DROIT DE SUITE

Basses Chroniques des Hauts de France Par | 08H30 | 13 juin 2015

Au moins Lens aura un beau stade…

Exceptionnellement votre rubrique Rebond vous réchauffe un papier au micro-ondes. En effet les saveurs de l’article intitulé « Rénovations de Bollaert : la charité qui se moque de l’Hôpital » de septembre 2012,  n’a semble-t-il pas perdu leur fumet. Nous avions déjà mis en parallèle la 3e rénovation de l’enceinte en moins de trente ans et l’hôpital voisin en train de se lézarder (mais les choses vont enfin changer, lire notre encadré). Depuis, on se presse désormais aussi au chevet du RC Lens et nul ne sait à cette heure si le club ne va pas passer directement du service des urgences aux couloirs de la morgue. Voici donc l’article de l’époque, dans son jus, avec ce rappel nécessaire : ce n’est pas la rénovation de Bollaert qui est la cause des tourments des Sang et or. Simplement quand on lit Daniel Percheron avancer dans La Voix du Nord que « ce nouveau stade, neuf, opérationnel pour au moins dix ans, est un superbe outil de développement économique du territoire ». Comment ça, dix ans ? Donc en 2026, le contribuable devrait de nouveau sponsoriser les dieux en shorts (et surtout ceux qui tournent autour) ? Et si on sifflait une fois pour toutes la fin de la récré ? Bonne (re)lecture.

Article initialement paru le 29 septembre 2012.

Rénovations de Bollaert : la charité qui se moque de l’Hôpital

Le stade Bollaert, la « cathédrale » du football artésien, vaut-elle encore une messe à 70 millions, alors qu’à un jet de seringue l’hôpital lensois frise l’extrème onction ? C’est la périlleuse question que nous soulevons dans notre Basse Chronique du samedi, sans provocation aucune. À vous de juger.

C’est sûr, voilà le genre de tribune qui ne fera pas grimper notre capital sympathie auprès des inconditionnels du ballon rond. Quoique. On peut se pâmer devant les arabesques d’Hazard, les coups de génie de Messi et le style Christian Dior de Cristiano Ronaldo sans pour autant cautionner une certaine (sic) démesure à l’endroit de ce sport universel. S’agissant des millions engrangés par ces stars planétaires, sauf erreur, il s’agit d’argent d’origines privées. Si de tels émoluments ont de quoi légitimement choquer en cette terrible période de crise, là n’est pas le sujet. La question qui fait débat sur les forums est celle-ci : est-il raisonnable en cette période dramatiquement morose, où les mots rigueur, redressement, économies ou encore restrictions vampirisent les discours de nos gouvernants,  de financer par l’argent public la rénovation d’un stade ? Après une large tranche consacrée auparavant à faire de la région une base arrière des Jeux de Londres dont les effets ne sautent pour l’instant pas aux yeux, économiquement parlant, 70 millions d’euros vont être consacrés à la rénovation du stade Bollaert, l’essentiel supporté par l’État, les collectivités locales et régionales, en résumé l’argent du contribuable*. Oui, il s’agit d’un monument sportif, non il ne s’agit pas ici de tailler des croupières à la bonne foi de nos élus au niveau de leurs orientations. Il y a juste ce « détail » : voisin du bastion Sang et or, le centre hospitalier de Lens propose un contraste saisissant. La majeure partie des locaux dépassée, des personnels en sous-effectifs chroniques, la chape de plomb d’un déficit financier… bref, c’est pas la santé.

Un troisième lifting en 30 ans

1984, 1998 et sans doute 2014 pour être dans les clous de l’Euro 2016, Bollaert ferait passer Michael Jackson pour un petit joueur en terme de chirurgie esthétique. L’hôpital de Lens, inauguré en grandes pompes par Édouard Herriot (voir le document ci-contre) en 1932 n’a pas connu autant d’égards alors qu’il revendique le même âge que l’enceinte du RCL (livrée en 1933). Au début des années 70, un bloc de béton chute du toit de la tribune honneur lors d’un Lens-Nancy. Miracle, il n’y aura pas la moindre victime. Passé des Houillères à la municipalité, le stade connaît donc ses premiers travaux de rénovations sous l’impulsion d’André Delelis. Il faut retenir que ce dernier avait deux chevaux de bataille quasi sacrés: le RC Lens et l’hôpital. Le binôme navigue à peu près sereinement jusqu’en 1998 avec pour point d’orgue une équipe des Bleus vainqueur de « sa » Coupe du monde et un RC Lens champion de France. André Delelis tire sa révérence et laisse à son successeur une situation compliquée.

Guy Delcourt attaque une décennie qui va voir le binôme se transformer en cocktail molotov : l’explosion du déficit de la Sécurité sociale associée à l’ivresse d’un football professionnel se livrant cuisses écartées à un libéralisme débridé et absolument pas maîtrisé. Le tout dans un secteur en alerte rouge aux niveaux économique, sanitaire et social. D’autant que le fidèle attelage de Delelis prend un gros coup derrière la crinière : Guy Delcourt mise sur un autre cheval, l’antenne du Louvre. Le pari est immense, digne d’un coup de poker. Parce qu’entre un club à l’agonie et un hôpital exsangue, il n’y a plus la place pour un troisième fardeau.

