REBOND RADIO-ACTIF

Réflexions Par | 10H23 | 07 mars 2015

Sur un nucléaire de musette

Le verdict fracassant touchant Areva (perte de 5 milliards d’euros en 2014) révélé cette semaine équivaut à un tsunami pour l’économie de l’industrie nucléaire. L’EPR ressemble à un gros canard boiteux et le sujet du parc nucléaire vieillissant devenant chaque jour plus bouillant qu’une centrale en fusion, on a donc saisi l’occasion d’un publi-reportage publié récemment pour se pencher sur le cas de notre bonne vieille centrale de Gravelines, la plus grosse d’Europe (6 réacteurs) qui atteindra ses 30 ans d’exploitation en août prochain (35 si l’on compte la première entrée en service). Un jour plus proche qu’on imagine, il faudra bien aborder la question d’un démantèlement inéluctable mais crispant quant à son application, le cas de Fessenheim en est la preuve. Rebond, sur un nucléaire de musette, et c’est pas du pipeau.

Le déclic, c’est un article de Jean-Luc Porquet (un Nordiste) dans le Canard Enchaîné (le 25 février dernier sous le titre « Demain la voiture atomique ») qui conclue son papier comme suit : « Et les nucléocrates de Gravelines qui (La Voix du Nord, 19/2) rêvent de construire 15 nouveaux EPR d’ici à 2040 juste pour faire rouler des bagnoles électriques ? » Bien sûr cela ne pouvait que titiller notre curiosité. Sauf que vous ne trouverez pas cette information sur la version numérique du journal régional. Et pour cause, il s’agit d’un quatre pages placé dans l’édition papier du 19 février sous le titre « Transition énergétique : un enjeu pour la région » dont un microscopique « publicité-communiqué » mentionne l’origine éditoriale. On ne peut que louer la grande modestie du géant EDF dans la présentation de son message, seul un minuscule logo de l’entreprise apparaît dans un pastiche de celui de « le nucléaire ? non merci ! » (notre opiniâtreté légendaire nous a toutefois permis de retrouver un spécimen de ce quatre page dont voici le lien). En résumé, ce n’est jamais qu’une banale opération de lobbying développée par le CCE EDF SA (traduction : Comité Central d’Entreprise EDF SA) de Gravelines, autant le savoir. On est d’ailleurs admiratif devant une telle union syndicale. Faut les comprendre, c’est de leur boulot dont il s’agit, raison pour laquelle, selon leurs dires, « le nucléaire a toute sa place dans la transition énergétique ». Vraiment ?

L’EPR à Gravelines « pas à l’ordre du jour »

publi-nucleaire-vdn

Extraits du publi-communiqué dans La Voix du Nord.

Sans conteste, le syndrome Fukushima ne relève toujours pas du symptôme passager. La catastrophe dont le Japon n’a pas fini de payer la note demeure vivace dans les esprits. D’où la contre-attaque tel ce communiqué publicitaire (ben oui faut appeler les choses par leur nom) justifiant ce bon vieux principe que la meilleure défense c’est l’attaque. Entre la précarité énergétique, la limitation des émissions de CO2 jusqu’à une posture protectrice envers l’énergie hydraulique (!?) le CNPE (pour rappel Centre Nucléaire de Production d’Électricité) de Gravelines propose une projection quant à un transfert d’usage sur les voitures électriques. Et c’est ce qui nous ramène au papier du Canard. Tout en bas de la page 4 (« Scénario pour demain ») l’usage de la voiture électrique est une merveille qui pourrait nécessiter la construction de 15 EPR pour 2040). À Gravelines, l’EPR on y a songé il y a dix ans avant de choisir de geler sa position en fin d’année dernière, ce papier de La Voix du Nord souligne d’ailleurs des débats sous haute-tension entre pros et antis. Le maire, Bertrand Ringot, assène que « ni l’EPR, ni le démantèlement ne sont à l’ordre du jour à Gravelines ». Ni-ni c’est la formule tendance en ce moment et on doute sérieusement de sa fiabilité, surtout lorsqu’il ne s’agit que de « l’ordre du jour ». On verra demain quoi. Un peu à l’image du cruel dilemme français quant aux perspectives de son parc nucléaire. On danse d’un pied sur l’autre. Comme sur un air de musette.

Enfin on ne peut occulter les préoccupations légitime du personnel quant à son avenir en cas de démantèlement synonyme de casse sociale. On vire facile au cornélien. Mais gageons qu’avec le Sommet sur le climat organisé en décembre à Paris, le sujet alimentera les prochains mois en termes de débats contradictoires. De toute façon quelle que soit la fin de l’histoire, Gravelines et le nucléaire c’est déjà une histoire sans fin, l’exemple de la centrale nucléaire anglaise de Calder Hall/Sellafield est suffisamment éloquent. De quoi irradier de bonheur ! Mais il y a de l’espoir, toujours en provenance d’Angleterre, où le discours du développement durable ne pisse pas toujours dans un violon. Dans la droite ligne de Jérémy Rifkin…

 Pour aller plus loin dans la réflexion, le 28 minutes d’Arte (encore visible 4 jours) sur le thème « Nucléaire : faut-il fermer nos vieilles centrales ? » (à partir de 11’3).

Un peu plus de DailyNord ?

2 Commentaires

  1. Debbie Harry…T’as ressorti les vieux fantasmes, hein, camarade Olivier ? Tu savais que ça me ferait lever une paupière ? hein, dis-le,…

  2. Bien sûr Marc. Je savais que Radio-Activity de Kraftwerk n’aurait pas eu le même effet sur toi…

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