FINANCEMENT PARTICIPATIF

Réflexions Par | 07H45 | 01 juin 2015

Crowdfunding en Nord-Pas-de-Calais (3/4) : comment ont-ils réussi ?

Proposer un projet de financement participatif, c’est bien. Le réussir, c’est mieux ! En moyenne, 40% des projets n’atteignent jamais l’objectif fixé. Comment s’en sont sortis les crowdfunders qui ont réussi à lever des fonds ? DailyNord leur a posé la question.

Retrouvez l’intégralité de notre dossier Crowfunding en Nord – Pas-de-Calais.

La ligne du temps du projet Toucher pour voir, qui ambitionne d'imprimer le Nord-Pas-de-Calais en 3D pour les déficients visuels. Crédit photo Tri-D

La ligne du temps du projet Toucher pour voir, qui ambitionne d’imprimer le Nord-Pas-de-Calais en 3D pour les déficients visuels. Crédit photo Tri-D

Le temps était compté. 47 jours et pas un de plus pour récolter 10 000 €. Chris Delepierre, 25 ans, a tenu bon. Le jeune start-uper croyait en son projet très innovant : rendre accessible le monde visible aux déficients visuels en imprimant le Nord-Pas de Calais en 3D. Recréer en miniature un beffroi ou une oeuvre d’art par le toucher, c’est le concept génial de Toucher pour voir. Il nous est apparu cohérent d’utiliser le crowdfunding pour poser la première pierre de notre projet, à savoir l’achat des 5 premières imprimantes 3D“, explique le jeune entrepreneur. Restait à mener l’opération à terme…

En amont et en aval

La préparation a duré plusieurs mois. Nous avons notamment monté une vidéo avec des étudiants de l’ISTC. Nous avons réfléchi ensuite trois à quatre mois pour savoir comment axer le message de notre campagne : nous devions choisir un sujet parmi nos différents projets“. Les contreparties ont elles aussi été mûrement réfléchies : ont été proposés des objets imprimés en 3D mais aussi des initiations à la découpe laser, des repas dans le noir, etc. “Nous avons travaillé avec une association de déficients visuels afin de proposer des contreparties intéressantes à moindre coût“, poursuit Chris Delepierre. Associations, fablab, distributeurs d’imprimantes 3D, etc. : au final, c’est une trentaine de prestataires que Chris Delepierre a dû rassembler autour du projet.

Ces efforts ont finalement été payants puisque Toucher pour voir a dépassé son objectif de collecte de 30%, avec près de 160 gentils kisskissbankbankers. Dont une chercheuse barcelonaise qui a pris contact avec la start-up pour mettre au point de nouveaux outils de médiation culturelle. C’était donc du temps, mais Chris Delepierre en ressort gagnant. “Au delà du crowdfunding, cette opération nous apporte une légitimité auprès de futurs financeurs. Le succès de notre opération apporte d’emblée un crédit à notre projet“.

Une campagne de communication

Autre grand manitou du crowdfunding en Nord-Pas-de-Calais, Gérard Bellet et son projet Jean Bouteille. Il a levé plus de 21 000 euros à l’aide de plus 400 donateurs (relire l’article de notre dossier Qui a raflé le plus d’argent ?). Pour lui, « une campagne de crowdfunding, c’est avant tout une campagne de communication : pour que le projet réussisse, il doit être diffusé au maximum, avec un réel engagement des contributeurs », décrypte-t-il. La recette est à peu près la même que Toucher pour voir : des slogans accrocheurs, une vidéo bien léchée, le message clair et didactique, les contreparties alléchantes, etc. « Le crowdfunding nous a pris beaucoup de temps avant, pendant et après », confie le trentenaire. Mais au final, la mayonnaise a pris avec beaucoup de partages sur les réseaux, des articles dans les journaux “pour qui le sujet revêt du coup une actualité” et des reprises dans de nombreux blogs « qui adorent partager ce genre d’info ».

Le principe reste valable même pour les petites sommes. « Je m’étais bien renseigné avant de me lancer », se souvient Flox, qui a récolté 1000 € sur KissKissBankBank pour lancer sa propre marque de tee-shirt baptisée Corne de Brume. Le jeune créateur a dû trouver le juste milieu entre la somme demandée et les contreparties proposées (stickers, badges, tee-shirts). « A 80%, ce sont d’abord des connaissances qui ont donné. Pour le démarrage de mon activité, le crowdfunding a fait office de prévente ».  Même retour d’expérience pour Acta Terra, société souhaitant promouvoir l’éolien pour tous sur le site nordiste Cowfunding, « Les généreux donateurs ont été d’abord les amis, la famille, le réseau élargi », note Erick Gros-Dubois. Même avec les 9% de commissions laissés au site, « le crowdfunding m’a donné les moyens de passer à l’étape suivant dans mon programme de recherche et développement ».

Course de fonds

Reste une question : le choix du site peut-il jouer dans le succès ? Arnaud Burgot, directeur général d’Ulule, a tout misé sur l’accompagnement. “Nous faisons travailler dix personnes à plein temps pour accompagner les porteurs de projets, ce qui nous permet d’atteindre 67% de réussite“. Contre 54% pour KissKissBankBank, actuel leader sur son marché. Le site nordiste Cowfunding lui préfère sélectionner dès l’entrée : “Nous refusons près de 80% des projets, souvent à cause d’une méconnaissance de ce type de financement : le crowdfunding ne sert pas à financer des projets personnels. Nous sélectionnons donc les projets porteurs d’une vraie dynamique d’ensemble », note le co-fondateur Christophe Masson. Même si pour Arnaud Burgot, “la forme compte autant que le fond : le crowdfunding fonctionne grâce à une mécanique boule de neige, il faut donc réussir à transformer votre réseau en ambassadeurs de votre projet ». Ensuite, il faut miser sur la forme “car la qualité visuelle du projet est essentielle ». Sans oublier qu’il faut être prêt à relancer régulièrement, aller démarcher des partenaires, répondre rapidement aux demandes des internautes, etc. Prêts pour le marathon ?

Retrouvez l’intégralité de notre dossier Crowfunding en Nord – Pas-de-Calais.

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