REBOND BRADÉ

Rebrousse-poil Par | 08H00 | 23 mai 2015

Brocante’s song

Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais les brocantes servent de marqueur pour le retour des beaux jours (enfin du printemps, on prend moins de risques…). En ce week-end prolongé de Pentecôte, ce ne sont pas moins de 137 brocantes qui vous seront proposées dans la région*. Et c’est pratiquement le même rythme de croisière jusque fin septembre, autrement dit l’équivalent d’une braderie de Lille chaque week-end. Depuis quelques années, ce qui appartenait au folklore est devenu, crise aidant, un nouveau marché parallèle. Mais aussi un véritable cas d’étude anthropologique. Rebond bradé mais pas soldé.

Une grande brocante, la Braderie de Lille en fait. Photo : JFGornet sur FlickR

Les expressions « vide-greniers » ou « marché aux puces » ont perdu leur charme suranné. Dans les communes, techniquement parlant, on utilise désormais le terme de « vente au déballage » parce qu’aux puciers du dimanche sont venus s’ajouter des camelots proposant des produits aussi divers que loufoques. On pense par exemple à ce marchand de bustes ou d’assiettes à l’effigie de Johnny, de Gainsbourg ou Mike Brant. A côté, les collections privées de François Pinault, c’est de la gnognotte. Il y a aussi parfois des stands plus exotiques qui vampirisent notamment les gros axes de la braderie de Lille : un vendeur d’art africain côtoie un marchand de spécialités péruviennes qui lui-même côtoie un kebab et ainsi de suite sur plusieurs mètres (vérifiez, ce sera les 5 et 6 septembre prochains). Mais à une échelle moindre, on retrouve des cas récurrents.

VHS vs vinyles

Pour faire des économies dans l’optique de la future rentrée des classes, inutile de vous ruiner dans une librairie, les brocantes regorgent des ouvrages de Molière, de Rousseau, de Saint-Exupery et autres Camus, bref tous les classiques que l’on doit imparablement se fader entre la seconde et la terminale, souvent dans un état neuf. Suffit d’observer l’âge des vendeurs pour comprendre qu’aussitôt leurs humanités achevées, il est hors de question que ces ouvrages prennent la poussière sur les étagères, la bio de Loana ne supporterait pas une telle compagnie.

Avec le streaming ou encore les sites de musique en ligne, DVD et CD inondent les brocantes et automatiquement cela implique des prix bradés (entre 0,50 et 2€, au dessus c’est de l’arnaque ou alors la perle de l’année). Le plus dur étant de devoir se briser les reins pour explorer les titres proposés, la plupart du temps pour rien, on retrouve souvent pour la millième fois un X Men ou des séries Z en pagaille, au point qu’on serait tenté de faire un procès à ceux qui ont osé commercialiser de telles bouses. Ce qui est remarquable, c’est de voir encore autant de VHS sur les trottoirs alors qu’on ne fabrique plus de lecteurs depuis belle lurette, vous aviez remarqué ? Non actuellement le must ce sont les 33 tours vinyles qui font un retour flamboyant. Et là le prix demandé est très extensible. La loi de la demande mon cher.

Un marché aux puces est aussi le reflet, une leçon d’histoire, de notre culture de consommation. Exemple : c’est incroyable le nombre de machines à café à capsules cherchant (désespérément) preneurs. Comme les chargeurs et portables faisant figures de mammouths alors qu’ils sortaient des usines il n’y a même pas dix ans. Une goutte d’eau dans cet océan de modes aussi vite apparues qu’oubliées. Parce qu’il faut se lever de bonne heure pour trouver la poire qui vous achètera un coussin Tokio Hotel ou une machine à faire des frites en zigzag.

Chiens vs landau

Le vivre ensemble des brocantes est aussi un beau terrain d’exploration. D’abord une pensée pour ces pauvres chiens qui n’ont jamais demandé à leurs maîtres ces traversées de jambes qui n’en finissent pas. Rien de tel pour leur mettre le stress (aux chiens). Que fait la Spa ? On aurait d’ailleurs dû commencer par les bébés et enfants en très bas âges aux mieux sur leurs poussettes, au pire dans un landau aussi grand qu’un porte-avions. Dans la cohue, rien de tel pour bloquer la circulation. Et là il faut l’avouer, on hésite entre gifler les parents ou appeler la DDASS. Notez qu’à l’occasion d’une brocante organisée sur le parking d’un centre commercial, on a pu apercevoir une dame circulant avec un gros caddy de l’enseigne. Qui en plus était vide… On passe sur ces groupes ne sachant pas marcher autrement que tous côte à côte et à leur rythme. Comme seuls au monde. Une fois de plus, dans un tel cas de figure, on peine à rester courtois. Regroupez toutes ces singularités et cela représente un volume humain non négligeable.

Côté vendeurs, ceux qui mettent des prix pour tout jusqu’aux castagnettes fendues en deux ont, allez savoir pourquoi, un côté franchement énervant non ? Négocier le prix fait pourtant partie de la règle du jeu. Cela c’est l’adage des chineurs matinaux. Les purs, les durs, ceux qui arrivent avant l’heure pour dénicher LA perle rare au nez et à la barbe des autres. Ils marchent vite, essaient d’enquiller le maximum de brocantes dans la matinée et sauf contradiction d’un spécialiste, leurs désirs brûlants d’acquisition ne rendent pas vraiment le contact agréable.

Terminons avec ce qui n’est pas le moins ragoûtant : ces marchands de viennoiseries, guimauves, confiseries et autres pâtisseries (100% industrielles bien sûr) exposées en plein soleil (quand il y en a, c’est vrai) et ne répondant pas aux canons de conservation c’est le moins que l’on puisse dire. Les services d’hygiènes feraient bien de se pencher sur la question.

Tout cela vous, chineurs patentés ou occasionnels l’avez vécu, vu ou connu à des degrés divers. Si d’autres anecdotes vous venaient à l’esprit, n’hésitez pas à offrir votre expérience dans nos commentaires. La seule chose à savoir quand vous partez dans une brocante (sauf si vous cherchez un coussin Tokio Hotel ou une machine à faire des frites en zigzag) est de ne jamais chercher quelque chose de précis, vous ne le trouverez jamais. C’est aussi cela le charme des brocantes.

* Source du site de référence des brocantes dans la région, Sabradou, véritable bible numérique des chineurs acharnés.

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