Le ministère de la Santé devrait s’inspirer de l’UEFA

Un hôpital a ceci d’indiscutable : c’est un trésor commun, un bien collectif soucieux et garant de la santé de la population autochtone. C’est avant tout une affaire d’État. Or, l’état du CH lensois est tout simplement pitoyable. Amiante à gogo, effectifs en surtension et au bout du rouleau (un cortège de deux cents employés a manifesté mardi dans le centre de Lens), entre 11 millions et 33 millions de déficit selon les estimations, voilà quelques éléments du décor qui n’a même plus d’envers. On évoque le projet d’une reconstruction de l’établissement : mais pour quand ? Vers 2015-2018 si l’on est optimiste. D’ici là on continue de soigner avec des rustines, pardon des morceaux de sparadrap.

Mais après tout, c’est la faute du ministère de la Santé. Ben oui, si ses cahiers des charges étaient aussi pointilleux que ceux de l’UEFA, ça droperait à la cravache. Parce que le deal avec cette pateline institution nichée dans un canton suisse est simple : c’est à prendre ou à laisser. Et ça marche. États et collectivités ont ceci de masochiste qu’ils se plient aux quatre volontés de ce qui n’est après tout qu’une simple fédération européenne de sport. Pourtant, quelques travaux de sécurisation, deux ou trois coups de peinture par ci par là et Bollaert assurerait sans problème la livraison de cinq matches de l’Euro. Mais non, l’UEFA sous couvert de progrès impose sa folie des grandeurs dans un contexte de crise historique. Qui est l’âne dans cette histoire ?

Le RCL, comme le ministère des Sports, aux services des urgences

Alors oui, celle là vous n’y échapperez pas, « un nouveau stade est un élément essentiel pour donner une nouvelle envergure économique, de plus grandes ambitions sportives au club ». Pas de bol, le RC Lens qui n’évolue pas que l’on sache sur une prairie entourée d’une main courante est dans le trente-sixième dessous tant sur le plan sportif qu’économique. Ça fait mal pour les amoureux du foot, pour ce club emblématique et attachant ; il y aura des jours meilleurs. Par charité chrétienne, évitons de soulever les douloureux antécédents du stade des Alpes de Grenoble (lire  ici) , du stade MMA du Mans, de celui qui meuble les rêves et sans doute les cauchemars de Jean-Michel Aulas (voir ici) ou plus près de nous, le stade de l’Épopée à Calais, mini Parc des Princes sonnant le vide, un échec magistral. Les oubliés s’empresseront de nous pardonner. Surtout Marseille.**

À force de jouer avec la tirelire, le petit cochon n’a plus rien dans le ventre. Valérie Fourneyron, la ministre des Sports, annoncera mardi prochain une baisse de 7% du budget de son ministère pour l’année 2013 avec le Stade de France en victime collatérale. On se console comme on peut, Stade 2 connaît toujours une audience stable… Pour avoir une vision complète du phénomène, il vous est recommandé d’aller .

(Tentative de) conclusion

Au vu de tout cela, on ne reniera pas pour autant que nos collectivités ont parmi leurs missions premières d’impulser, d’accompagner les grands projets régionaux. C’est même leur devoir. On ne doute pas non plus qu’elles mettent toute la sauce pour pallier aux insuffisances des secteurs de santé. Incontestablement, la mixité et la cohésion sociale sont au rendez-vous du sport (Daniel Percheron). Sauf que la sonate des caisses vides, le concerto du surendettement des institutions réduisent considérablement le champs des priorités. En cela, on ne peut que saluer l’intervention de Brigitte Passebosc, expliquant le refus du groupe communiste de voter le financement des travaux du stade Bollaert (son intervention est disponible ici). Tout cela sous l’œil approbateur de sa collègue de groupe, Michèle Demessine… nommée quelques jours plus tard vice-présidente du club des villes d’accueil de l’Euro-2016. C’est compliqué parfois la politique.

En tout cas, d’ici le 15 octobre, date du vote définitif, on peut encore discuter, soupeser, s’interroger. Le Grand stade high tech de Villeneuve d’Ascq assurera la présence de l’Euro dans la région. N’est-ce pas suffisant, sachant que Bollaert a déjà connu par deux fois -seul- cette opportunité auparavant ? Les précieux millions qu’on veut lui dédier ne seraient-ils pas plus utiles à l’accompagnement d’une Santé régionale fragile, au CH de Lens comme ailleurs, à la reconquête des déserts médicaux du territoire ? Poser la question c’est peut-être y apporter un semblant de réponse. Et autant se la poser quand on est encore en bonne santé n’est-il pas ?

