DIMANCHE, ON VOTE !

Réflexions Par | 18H00 | 16 mars 2015

Les enjeux du premier tour des Départementales

Dimanche, on vote ! Vous l’aviez peut-être oublié, mais ces 22 et 29 mars, ce sont les Départementales, soit les ex-cantonales. On vous a déjà expliqué ce qui changeait en terme électoral (Les Départementales pour les Nuls), à quoi servait le Département (Le Département pour les nuls), l’heure est aux derniers enjeux. 

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Quel résultat dans les urnes dimanche ? Photo : DailyNord.

Jusqu’où la descente aux enfers du PS ? Un parti qui a la majorité à l’Assemblée Nationale et qui gouverne… n’a jamais la part facile dans les élections intermédiaires. La preuve en sera-t-elle encore donnée lors de ce premier tour des départementales ? Tous les observateurs s’accordent sur un fort ressac de la gauche qui pourrait perdre jusqu’à trente départements – elle en dirige une soixantaine actuellement – et, c’est peut-être encore plus symbolique, perdre jusqu’à mille cantons sur les 2074 en jeu ! Autant dire une Berezina style 1993 quand à peine plus de 50 députés socialistes surnageaient dans une chambre bleu horizon. L’éparpillement des forces de gauche divisées au premier tour sera souvent fatale avec la fameuse barre de 12,5 % des inscrits pour accéder au second tour. La droite aura ainsi beau jeu de retrouver le rapport de forces des années 80 quand elle était majoritaire dans les conseils généraux. Mais l’histoire est en marche. Le scenario du drame pour la gauche serait la perte des 5 départements de la région Nord-Pas de Calais/Picardie, un au FN les autres à la droite par exemple. Comme un noir augure de la pire espèce. Le Nord-Pas de Calais, terre de gauche, celle de Guy Mollet et Pierre Mauroy, appartiendrait à l’histoire.

Jusqu’où la progression du Front National ? Une chose est presque sûre, le FN sera le – à nouveau et après les européennes de 2014 – le premier parti de France si l’on en croit les intentions de vote. Des dizaines de cantons seront représentés par des élus FN, il n’est pas idiot de le penser. Et cette configuration tripartite UMP/PS/FN – que les spécialistes nomment tripartisme et qui trouve son expression dans les triangulaires appelées à bel avenir – va redessiner la carte politique du pays. Avec 30 % ou plus au premier tour et des pointes encore plus hautes dans certains secteurs y compris chez nous, le FN pointera le hiatus entre le pays légal et le pays réél (comme disait un Charles Maurras…) qui ne lui donne pas assez d’élus après le second tour d’un scrutin majoritaire. Du pain-bénit pour la propagande frontiste avant les régionales de fin d’année. ” On progresse, je vous l’avais dit, encore un effort…”. Les résultats quantitatifs enregistrés sur les cinq départements conditionneront une entrée en lice d’une Marine Le Pen pour cette grande région de six millions d’habitants. Autre corollaire et pas le moindre, le niveau de l’abstention, qui favorise arithmétiquement le vote FN, et mesure la désaffection civique.

F Aisne ? Ce département sinistré par le chômage et très rural, exemple de ces territoires oubliés, zone de conquête du FN, peut-il basculer au profit de ce dernier ? Certains le croient et un sondage donne le vote FN à plus de 40 %. Un sacré atout pour MLP si elle veut plonger dans l’arène régionale, avec une tête de pont et ses conseillers départementaux comme autant de relais de campagne. Mais aussi une confirmation pour Xavier Bertrand, candidat UMP/UDI aux régionales et qui répète à l’envi que l’Aisne est une terre acquise au FN. Lui serait alors un recours et un rempart après une élection-sanction et un nouveau mode scrutin tarabiscoté, deux alibis parfaits pour l’ancien ministre. Il a été réélu maire de Saint-Quentin au premier tour en jugulant la menace des extrêmes. Même CQFD chez son lieutenant Gérald Darmanin, le maire de Tourcoing qui a contenu le FN dans sa ville, et dont les prises de parole – contre Christiane Taubira, voir billet : Les 2 visages de notre république – attestent un durcissement du discours de la droite qui a compris que ses électeurs tendent l’oreille à celui de Marine Le Pen. Même démonstration pour le Pas de Calais où l’ex-bassin minier, surtout, devrait désigner des élus FN au cours de confrontations inédites avec le PS – un peu sur le modèle de la législative partielle du Doubs. Christopher Szurek, candidat FN, pense que son parti peut gagner 5 cantons dans ce département. Prudence est mère de la victoire ?

