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Lecerf à Lille et Percheron à Lens

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 02 avril 2015

Droite à Lille. Le nouveau chef du Nord est donc en même temps le numéro un de l’opposition à Martine Aubry. De quoi rééquilibrer le conseil municipal de la capitale des Flandres où l’opposition de Sa majesté Titine de Fer a, comment dire, n’a jamais brillé par son unité ou ses qualités tactiques et a souvent plus ressemblé à un champ de ruines comme l’observait un Alex Türk qui avait vécu le problème de l’intérieur. A Lille, du côté gauche ou sur l’aile droite, c’est cap sur 2020. Messieurs Kanner et Lamy sont donc presque déjà concurrents, on n’ose dire adversaires, et on les entend déjà aiguiser leur épée. 2016 sera l’année de leur entrée en lice, une fois les désastres digérés et, espèrent-ils, les troupes en ordre de marche. Mais à droite ? Dans les rangs de l’actuelle opposition, personne ne peut logiquement relever la tête. Trop tendres, trop peu connus, pas assez aguerris. A part le nouveau président du Nord. Qui connait la musique puisqu’il s’est frotté à Martine Aubry, il y a tout juste un an dans des municipales qui ressemblaient à un défi impossible. Il devrait rester siéger à Lille, porter la contradiction à une Martine Aubry ne peut que le réjouir et lustrer un pedigree quand le grand chambardement attendu en 2017 éclatera, s’il éclate. Dans cinq ans, il aura l’âge des maturités et des expériences blanchies sous le harnais. Certes, les barrières anti-cumul ne plaident pas en faveur d’une telle opération et c’est heureux, mais la marelle politique est ainsi. Le Lambersartois Marc-Philippe Daubresse, avec le courage de la vantardise, n’a jamais osé franchir la Deûle pour aller croiser le fer contre celle qu’il surnomme la Tsarine. Par contre, la nouvelle garde peut faire valoir sa jeunesse. Un Sébastien Leprêtre oserait-il abandonner sa chère mairie de La Madeleine pour l’ombre du beffroi lillois, comme son pote Gérald Darmanin, le vibrionnant député-maire UMP de Tourcoing l’a suggéré? Un parachutage ? Hum, la consanguinité impossible entre militants locaux et parisiens élimine naturellement ce type d’opération…Le tout sur fond de réforme territoriale qui aboutira, un jour, à une élection au suffrage universel direct des métropoles, là où les pouvoirs seront concentrés. Alors le tout frais patron du Nord pourrait-il se dévouer ?

Népotisme, quand tu nous tiens. Mais comment peut-on en arriver là ? Décidément, l’intelligence, cette petite chose à la surface de nous-mêmes, ne prémunit en rien contre les dérives de l’exercice du pouvoir. C’est comme si Daniel Percheron rédigeait un tract pro-FN. De quoi réveiller les pourfendeurs de l’établissement ou de la caste, c’est selon, même si ces derniers trempent allègrement les doigts dans le pot de confitures et le FN est d’abord, nolens volens, une PME de famille dont les parts de marché augmentent à chaque élection. En installant sa fille Elvire au Louvre-Lens sous l’air du sauve-qui-peut avant les régionales de fin d’année où la gauche aura un mal fou à garder la région et ses prébendes, le président socialiste sortant consterne son camp – la réaction du député socialiste et ancien maire de Lens, Guy Delcourt, est éloquente et sous le beffroi de Lille on se perd en conjectures. Si  ruse électorale il y a, Monsieur Percheron qui jetterait sa fille dans la fournaise lensoise pour faire monter la colère populaire en prévision des régionales, donc le vote FN pour amoindrir une droite requinquée…on n’ose y croire, et je n’y crois pas…Restons sérieux. J’ai déjà expliqué qu’une collectivité régie par des règles de droit public et vivant des deniers publics n’était pas une PME dans laquelle le patron, incarnation ressuscitée du seigneur médiéval, souvent père sévère et protecteur sourcilleux à la fois, étendait son aile tutélaire jusqu’au fond des ateliers et bureaux. Rançon de ce pouvoir non pas absolu mais autoritaire au sens étymologique latin, une certaine propension au népotisme et au favoritisme affectif, de coeur ou de sang. L’affaire rappelle il y a quelques années celle d’un fils de son papa patron du défunt conseil général du Nord et régulièrement promu jusqu’à la tête d’une direction importante et prestigieuse et confortablement recasé après polémique et contentieux. Qu’en sera-t-il de son ascension fulgurante au vu de l’alternance qui vient de surgir et d’ailleurs prévisible ? Alors oui, certaines échines appréciées pour leur souplesse transpirent du côté gauche du personnel administratif. Les nouveaux patrons – de droite – qui viennent d’accéder aux pouvoirs municipaux et autres depuis un an se défendent de toute chasse aux sorcières et ils savent le retour de bâton en cas de sévérité ou de partialité, bref d’abus de pouvoir. En 1992, et Jean-René Lecerf était le premier vice-président du conseil général du Nord présidé par Jacques Donnay (voir le portrait Les coups droits et les revers de Jacques Donnay), la droite toute ébahie de se retrouver aux manettes* et grisée par les hochets du pouvoir, avait parfois dérapé. Des histoires de serrures de bureaux de collaborateurs étiquetés PS changées en catimini et de contentieux administratifs à base de harcèlement avaient assombri le début du mandat. Nul doute que le jeune exécutif désigné ce jour au conseil départemental du Nord, et l’avertissement vaut pour tous, saura éviter de tels pièges. Mais de tels scandales comme celui de Madame Fille au Louvre-Lens ne peuvent qu’attiser les rancoeurs et déclencher les réactions. Surtout si Marine Le Pen gagne la région à la fin de l’année.

* Grand classique, la gauche avait vidé disques durs et placards avant de céder la place à ses vainqueurs. Quelques coups de téléphone plus tard – il suffisait de les rebrancher -, le RPR de Paris avait dépêché quelques jeunes gens bien éduqués pour cornaquer la majorité au bord de la noyade. Dans la série Courteline, une cadre du département était resté chez elle, prostrée et persuadée qu’elle serait évincée dans le plus pur style Dallas. Un mois après on la rappela chez elle pour la supplier de reprendre son poste.

 

 

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