* 11 M€ empruntés au Crédit agricole nord de France par le Conseil régional qui avait déjà voté une subvention de 25 M€, l’État (12 M€), la communauté d’agglomération de Lens-Liévin (12M€) et le département du Pas-de-Calais (10 M€). Un budget auquel il faut rajouter 13 M€ de TVA.

** « Mais que dire en plus de la gabegie financière que cela a représentée pour les Marseillais ? La transformation du Vélodrome en 98 a coûté la bagatelle de 391,9 millions de Francs, dont près de 220 pour la Ville de Marseille. 12 ans après, ce sont encore 273 millions d’euros au final qui seront investis dans ces travaux conduits par le groupe Bouygues via sa filiale Arema, pour répondre au cahier des charges de l’UEFA et faire de ce Vélodrome un stade 5 étoiles. Avec une grosse partie de financements publics et des subventions importantes qui ont fait débat au sein des institutions concernées. » Extrait du blog d’Hélène Foxonet sur L’Équipe.fr

Crédits photo : Affiche provenant du service des archives de la ville de Lens, que nous pouvons aimablement reproduire avec l’autorisation du site Le Lensois Normand. En Une, capture d’écran de l’hôpital, vu par satellite.

Retrouvez toutes les Basses chroniques des Hauts de France.

Et depuis quoi de neuf, docteur ?

Ben trois ans plus tard c’est tout sauf 37’5. Touché par un virus martelo-azerbaïdjanais dont on ne connaît toujours pas l’antidote (mais on en connaît quelques symptômes : une gouvernance catastrophique combinée à une communication pathétique) le RC Lens se traîne avec un déambulateur. Et c’est bizarre, dès que l’on prononce l’acronyme DNCG on accroche croix et gousses d’ail aux portes de la Gaillette. En gros le RCL disposera d’une superbe Ferrari mais aura-t-il les moyens de mettre de l’essence dedans ? Nous y reviendrons en temps utile. S’agissant de l’hôpital les lignes bougent enfin. Un nouveau centre hospitalier sera construit pour 2020 (début des travaux en 2017) pour un coût de 280 millions d’euros (pour tout connaître du projet c’est ici). Conclusion : les actuels et futurs patients de Lens et ses environs devront encore faire preuve de… patience. Tout comme les supporters lensois qui ne verront pas de football de haut niveau à Bollaert avant un an pile poil (le fameux Euro 2016). N’empêche, s’offrir une danseuse à 70 millions d’euros (voire plus) dans un secteur dévasté économiquement et socialement parlant fallait oser. Chapeau !

3 Commentaires

  1. Les salaires des joueurs de Lens seraient de l’argent privé ? C’est une fiction. Un club de foot en France ne peut exister sans que la collectivité publique ne prenne en charge la totalité de la construction du stade où il joue. Débarassé de toute partipation financière par un emprunt, des fonds propres, de toute participation des joueurs ou des supporters comme en Suède, le bilan devrait se porter comme un charme ( enfin..) puisqu’il existe un principe general en comptabilité, c’est qu”une non depense ( la construction à la charge du secteur public) est considéré comme une recette…. Hélas, M Percheron n’a jamais suivi une seule heure de compta. Jamais plombés par des remboursements d’emprunts, la tresorerie des clubs de foot, sert à offrir de pharaoniques salaires aux joueurs . Et si par hasard un de ces supporters nous parle des droits télé, ces derniers viennent de la pub, des abonnements aux footeuses chaînes . C’est encore des fonds privés. Enfin, si le president du conseil regional peut nous montrer un exemple d’un stade qui aurait rapporté beaucoup d’argent à la collectivité qui l’a financée, on lui en serait très reconnaissant. Reconnaissant parce qu’aucune enquête independante n’a jamais été réalisée à ce sujet. En voilà l’occasion avec le nouveau et fort coûteux stade de Lens.

  2. Sans le foot personne ne parlerait de la ville de Lens. Pourquoi vouloir opposer la rénovation du stade à celui de l’hôpital. C’est de la malhonnêteté intellectuelle. Lens à besoin d’un stade et d’un club fort pour continuer à rayonner et d’un hopital digne de ce nom. Il n’y a pas lieu de monter les gens les uns contre les autres. L’amateur de foot que je suis à également besoin d’un hôpital fonctionnel.

  3. Vos opinions vous appartiennent. Sauf qu’en prétendant que “Lens à besoin d’un stade et d’un club fort pour continuer à rayonner et d’un hopital digne de ce nom” ou que “l’amateur de foot que je suis a également besoin d’un hôpital fonctionnel” (ce que personne ne vous contestera) il y a comme un décalage au vu du constat développé dans ce papier. L’état des lieux du moment est que Lens a un stade flambant neuf et un hôpital que je vous engage à aller visiter. Quant au futur usage de ce stade par un club -sauf miracle ou coup de théâtre- aux portes du dépôt de bilan, inutile de tirer sur l’ambulance…

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