ARCHI D'ETE (5)

Petite histoire Par | 07H00 | 17 août 2015

Julien Destrée, fabricant de coffres devenu bâtisseur de la Vieille Bourse

Classée monument historique en 1921, la Vieille Bourse est aujourd’hui un des lieux emblématiques de Lille. Bouquinistes, fleuristes et danseurs de tango s’y donnent régulièrement rendez-vous, oubliant certainement qui a été à l’origine de la construction de ce magnifique monument.

Une photo de la Vieille Bourse de Lille, prise en 2008. Crédit photo Wiki Commons.

Une photo de la Vieille Bourse de Lille, prise en 2008. Crédit photo Wiki Commons.

Dans les années 1650, sur la place du Grand Marché (actuelle Grand Place) à Lille, des négociants et des courtiers rassemblés poussent régulièrement des cris de mécontentement : ils n’en peuvent plus de se rassembler dehors pour commercer par tous les temps ! Nous sommes au Moyen-Age et avec l’essor du commerce, les villes comme Lille prospèrent, comme le souligne la page Wikipedia de la Vieille Bourse. Lille est à cette époque espagnole mais n’a pas de bâtiment digne de ce nom pour accueillir les échanges commerciaux, face à ses concurrentes flamandes, Ypres et Bruges qui possèdent de vastes entrepôts ou Anvers, dont la magnifique bourse a été érigée dès 1531.

Accordée par le roi

Leurs réclamations au « maire » (alors appelé magistrat) de l’époque finissent par se faire entendre. Qui se décide à écrire au roi d’Espagne Philippe IV, pour avoir l’autorisation de construire une bourse qui règlera enfin le problème. L’autorisation accordée le 7 juin 1651. La Voix du Nord rapporte d’ailleurs la lettre patente du roi qui précise que la bourse « serait environnée et enclose de plusieurs belles maisons en endroit où, présentement, est la Fontaine au Change et l’environ, en telle extendue que le requérait tel ouvrage de structure avec ornements et considération » (sic). Le chantier est confié à un fils de la région : le lillois Julien Destrée (ou Destrez). Ce fabricant de meubles et de coffres, reconnu comme bourgeois lillois, est devenu ingénieur et architecte de la ville de Lille pour construire la vieille bourse. Il s’est révélé à la fois rigoureux et talentueux.

L’opération est bien plus complexe qu’un simple chantier subventionné. Julien Destrée s’est inspiré du style baroque flamande qui faisait notamment fureur dans la Flandre voisine pour répondre à l’objectif de l’embellissement de la ville fixé par le magistrat. Il faut aussi dire que la lettre de cadrage du magistrat est très précise, demandant des « frontispices de maisons en taille de pierre d’Ecaussines », des « galeries intérieures voûtées à croix d’ogive avec une ou plusieurs clefs ». Seule l’injonction que l’intérieur des quatre portes soit « décoré de quatre statues représentant l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique » n’a finalement pas été réalisée. Cette surenchère de décors foisonnants appliqués par Julien Destrée, c’est ce que les spécialistes qualifieront plus tard d’ « architecture maniériste septentrionale », notamment à cause de décors foisonnants, comme le rappelle le site Livraisons de l’histoire de l’architecture.

24 parcelles, 24 maisons

Pour financer les travaux, la parcelle a été divisée en 24 propriétaires. Afin de mener à bien son ouvrage, Julien Destrée avait judicieusement imaginé une cour intérieure carrée inspirée de cloître religieux avec notamment les arcades, bordée de galeries pour les différents marchands, les murs de soutien étant constitués des 24 maisons particulières, toutes construites par leurs propriétaires respectifs en respectant scrupuleusement le dessin et le cahier des charges (avec notamment l’utilisation de la pierre de Lezennes) établi par Julien Destrée. Les travaux ont réussi à être terminés en l’espace de deux ans, entre 1652 et 1653.

Efficacité et qualité : Julien Destrée a donc relevé le pari de mener un chantier avec pour objectif de construire une bourse fonctionnelle pour les commerçants et (surtout) resplendissante pour la ville. Sans se douter un seul instant qu’il inaugurait par là, le principe Au final, la des galeries marchandes, aujourd’hui légion dans la région.

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2 Commentaires

  1. En 1650, le Moyen Agen devait, à Lille, jouer les prolongations…. D’habitude, la fin du MA est souvent fixée à 1492, date de la “decouverte “de l’Amerique.

  2. Julien Destrée (ou Destrez) en tant que maître escrigner a aussi réalisé pour l’église S. Vaast d’Hallennes-lez-Haubourdin une statue de Saint-Roch et un pupitre. La statue de Saint-Roch est en Bois peint et doré de Hauteur : 0,78 m. et de largeur : 0,40 m. Elle est Inscrite à l’inventaire général des Monuments et des Recherches Artistiques de la France (Fiche de pré-inventaire N° 11017. Immeuble par destination et objet mobilier; Ministère des Affaires culturelles. Lieu de conservation : église Saint-Vaast – Hallennes-lez-Haubourdin. Propriété : la commune (Sources : (Belgique, Namur, arch. de l’Etat, FC 4321) – Le Patrimoine religieux hallennois par Michel Leconte, historien local (d’Hallennes) – Ouvrage déposé aux archives diocésaines de Lille). En ce qui concerne le pupitre, les inventaires de 1905 ne le mentionnent pas et ceux de l’époque révolutionnaire n’ont pas été conservées (Sources : A.D. N. de Lille) On ne sait donc ce qu’il est devenu.

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