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PS du Nord : Le champ après la bataille

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 15 juin 2015

On avait pas vu çà depuis le “congrès” de Ronchin en 2003. Cette année-là un Marc Dolez pugnace repoussait l’assaut du mauroyiste Bernard Roman pour l’élection de premier fédéral. Le député du Nord s’opposait clairement à Pierre Mauroy et sa ligne jugée trop recentrée alors que Jean-Marie Le Pen avait bouté Lionel Jospin du second tour de 2002. En réunion de bureau, celui qui fondera quelques années plus tard le Front de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon ne cachait pas sa différence. Et la fédé du Nord qui pèse tant dans les congrès du PS, de ne plus être dans la ligne majoritaire du PS de Solférino. Cas rare sinon unique. La suite sera aussi sanglante et Dolez devra rendre son tablier après une guerre de harcèlement. Pas de ça vendredi dernier. En évinçant le premier fédéral du Nord aux manettes de la fédé depuis dix ans, Martine Filleul reste évidemment dans le giron de la motion “A”, celle de Cambadélis et Aubry, de Valls et de Hollande, victorieuse à Poitiers. Comme un moindre mal. Les choses se jouaient sur le terrain des personnalités réunies en deux clans, les mauroyistes et les aubrystes.

Gilles Pargneaux. Un sacré camouflet pour le député européen qui traînait comme un boulet les défaites de son camp aux municipales et aux départementales. Aux européennes, il y a un an, il menait la liste et sera le seul élu. On a évidemment voulu lui faire payer son ralliement à Martine Aubry, lui qui fut le sherpa de Bernard Derosier partout où le maire d’Hellemmes passait. Et justement, ce dernier, pas complétement retiré de la vie politique, donc, est l’un des artisans les plus virulents du putsch anti-Aubry. Même raisonnement pour Alain Cacheux, débarqué comme un malpropre entre les deux tours de la municipale lilloise, et qui avait lui aussi des comptes à régler. Ou pour Bernard Roman qui n’oublie pas la mauvaise manière d’il y a vingt ans quand il dût laisser la place à Martine Aubry pour succéder à Pierre Mauroy. Tuer Gilles Pargneaux*, c’était affaiblir Martine Aubry.

Martine Aubry. J’ai déjà évoqué les termes de la fin de règne de Martine Aubry. Elle n’est plus parlementaire ni ministre depuis bien longtemps, et a dû négocier l’abandon de son fauteuil de président de la métropole européenne de Lille. Pour une ancienne patronne du PS, un sacré revers, que de ne pas avoir su parer le coup sur ses propres terres malgré son ralliement de Poitiers pour canaliser les “frondeurs”. Sur la question lilloise, Paris – entendez Valls ou Hollande – n’a pas été très clair et a joué un double jeu. Pour flinguer Martine ? Défaites électorales, perte d’influence, perte de confiance, bunkérisation, malgré une réélection sans bavures l’année dernière, les nuages s’amoncèlent autour du beffroi de Lille. Ce sont les réseaux Aubry qui s’effilochent à grande vitesse – mais y-a-t-il réseaux ? on devrait dire la petite troupe. Que va devenir l'”aubrysme” dans la métropole lilloise, désormais minoritaire sur le plan fédéral ? ” On va bouffer les aubrystes”, me disait cette figure socialiste du Nord au début de l’année. Bon appétit !

Audrey Linkenheld. Là aussi un camouflet pour la responsable de la section socialiste de Lille qui voit les suffrages estampillés Martine Filleul faire jeu égal avec ceux de Gilles Pargneaux, qu’elle soutenait à l’instar de Martine Aubry. Pas vraiment un bon augure pour les prochaines compétitions électorales et les débats fédéraux. Aubry et Linkenheld n’auront plus les coudées aussi franches…

Pierre de Saintignon. Le courageux candidat socialiste aux régionales sait qu’il sera difficile de garder la région à gauche. Non sans négociations de souk, il a réussi à faire avaliser sa liste dans le Nord avant le mini-séisme de vendredi dernier. C’est donc qu’il y avait le feu au lac. Certains évoquent déjà une remise en cause de la stratégie régionale des socialistes à six mois du scrutin. De quoi y perdre son latin socialiste.

Patrick Kanner. L’ancien président du conseil général du Nord, qui connaît la planète militante comme sa poche, a pesé de tout son poids politique pour faire battre le candidat d’Aubry. Entre le ministre de la ville et la maire de Lille, les ponts sont définitivement rompus. Ironie de l’histoire, la première apparition publique de la maire de Lille dans la capitale des Flandres, c’était à l’occasion d’un cantonale partielle il y a une vingtaine d’années perdue par…Patrick Kanner. L’enjeu est clair : la mairie de Lille en 2020. Il aura donc la fédé avec lui.

Martine Filleul. Victoire nette pour celle qui doit maintenant reprendre en main une fédé déstabilisée en proie aux doutes et aux affres d’un échec retentissant aux régionales. Martine Filleul, oui ? Mais pourquoi faire ? 2015 est foutue, 2016 sera l’année de la candidature Hollande et 2017…Attendre deux ans pour se mettre au travail n’est pas le meilleur moyen pour s’imposer. A titre personnel, la native de Jeumont gagne quelques places dans la hiérarchie des caciques socialistes et étoffe son pédigree.

Roger Vicot. Son entrée dans la bagarre n’a pas fait bouger les lignes. Le maire de Lomme peut parler avec tout le monde, d’Aubry à Kanner. Mais sa voix n’a pas été entendue. Il devient le numéro deux de la fédé.

* ” Il ira loin celui-là, vous pouvez me croire“, avait lancé un peu rapidement un Pierre Mauroy il y a quelques années pendant un meeting électoral en évoquant le destin de Gilles Pargneaux.

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3 Commentaires

  1. Et la fameuse lettre d’Aubry aux militants ? On aimerait bien lire sa prose.

  2. On appréciera votre expression : “négociations de souk”… non, non, ce n’est pas un a priori raciste… surtout pas venant de vous… Et puis, cette vision populiste que vous avez de la politique est affligeante! Trop facile de montrer du doigt nos responsables politiques et de se croire blanc comme un colombe! Réfléchissez et remettez-vous un peu plus en question avant d’écrire. Vous rendrez service à la vie publique et à notre pays.

  3. J’espère pour vous que ce n’est pas une attaque personnelle,…Le courage des anonymes est toujours pathétique…En tout cas, les derniers développements avec les copains écolos montrent qu’on a pas fini de parler de cette liste toujours sur l’étal du marché de la place du village au pied de l’église…ça vous convient probablement mieux comme expression, non ? Et ce n’est pas en tripotant le thermomètre que vous ferez baisser la fièvre…

    Mes hommages “Madame”,

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Bienvenue sur Le Petit Théâtre de Martine Aubry et Xavier Bertrand, associé au pure-player d’informations DailyNord. Tenu par le journaliste Marc Prévost, et dans le prolongement du livre le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, il décrypte  et éclaire les coulisses de la vie politique locale et nationale et parfois aussi d’autres choses. C’est son choix ! Voir Ma Bio & my Way,

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