Régionales : Pourquoi François Hollande veut que Marine Le Pen gagne

Où l’on voit que le vieux piège de François Mitterrand est toujours tendu. En 1986, l’ancien président de la république installe une assemblée nationale à la proportionnelle, fichant un dard empoisonné dans la droite républicaine d’alors. 35 députés emmenés par un Jean-Marie Le Pen triomphal font leur entrée dans l’hémicycle, deux ans après un score à deux chiffres aux européennes, ce qui signifiait le statut de parti de moyenne importance pour la formation d’extrême-droite. Depuis, le FN ne cesse de marquer des points à presque chaque élection, au gré de son actualité partisane et de la conjoncture politique. L’apogée, le 21 avril 2002 quand Le Pen élimine le socialiste Jospin du premier tour. 2017, le come-back pour le moins mitigé de Nicolas Sarkozy appelle réactions de la part du président sortant dont nul ne conteste la volonté de se représenter. Et, pour le cantonner dans une troisième place éliminatoire au premier tour, il s’agit de le faire distancer définitivement par une Marine Le Pen, apte à jouer désormais les premiers rôles et même à guigner un score à plus de 25% au premier tour de la présidentielle. 21 avril pour la droite, la monnaie de la pièce de 2002. Reste pour François Hollande à verrouiller une seconde place certes qualificatrice pour la finale mais aussi aléatoire. Alors, poussons Marine Le Pen ! Candidate de premier tour autant qu’Hollande est un candidat de second tour, la patronne du FN aura moins de réserves qu’un Hollande ou même un Sarkozy revenu du diable vauvert. L’élection présidentielle de 2017 se jouera au premier tour. Le match se réduira entre Hollande et Sarkozy. Qui éliminera l’autre ?

Une MLP victorieuse aux régionales Nord-Pas de Calais/Picardie prendrait un ticket garanti pour le second tour de la présidentielle, un argument de choix, sorte de preuve par l’élection locale que c’est donc possible à l’étape nationale, et cela donnera une réelle épaisseur politique à MLP dont le potentiel gestionnaire reste encore à montrer. Je pense que l’argument sera encore plus persuasif que le trop habituel “UMPS” en cas de défaite, qui, donc, restera une défaite…de plus. Mieux, ce faisant, la fille de Jean-Marie Le Pen serait en mesure de siphonner dès le premier tour, une partie de l’électorat sarkozyste, cette frange qui affiche tant de valeurs communes avec le FN et trouve Sarko trop mou – une sorte de revanche de 2007 quand le ministre de l’intérieur de Chirac avait aimanté des voix FN et cassé un Jean-Marie Le Pen, contraint à un 10% presque humiliant. La vieille théorie de l’original et de la copie. Et de reléguer un Sarkozy en troisième position. Coincé entre un centre ou une partie du centre tiède et prêt à se donner à un Juppé ou un Bayrou – si le maire de Bordeaux cale en cours de primaire, le maire de Pau prendrait le relais pour scier les pattes à Sarkozy sur sa gauche -, l’ancien président échouerait à une troisième place éliminatoire. C’est ainsi le calcul de François Hollande. Qui, une fois débarrassé d’un Sarkozy pris dans l’étau du FN et du centre, s’attacherait à réunir son camp pour accéder au second tour. Et des victoires FN aux régionales montrerait l’urgence d’une union de la gauche au forceps pour 2017. C’est-à-dire pour Hollande.

Mais comment faire pour donner un tel tremplin à Marine le Pen ? Une triangulaire dure au second tour des régionales, sans concession, sans accord de désistement ou de fusion, sonnerait fort probablement le glas des ambitions d’un Pierre de Saintignon, candidat PS, et d’un Xavier Bertrand, candidat Les Républicains. Au vu des sondages qui donnent une MLP en tête au premier tour et victorieuse au second, ce scenario est le plus plausible. Entendons pour un François Hollande. Qui jouerait un rôle majeur sinon décisionnaire dans les tactiques et coulisses d’entre-deux tours pour ces régionales décidément promues au rang de préalable pour 2017. Et la conjoncture azuréo-provençale pésera également dans la balance d’une martingale encore en gestation (voir billets sur  un éventuel troc entre les régions du Nord et du sud sur fond de ballet entre Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen…). Le président sortant n’a donc pas intérêt à un front républicain local capable d’entraver la course au premier tour de 2017 d’une Marine le Pen en éteignant son ambition régionale. Comme un air d’alliance objective. Posons la question autrement : Pierre de Saintignon est-il vraiment libre de ses mouvements, lui qui est si longtemps resté dans l’ombre de Martine Aubry, aujourd’hui affaiblie par une série de revers (métropole européenne de Lille, fédération socialiste du nord,…) où n’est-il qu’une variable d’ajustement pour le locataire de l’Elysée ? Une décision qui se jouera entre Hollande, Cambadélis et Aubry. Voilà pourquoi, on peut s’attendre à un interminable statu quo d’ici décembre sans perspective d’un rebondissement à base de plateforme droite/gauche ou de désistement républicain en faveur du candidat arrivé deuxième derrière MLP. Au “ni-ni” de Sarkozy, ni FN, ni PS, partagé par un Xavier Bertrand soucieux de fermeté vis-àvis d’un électorat parfois dubitatif, fait écho le “ni-ni” de Hollande, ni retrait, ni alliance avec LR.

4 Commentaires

  1. Cet article ne nous apprend rien ….

    Attention par contre à ce que le piège ne se retourne contre celui qui l aura tendu.

    La France n est pas à l abri d un “carnage” entre les deux tours. Et qui sait vers qui pourrait se tourner un peuple épouvanté ?

  2. Ce sont des calculs……. un peu hasardeux quand même, et qui peuvent se retourner malgré tout contre notre Président normal
    Car faudrait qu’il soit moins sûr de gagner au second tour contre une Marine le Pen.
    A priori en effet, avec les alliances après, on peut envisager le résultat dont vous parlez mais mais…. méfiance !
    Il y a un tel ras le bol et les gens en ont tellement marre que rien n’est jamais gagné d’avance Mr le Président normal, et….. il peut tjours y avoir de grosses surprises !.

  3. OK pour le niveau de “ras-le-bol” qui peut déjouer les pronostics et les tactiques à trois francs cinquante, mais vous savez, en politique on calcule et on re-calcule,

    Mais je pense qu’un “peuple épouvanté” peut aussi revenir au bercail de ce qu’il connait même s’il se plaint et râle…c’est d’ailleurs une forme de sagesse pour notre peuple révolutionnaire, non ? la vieille référence à l’Italie ou l’Allemagne des années 20 n’est pas opérante, ou même à la France de 1793 ou 1851, je mets à part mai 68, plus culturel que proprement politique,
    M’enfin, il reste patent que MLP est l’alliée objective la plus efficace de Hollande contre Sarkozy, je ne vous apprends rien (et n’ai aucune prétention en ce domaine Monsieur Teroil)…Juppé ou Bayrou c’est autre chose,

  4. Moi je parie sur un gros attentat (préparé et manipulé) au moment de 2017, l’idéal entre les deux tours….
    (on va me dire la théorie du complot ça n’existe pas… et pourtant!!!!)
    Et la !!!! comme un seul homme le peuple français réuni en soutien ‘JE SUIS ……”
    revote Hollande qui que se soit en face grace à la comm…

    La grande répétition a déjà eue lieu en Janvier 2015 avec un peuple servile et manipulé.

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