L'ENQUÊTE, SUITE

Réflexions Par | 07H15 | 21 avril 2015

Les enseignements des comptes de campagne des Municipales (2/3)

Deuxième volet de nos enseignements sur les comptes de campagne des Municipales. On y cause FN, honoraires en communication, jackpot pour les imprimeurs et biscuits apéro. 

Retrouvez les tableaux des recettes et des dépenses des candidats sur cette page.

Retrouvez le premier volet des enseignements par là.

facturescomptes

Pour Nicolas Bouche, à Lambersart, des frais de “bouche” (désolé, elle était facile), mais aussi un petit tour chez Casto.

FN : on est bien entre nous

Surprise dans les comptes de campagne d’Eric Dillies, candidat Front National à Lille. Il a notamment emprunté 45 500 euros au taux de 6,5% sur douze mois à l’association Jeanne… qui lui a ensuite facturé 36 500 euros de commande de documents pour la campagne (impression, briquets, clés USB, coupe-vents, stylos, site internet, etc). Même chose pour Hugues Sion (Lens), qui emprunte 9250 euros toujours à 6,5% pour des commandes du même type. Emprunter à Jeanne à un taux avantageux pour payer à Jeanne des prestations parfois exagérées… avant d’être remboursé par l’Etat, les juges enquêtent en ce moment même sur cette association qu’ils soupçonnent, entre autres, de servir de financement politique occulte au Front National. Dans cette enquête, un certain Nicolas Crochet – qui fut en son temps candidat aux législatives à Lambersart – a été mis en examen la semaine dernière, en tant qu’expert comptable notamment de Jeanne «  pour recel d’abus de confiance, complicité d’escroquerie en lien avec les législatives de 2012, financement illégal de parti politique et blanchiment d’abus de bien social » (Le Monde). Il a bien été l’expert-comptable d’Eric Dillies et de Hugues Sion dans cette campagne des Municipales, mais aussi de Steeve Briois. Le maire d’Hénin-Beaumont n’a en revanche pas fait appel aux kits et emprunts de Jeanne. «  Une ville gagnable doit faire l’objet d’ une communication spécifique  », justifie Bruno Bilde, son adjoint. Visiblement pour l’emporter, les kits clés en main de Jeanne ne suffisent pas.

Eric Dillies : une solution pour l’emploi…

Après les Français d’abord, le FN d’abord. Parmi les comptes étudiés, c’est Eric Dillies qui décroche haut la main le pompon des sommes dépensées pour l’emploi d’un collaborateur. 25 000 euros pour un «  secrétaire administratif  » quand Jean-René Lecerf se contentait de 15 000 euros, Natacha Bouchart de 6 000 euros, Martine Aubry de 2 000 euros, Michel-François Delannoy de 1 000 euros. Contacté par DailyNord, Eric Dillies, en excellent conseiller Pôle Emploi, nous a suggéré d’aller faire un stage à la Commission nationale des comptes de campagne.

… mais pas d’explications sur ses deux sites internet

Dans le compte de campagne d’Eric Dillies figure une facture d’un site internet (9 000 euros) commandé à Jeanne. Un peu plus loin, le même Eric Dillies paye un autre prestataire, cette fois-ci nordiste, – non référencé sur le web (le comble pour une entreprise oeuvrant dans ce secteur !)- pour, entre autres, la création de blog, l’achat du domaine www.lillebleumarine.com, la création graphique, le référencement et une mise à jour quotidienne pendant six mois. Montant de la prestation : 8250 euros. Le site lillebleumarine existe toujours, au contraire de celui de Jeanne dont nous n’avons pas trouvé de trace. Quid de celui-ci ? A-t-il été fermé dès la fin de la campagne ? Ou y-a-t-il deux imputations comptables pour la même prestation ? Nous attendons toujours l’explication de Monsieur Eric Dillies, qui botte en touche. «  Mon compte de campagne n’a pas échappé au contrôle légitime de la CNCCFP. Dormez en paix  » se contente de répondre le leader du FN lillois, à qui nous suggérons un stage en communication politique.

Mise à jour : le jour même de la publication de cet article, le site lillebleumarine a disparu du web… Plus d’infos par ici.

La campagne, une aubaine pour les imprimeurs

En ces temps difficiles pour l’industrie papier, les périodes d’élections constituent une véritable aubaine pour les imprimeurs régionaux. L’impression des tracts et des affiches représente le poste principal de dépenses des candidats : 50% en moyenne ! En pourcentage, Gérard Dalongeville est l’un de ceux qui a le plus consacré de budget aux affiches et documents de campagne (72%), suivi par Jacky Hénin (68%) et Jacques Mellick (65%). A contrario, Jean-René Lecerf est le plus économe (26%), tout comme Frédéric Leturque (29%) et François Desmazière (31%)… deux Arrageois qui se lâchent sur autre chose (voir le point suivant).

