 2012 (11%). Dans la région, on sait que Sandrine Rousseau penche pour une alliance avec le Front de Gauche, une tactique qui est loin de faire l’unanimité dans les rangs écologistes régionaux. Voilà la numéro un EE-LV dans la nouvelle région Nord-Pas de Calais/Picardie au pied du mur.

Mais voilà, le parti vert se fracture au plus haut niveau sous l’initiative de François de Rugy, démissionnaire avec fracas – suivi par Jean-Vincent Placé – qui a annoncé la constitution d’un nouveau parti écologiste. Les deux patrons des groupes parlementaires ne vont pas en rester là et on prétend que nombre de cadres et d’élus locaux EE-LV les rejoindraient dans les semaines à venir. Dans la foulée, Manuel Valls enfonce le clou et exhorte à une union dès le premier tour entre le PS et les écolos, particulièrement dans les régions où la menace Front national est la plus forte. Mais quels écolos ? Pas les verts tellement melenchonisés qu’ils ne sont plus dans la majorité qui soutient le gouvernement (l’EE-LV de Dany Cohn-Bendit fut une belle idée vite récupérée et dénaturée par l’appareil vert et ses mauvaises habitudes). Appâtés par un hochet ministériel que l’on agite pour début 2016, les dissidents rugissants (partisans de Rugy…) se rangeront sous la bannière PS. Comme d’habitude. Mais cette fois, au vu d’une conjoncture catastrophique pour la gauche (popularité en berne, pays lassé des combinaisons politiques, défaites électorales à répétition, menace Front national,…), l’union se fera au premier tour*.

L’ancien ministre des transports Frédéric Cuvillier attend son heure. Il n’a pas apprécié la désignation de Pierre de Saintignon comme leader socialiste pour les régionales. Il sait que le clan qui a imposé la candidature du premier adjoint lillois de Martine Aubry est affaibli, avec la perte de la fédération du Nord (conquise par Martine Filleul au détriment de l’aubryste Gilles Pargneaux) cette année et de la communauté urbaine de Lille l’année dernière. Il a étudié les sondages – nationaux et régionaux – qui confirment le handicap d’une gauche divisée. Il veut désormais apparaître sur le territoire régional comme celui qui peut éviter le pire à la gauche, en rassemblant ses morceaux épars et en affichant un score honorable. Le sauveur oui, mais des meubles d’une gauche éclatée et tiraillée par ses vieux démons du gauchisme et de la scissiparité, qui travaillent aussi le PS, ce que n’a pas réussi un Pierre de Saintignon, victime, malgré ses évidentes qualités, de son manque de notoriété – il a longtemps été dans l’ombre de Martine Aubry – et des attaques de ceux qui le considèrent trop à droite.

Résumons : EE-LV explose. Le plan Rousseau d’une alliance avec Mélenchon/Front de gauche est vidé de sa substance et la partie pro-gouvernement des écolos rejoint la liste PS. Certes Cuvillier, comme Saintignon, raccommodés pour la cause, gardent peu de chances de l’emporter. C’est désormais, dans ce cas de figure, la seconde place qui est en ligne de mire. Le choix entre Saintignon et Cuvillier pour le leadership se joue sur fond d’éclatement d’EE-LV. Le boulonnais cherche à supplanter le lillois avec un brevet de rassembleur et un potentiel électoral pour l’avenir. Madame Rousseau fera ce qu’elle veut, mais rentrer dans le rang d’une liste cornaquée par un socialiste semble peu probable. Pour les socialistes, tout faire pour éviter qu’un tandem EE-LV/Rousseau/Front de gauche ne talonne la liste socialiste de PdS, promise ainsi à la troisième place. Le sondage de la fédération PS du Pas de Calais qui donne sur ce département un Cuvillier associé aux écologistes à 30 % – loin devant Natacha Bouchart des Républicains et quatre points derrière MLP – est de nature à apaiser les craintes. Une seconde place qu’il sera difficile de dupliquer dans tous les départements. Le maire boulonnais veut se positionner d’ores et déjà comme l’homme fort d’une future opposition régionale en piste pour l’alternance dans six ans, un statut que ne briguera pas un PdS. Pour donner la réplique au vainqueur de décembre. Et tant mieux – ou tant pis – si c’est Marine Le Pen ! Je l’ai déjà expliqué, un François Hollande candidat à sa réélection a tout intérêt à une Marine Le Pen très forte pour étouffer un Sarkozy sur sa droite. Donc à une MLP présidente de Nord-Pas de Calais/Picardie. Ce qui confirme la thèse du non-retrait de la liste PS entre les deux tours pour faire perdre Xavier Bertrand (Les républicains/UDI), scotché à moins de 30% selon les mêmes sondages donc en seconde position derrière MLP**. Il restera à essuyer le reproche d’avoir fait gagner une Marine Le Pen…

Ajoutons que la surenchère médiatique et politique du drame des migrants***, à Calais, le fait divers du Thalys, à Arras, et celle, la semaine dernière, du drame de Roye, en Picardie, et du blocage de l’A1 par des gens du voyage, profite mécaniquement au Front national, il n’y a qu’à lire les commentaires sur le sujet d’un Xavier Bertrand inquiet de se faire doubler sur sa droite. Etonnante séquence régionale sur le thème de l’insécurité et de l »‘identité nationale ». Loin de moi l’idée d’une thèse complotiste. En politique, on sur-réagit souvent pour mieux récupérer l’événement. Mais le maire de Boulogne-sur-mer est le bras armé de François Hollande au nord de Paris. Le ministre de la ville Patrick Kanner songe plutôt à Lille (les termes du problème sont différents) et sa place au gouvernement semble assurée. Ces trois-là seraient-ils prêts à sacrifier la grande région pour mieux préparer la présidentielle ? La rentrée politique s’annonce fertile en événements. Tout est en place. Le boulonnais quittera-t-il son port d’attache ?

* L’appel à l’union de personnalités de gauche atteste la permanence d’une telle stratégie.

** Avec un Frédéric Cuvillier qui rameute une partie des voix écolos – d’où son idée d’une écotaxe régionale, peu importe que Valls l’ait balayée – la gauche pro-gouvernementale gagnerait sans doute plus de voix, donc de sièges, qu’une liste socialiste isolée. Un argument de poids. Je ne crois pas à un retrait de la liste PS entre les 2 tours. Tout çà pour çà !  Les socialistes absents pendant six ans d’un hémicycle si longtemps le leur ! Des socialistes qui donneraient – il n’y a pas d’autre mot, leur fauteuil à un élu de droite…Le député socialiste de l’Essonne François Lamy, candidat dans le Nord, et parachuté sur Lille l’année dernière par son mentor Martine Aubry, peut souffler. Les fauteuils de la gauche seront préservés. De même un accord droite/gauche sur l’air du front républicain anti-FN gênerait autant Hollande qui souhaite une MLP forte et Sarkozy qui veut une droite unie autant que faire se peut (des cadors locaux comme Jean-René Lecerf, nouveau président LR du département du Nord pensent le contraire).

*** On remarquera l’omniprésence – justifiée –  de la maire Les Républicains de Calais dans le douloureux dossier des migrants. Natacha Bouchart, qui fut conseillère régionale – a probablement conquis la tête de liste LR/UDI du Pas de Calais au détriment de Philippe Rapeneau, le président de la CU d’Arras – et actuel patron du groupe d’opposition au conseil régional – que l’on croyait définitivement sélectionné. Question subsidiaire à la lecture des mesures de limitation du cumul des mandats : la sénatrice Bouchart le sera-t-elle encore longtemps ?

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