REPORTAGE

Petite histoire Par | 08H20 | 15 juin 2015

Dossier européennes (3) : quand une fonctionnaire de l’Union retourne à l’école

Elle est trentenaire. Et est retournée à l’école maternelle. Dans le cadre de son opération “Back To School”, l’Union européenne envoie ses fonctionnaires prêcher la bonne parole dans les écoles. Reportage au sein de l’école Moulins à Lille.

Estelle Poidevin, expliquant l'Europe aux écoliers de Moulins. Crédit photo Dailynord.

Estelle Poidevin, expliquant l’Europe aux écoliers de Moulins. Crédit photo Dailynord.

Assis sur des petits bancs, ils n’ont que cinq ans mais chantent déjà des comptines en allemand ! Ce matin de juin, les 25 écoliers de l’école Moulins de Lille accueillaient en effet une invitée très spéciale : Estelle Poidevin, fonctionnaire européenne. Dans le cadre de l’opération Back to School, la trentenaire est donc retournée sur les bancs de l’école. C’est Harlem Désir, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, qui a souhaité que les fonctionnaires européens puissent prêcher la bonne parole dans les écoles, collèges et lycées de France. Histoire de rendre plus concrète l’idée qu’on se fait des Européennes. Et de tordre le cou aux idées reçues. “Il y a beaucoup de désinformation sur l’Europe”, admet Estelle Poidevin.
Originaire de Saint-Omer, Estelle Poidevin est analyste politique à la représentation en France de la commission européenne. Son travail ? « Faire le lien entre la France, les institutions européennes et la commission », résume-t-elle. Concrètement, elle analyse l’actualité française pour en informer l’Europe, que ce soit sur un point de vue politique (comme le positionnement des partis) comme technique (réforme). A l’inverse, elle explique aussi à Bruxelles ce qui se passe en France.

Avec les petits malins de Cologne

A l’école Moulins, la classe de Monique Maire est l’une des rares à avoir déjà « expérimenté » l’Europe. Au fil d’un blog qui retrace l’échange fait avec une classe de Cologne, les enfants se souviennent des activités de la journée : la chanson de bienvenue, la découverte des animaux de la ferme, le tour de poney, le pique-nique, etc. S’ils reconnaissent le drapeau européen « avec des pays tous amis avec la France », nommer ces pays est encore un peu compliqué. Sur la carte, les enfants arrivent quand même à pointer les pays, avec des moyens mnémotechniques bien à eux. « C’est la Bulgarie parce que j’aime bien les bulles », explique très sérieusement Sacha. « Moi je connais l’Espagne car c’est le pays de Judith », clame sa camarade. « Là, c’est la Suède car maintenant je sais lire », avance Timéo. « Là, c’est la Russie », lance un autre élève. « Non, la Russie ne fait pas partie de l’Europe, elle s’est fait son propre groupe d’amis », répond l’institutrice.

Initiative volontaire

Tout n’est pas encore au point mais ces 25 élèves en savent déjà bien plus que les autres enfants de l’âge. Grâce à ce projet d’échange qui a d’ailleurs permis à la classe de décrocher le premier prix français du école prix Hippocrène, récompensant les meilleurs de partenariat européen.  L’institutrice a dû passer une sorte de « grand oral » devant un jury. A la pause récré, elle raconte son tract, les questions difficiles qui lui ont été posées lors de cet entretien. Et aussi quel déchirement ça a été de devoir tirer au sort quelques enfants pour aller chercher le prix à Strasbourg au parlement européen. « Certains parents d’élèves m’en veulent encore », regrette l’enseignante. A l’origine , c’est une étudiante allemande qui a fait le lien entre les deux pays en travaillant à comparer les carnavals de Lille et de Cologne. Monique Maire s’est ensuite battue pour monter ce projet avec les moyens du bord, en trouvant notamment des financements auprès de l’association organisant le carnaval de quartier pour se rendre à Cologne. Elle a dû penser à tout : notamment à emporter un pique-nique pour les écoliers de profession musulmane « parce que là-bas, la cantine, c’est plutôt charcuterie ».

« La classe est ressortie transformée de ce premier échange avec Cologne. Ils ont ouvert leur monde. Avec ce voyage, ils ont découvert qu’ils étaient Français alors qu’avant certains me disaient « je suis arabe car je parle arabe », constate Monique Maire. « Au retour, quand un des élèves a dit « moi, je me suis fait un copain », je me suis dit qu’il fallait qu’on continue avec mon homologue allemande». Elles ont trouvé une ferme à mi-chemin où les enfants ont pu se retrouver. Petit détail qui a son importance, Monique Maire ne parle pas allemand.”J’ai aussi dû apprendre à faire un blog qui a fait 186 vues : c’est beaucoup pour le quartier”, constate-t-elle.

De la difficulté d’expliquer

Au retour de la récré, c’est au tour d’Estelle Poidevin d’intervenir pour expliquer son métier et l’Europe. Elle s’est judicieusement adaptée à son jeune auditoire en optant pour un échange interactif où elle a essayé tant bien que mal d’apporter des éléments de réponse. Certes, les enfants ne retiendront pas qui sont Robert Schumann ou Jean Monnet. N’ont pas forcément compris ce que fait Estelle Poidevin à Paris. Mais face à la récurrence des questions sur le Maroc, la Turquie ou l’Algérie, question de racines, il retiendront peut-être que l’Europe « continue à être amie avec tous ces pays qu’ils soient dans l’union européenne ou non ». Estelle Poidevin n’a pas manqué de les sensibiliser sur le fait que tous dans la classe font partie de cette union européenne. Et qu’il leur appartiendra peut-être plus tard de décider qui devra y rentrer ou non…

Si l’intervention d’Estelle Poidevin restera limitée à une matinée, la fonctionnaire et ses accompagnants ne sont pas prêts d’oublier la classe de Monique Maire. Avec certainement des petits coups de pouces pour poursuivre le projet…

Marie-Aymone Belling et Gaëtane Deljurie

 

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