Des conseils en com’ massifs

La case «  Honoraires et  conseils en communication  » représente aussi un pourcentage important – et surprenant – chez certains candidats : 37% des dépenses chez Frédéric Leturque, 32% chez François Desmazière, 26% chez Michel Delebarre, 25% chez Michel-François Delannoy, 24% chez Natacha Bouchart… Dommage qu’aucune des sociétés contactées n’ait souhaité nous répondre sur le détail de leurs précieuses prestations. A défaut, vous serez ravis d’apprendre que chaque parti semble avoir sa boîte attitrée. A gauche, Martine Aubry et Michel Delebarre ont ainsi fait appel à la société R’Com Rigaux (que l’on retrouve aussi dans les magazines du Conseil Général du Nord ou de la communauté urbaine de Dunkerque) ; à droite, Jean-René Lecerf et Gérald Darmanin préféraient W double V.

Des prestataires aux prix très différents

Vous cherchez un prix moyen pour vos prestations de photos, de vidéos, de site internet de campagne… Il n’y en a pas. Parmi la trentaine de candidats épluchés, les tarifs sont extrêmement différents. Les prestations photos peuvent aller ainsi de 50 à plus de 3 000 euros. Pour faire appel à un monteur vidéo, Arnaud Sanchez dépense 590 euros… quand pour  l’intégralité de son clip de campagne, Martine Aubry fait exploser les compteurs avec 16 000 euros. La vidéo, réalisée par une agence parisienne, durait trois minutes, ce qui fait donc un peu plus de 5 000 euros la minute. Si vous cherchez à vous reconvertir…

Mêmes différences du côté des sites internet. Eric Dillies est donc le champion du genre avec ses deux sites, quand la mise en place de ceux de Gérald Darmanin à Tourcoing et d’Hélène Flautre à Arras coûtaient respectivement 2 800 et 1 000 euros.

Moralité : les prestataires peuvent facturer un peu comme ils veulent et il est bien impossible pour qui que ce soit de vérifier la sincérité exacte des travaux réalisés.

Biscuits apéros pour tout le monde !

Il n’y a pas que les dépenses d’impression, de communication et les loyers dans les comptes de campagne. Loin de là. Une bonne partie des factures concerne des petits objets du quotidien : des pinceaux, de la colle, un double des clés. Ou encore les courses alimentaires à Carrefour ou Auchan : biscuits apéritifs, bières, cidre, etc. Qui a dit que les hommes politiques étaient déconnectés de la vie quotidienne ?

Précision utile : les campagnes électorales des municipales sont faites plutôt avec les acteurs économiques locaux, certains choisissant d’arroser toute la ville (voir les frais postaux de Gérald Darmanin), d’autres ayant leurs habitudes dans des restaurants, souvent à proximité de leurs locaux de campagne. Malgré nos secrets espoirs, nous n’avons pas trouvé de candidats ayant fait appel à des prestataires des pays de l’Est.

Retrouvez les deux volets des enseignements des comptes de campagne des Municipales :

– Marc-Philippe Daubresse, champion des dépenses par habitant, Gérald Darmanin, le PO-PU-LAI-RE aux amis très généreux, Jean-René Lecerf qui fait campagne pour la suite, Arnaud le dissident qui dépense un tiers de plus que le maire.

– Les drôles d’arrangement du FN, des honoraires en com’ massifs, jackpot pour les imprimeurs, apéro pour tout le monde !

Ainsi que les tableaux des recettes et des dépenses des candidats sur cette page.

Sans oublier, les petites anecdotes au fil des factures des comptes de campagne :  l’étrange demande de Jacques Mellick à Béthune,  l’invité mystère à l’hôtel de Titine de Fer ou les premiers frais de Guillaume Delbar… 

3 Commentaires

  1. Les infos de Dailynord reprises par la presse locale n’ont pas manqué de faire réagir le Maire de Lambersart. Sa volonté de protéger les contribuables est touchante. En effet, bénéficiant de dons, le montant qui lui a été remboursé est moindre que celui octroyé à son adversaire. Cependant, les dons ouvrent droit à une réduction d’impôt de 66% du montant du don, je vous laisse vérifier le calcul :
    Mr Daubresse remboursement : 21795 € Dons 19295 € Réduction d’impôt 12734 €
    Mr Cousin remboursement : 24957 € Dons 8805 € Réduction d’impôt 5811 €
    ECARTS 3162 € 10490 € 6923 €
    Toute similitude avec le sarkothon, serait l’occasion de souligner la mauvaise foi d’un ancien Président et de ses supporters.
    Vous nous lassez Monsieur !

  2. Bien vu ! Les dons sont en effet déductibles des impôts et sa démonstration est donc tronquée. On va faire une brève sur la réaction de Marc-Philippe Daubresse.

  3. Voilà un article qui nous apprend beaucoup sur les us et coutumes des candidats aux elections. Ce qui déconsidérera encore un peu plus la fonction politique. Même pas encore elu et dejà en train de truander les comptes… Pourquoi pas editer un petit vademecum du candidat pour epingler ces mauvaises manières aussi vieilles que le monde ? Parce qu’au final, le candidat qu’on distinguera sera le plus discret et qui, au lieu de s’attacher de coûteux conseillers en com baratin saura mieux s’exprimer que les autres sans refiler de bricoles made in China aux gogos qui l’ecoutent bouche bée.

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Abonnez-vous à notre newsletter

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les tops DailyNord

Les Livres avec Eulalie

Contacter la rédaction

Ça se passe par là