ENQUÊTE (ET EXCLU)

Réflexions Par | 07H35 | 20 avril 2015

Nos maires ont un an : les enseignements des comptes de campagne des Municipales (1/3)

DailyNord s’est procuré les comptes de campagne des Municipales d’une trentaine de candidats de la région. Pas forcément pour y débusquer un lièvre : les comptes consultés ont été validés par la commission chargée de les étudier. Mais plutôt dans un souci de transparence – car ces dépenses sont remboursées en partie par l’Etat – et pour comprendre un peu mieux la mécanique financière d’une campagne électorale. Après consultation attentive, voici quelques enseignements révélateurs.

Retrouvez les tableaux des recettes et des dépenses des candidats sur cette page.

Retrouvez le volet n°2 des enseignements par ici.

comptes-de-campagne1

Voilà l’activité passionnante à laquelle s’est attelé DailyNord : éplucher les comptes de campagne des Municipales, comme celui de Martine Aubry.

Lecerf : une campagne… pour la suite (1)

Avec plus de 172 000 euros, c’est l’UMP Jean-René Lecerf qui arrive en tête des candidats les plus dispendieux. Logique vu la taille de la ville, mais comment expliquer qu’il ait dépensé plus que la maire de Lille (166 000 euros), alors qu’en privé, le bon sénateur reconnaissait qu’il n’avait aucune chance face à Martine Aubry ? C’est qu’une campagne municipale est l’occasion unique de peaufiner sa notoriété et de préparer la suite. Raie à droite ou à gauche ? Chemise bleue ou blanche ? Lunettes ou lentilles ? 10 000 euros ont été dépensés par Jean-René Lecerf pour des “conseils en communication et en image” auprès de l’entreprise W double V. Aujourd’hui, Jean-René Lecerf est président du Conseil départemental du Nord. Eh oui, une campagne peut toujours en cacher une autre !

Daubresse, Darmanin, Briois : une campagne… pour la suite (2)

Si l’on rapporte les dépenses au nombre d’habitants, les trois candidats les plus dépensiers sont cette fois Marc-Philippe Daubresse (1,47 euro), Gérald Darmanin (1,21 euro) et Steeve Briois (1,18 euro). Trois candidats à la notoriété surdimensionnée par rapport à la taille de leur ville et dont l’avenir politique passait ABSOLUMENT par ces municipales. L’un pouvait se rêver ministre de la communication d’une Marine Le Pen présidente en remportant Hénin-Beaumont. L’autre en nouveau cador régional de l’UMP. Le dernier pouvait déjà réserver sa chambre au «  Soleil d’Automne  » en cas de défaite à Lambersart. Conclusion: quand une campagne en annonce d’autres et que l’on peut se faire rembourser, autant mettre le paquet !

Comment avons-nous choisi les comptes à consulter ?

Avec des comptes de campagne pour chaque candidat de chaque ville de plus de neuf mille habitants, impossible de tout consulter. Nous avons donc retenu plusieurs critères : l’importance de la ville (Lille, Roubaix, Tourcoing, etc), les résultats finaux parfois particulièrement serrés (cinq qualifiés au second tour à Lens) ou l’enjeu qui dépassait le cadre de la ville (Hénin-Beaumont).

Guillaume Delbar : “c’est pas cher et ça peut rapporter gros”

A contrario, au concours de la campagne au meilleur rapport-qualité prix, le nouveau maire de Roubaix sort grand vainqueur. Guillaume Delbar a dépensé 0,67 euro par habitant pour gagner… quand le premier édile sortant, Pierre Dubois, misait 1 euro tout rond. Parmi les élus les moins dépensiers, on trouve également Martine Aubry, Sylvain Robert et Natacha Bouchart.

Les amis généreux de Gérald (1)

Issu d’une famille modeste, le jeune Darmanin sait s’entourer de copains… moins dans le besoin. Récipiendaire de 60 000 euros de dons de personnes physiques (*), le futur maire de Tourcoing explose tous les compteurs. Boudé à la récré, son challenger Michel-François Delannoy n’a réuni, lui, que 10 000 euros de dons. En comparaison, Martine Aubry a rassemblé 8000 euros. Bouh ! De là à dire que Gérald Darmanin bénéficie de ses relations avec les patrons d’Entreprises et Cités, antenne locale du Medef, qui lui avaient offert son premier job à la sortie de ses études… Que nenni ! Qu’on se le dise, Gérald est un candidat PO-PU-LAI-RE.

(*) Le don est limité à 4 600 euros par personne.

Les amis généreux de Gérard (2)

Il faut croire que les Gégé ont les arguments pour faire tomber les pépettes. À Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville a fait une campagne modeste: 14 796 euros… dont 13 305 euros de dons de personnes physiques ! Pas mal pour un ex-maire condamné en août 2013 à trois ans de prison ferme pour détournements de fonds publics.

Des militants… ou des timbres

Quel est le deuxième poste de dépenses le plus élevé de Jean-René Lecerf et de Gérald Darmanin après l’impression de leurs affiches ou de leurs tracts ? Les timbres pardi ! Jean-René Lecerf a dépensé 26 500 euros en frais postaux, contre 730 euros pour Martine Aubry. Faute de bouger avec les militants, Jean-René le fait avec La Poste. Gérald Darmanin, qui lui aussi manquait de bons petits soldats prêts à jouer les facteurs, en a profité pour arroser tous les cafés-tabac de Tourcoing en achetant ses 20 000 euros de timbres… dans les différents points de vente de la ville ! Quand on est mort de faim, on ne néglige rien.

Le songe lensois d’Icare Sanchez

Connu pour sa capacité à multiplier les candidats, Lens se distingue une fois de plus avec un dissident qui dépense un tiers de plus que le candidat investi officiellement. Alors que le maire élu Sylvain Robert s’en tire avec 30 000 euros, son challenger Arnaud Sanchez n’a pas fait dans la dentelle : 45 000 euros ! Le jeune homme pressé n’était visiblement pas le seul à être persuadé qu’il allait conquérir la ville. Il a réussi à lever 11 600 euros de dons pour sa croisade. Les militants n’ont pas tout perdu : ces dons sont déductibles des impôts. Pour ceux qui n’en paient pas… il leur reste de jolis «  ballons rouges  » floqués «  Tous pour Lens Arnaud Sanchez  ».

Sébastien Plociniczak, l’art de la campagne cheap

Il n’avait pas de parti derrière lui. Le candidat lensois, Sébastien Plociniczak a donc fait une campagne cheap, en ne dépensant que 8 000 euros, alors qu’en théorie, il aurait pu se faire rembourser jusqu’à 30 000 euros. Quand on n’est pas sûr d’atteindre les 5%, seuil en dessous duquel l’Etat ne rembourse pas, on y va mollo.

Qu’est-ce qu’un compte de campagne ?

Un compte de campagne est nécessaire pour tout candidat aux Municipales dans une ville de plus de neuf mille habitants. Celui-ci doit regrouper toutes les recettes (dons, emprunts, participations de la formation politique) et toutes les dépenses (personnel salarié, frais de transports, honoraires en communication, etc) engagées en vue de gagner des voix dans cette élection.

Envoyé à Paris, il est ensuite validé ou non par la Commission des comptes de campagnes qui notifie sa décision : compte accepté, rejeté, ou légèrement aménagé avec des dépenses qui ne doivent pas y figurer.

Depuis 1988, les dépenses électorales sont limitées. «  Ça évite d’avoir des candidats à l’américaine où le plus riche a plus de chances de gagner  » explique Christophe Mondou, docteur en droit et maître de conférences à Lille 2, spécialiste du sujet. Les seuils dépendent de la taille des villes. A Lille, un candidat ne pouvait pas dépasser plus de 306 000 euros s’il accédait au second tour. Pour Roubaix, la somme maximum était de 151 000 euros, pour Lambersart de 56 000 euros.

Les plafonds de dépenses par ville sont ici : pour le Nord et pour le Pas-de-Calais.

Tout n’est pas remboursé

Afin d’assurer là encore une meilleure égalité entre les candidats et clarifier le financement des campagnes électorales, l’Etat rembourse une partie de la campagne. Mais pas à n’importe quel prix.

Le remboursement est de 47,5% au maximum des dépenses. «  Mais cela ne vise que les dépenses payées par les fonds personnels du candidat » complète Christophe Mondou. En effet, certaines sommes sont exclues du remboursement : les dons des personnes physiques, les dons des partis politiques, etc. Raison pour laquelle Gérald Darmanin n’est remboursé que 38 000 euros sur 112 000 dépensés. En général, les candidats dépensent des fonds personnels autour du montant de ce qui sera remboursé au final (150 000 euros pour 145 000 remboursés pour Jean-René Lecerf ; 49 000 euros pour 42 000 remboursés pour Michel Delebarre ; 20 000 euros pour 18 000 remboursés pour Steeve Briois). Et personne ne va au maximum des dépenses autorisées.

Retrouvez les deux volets des enseignements des comptes de campagne des Municipales :

– Marc-Philippe Daubresse, champion des dépenses par habitant, Gérald Darmanin, le PO-PU-LAI-RE aux amis très généreux, Jean-René Lecerf qui fait campagne pour la suite, Arnaud le dissident qui dépense un tiers de plus que le maire.

– Les drôles d’arrangement du FN, des honoraires en com’ massifs, jackpot pour les imprimeurs, apéro pour tout le monde !

Ainsi que les tableaux détaillés des recettes et des dépenses des candidats sur cette page.

Sans oublier, les petites anecdotes au fil des factures des comptes de campagne :  l’étrange demande de Jacques Mellick à Béthune,  l’invité mystère à l’hôtel de Titine de Fer ou les premiers frais de Guillaume Delbar… 

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