Quel front républicain entre les deux tours ? Les digues vont-elles sauter ? Dans le Nord, un Jean-René Lecerf finaud et candidat à la présidence songe à solliciter la gauche en cas d’arbitrage diabolique par le FN qui devrait engranger aussi quelques cantons (voir billet: Où en est le FN ?). C’est le sens de sa déclaration voici quelques mois sur un accord PS/droite modérée pour le second tour des régionales…Front républicain bien ordonné commence par soi-même ! Comme évoqué – voir billet du 22 janvier : quelques news politiques – il serait absurde de perdre ses chances dans le canton de Templeuve, le seul où la droite part divisée. Celui qui ronge son frein – et qui n’est pas sarkozyste – depuis plus de 20 ans a une chance de se hisser aux manettes de cette institution de 12 000 agents et 3,6 milliards d’euros de budget qu’il connaît comme sa poche. Dans l’Oise, Edouard Courtial ne se serait pas lancé dans l’aventure de l’alternance s’il n’avait pas quelques munitions. Mais certains cantons nouveaux sont dans la mire du FN qui veut enregistrer une nouvelle poussée – plus d’un canton isérien sur trois a voté FN à plus de 30 % aux européennes -, comme dans l’Aisne (voir ci-dessus où le front républicain sera mis à l’épreuve). La récente visite en rangs serrés d’un pan entier du gouvernement dans ce département montre que la menace est palpable. Mais la pression se fera encore plus sentir aux régionales si l’on considère le précédent de 1998 – L’UDF Charles Baur s’était fait élire président du conseil régional de Picardie avec des voix de conseillers FN -, un scrutin de liste à la proportionnelle a priori favorable au parti de Marine le Pen friand de triangulaires desquelles il tire son épingle du jeu.

Les rois maudits. Le Petit Théâtre de Martine Aubry prédisait un rôle de faiseur de rois aux conseillers départementaux FN élus dans deux semaines et qui se poseraient en maîtres de troisième tours insaisissables. Un cas de figure redouté par les partis modérés et exécré par l’opinion quand, pour trouver une majorité impossible, on se prête au jeu frelaté des palabres de coulisses et des arrangements de caste. Mais la démocratie a ses points aveugles. Ainsi celui d’un parti déclaré violemment opposé aux présumés accords UMP/PS et qui s’ingénierait à faire monter les enchères à fin de bricoler une martingale incompréhensible pour les électeurs. Le symétrique inverse du front républicain, en somme.

Sarkozy. Le nouveau patron de l’UMP verra dans cet épisode la vérification de sa propre trajectoire jusqu’alors cahotique. Il le sait, ses pires ennemis sont dans son propre camp – de Bayrou à Juppé – sans compter la main de la justice et ce FN mieux uni que l’UMP et qui l’a dépassé en nombre de suffrages. Et quand le bébé de la victoire est beau, il ne manque pas de pères pour le reconnaître. Côté barons, les Darmanin, Fasquelle, Courtial, trouveront matière à dérouler leur itinéraire et affûter leurs propres armes. Pour la suite.

Hollande. Une sale année électorale bien mal commencée pour François Hollande qui devra gérer la défaite, faire taire les mécontentements des battus et des déçus, tirer les enseignements politiques dans sa majorité déstabilisée par des écologistes grognons et des frondeurs diviseurs , bref recoller les morceaux et …préparer la défaite des régionales – personne ne peut imaginer que la gauche présidera autant de régions qu’en 2010. Un remaniement serait dans les tuyaux. Avec Valls ou pas ? Le congrès socialiste de Poitiers en juin, qui fixe la doctrine et la doxa du PS – sera déterminant pour l’avenir du Premier ministre. En attendant l’embellie sur le front…économique cette fois.

Aubry. Dans cette campagne, la maire de Lille, qui vit les dernières années de son engagement majoral, se contente de grandes incantations ou de flèches symboliques – travail le dimanche,…- et assure le minimum syndical électoral. Elle ne veut pas endosser le désastre annoncé*, protéger son image et préserver ses chances, mais lesquelles ? Une défaite aux régionales de fin d’année de son candidat Pierre de Saintignon ne l’épargnerait pas. Et elle ne fera pas l’impasse sur ce parti socialiste une nouvelle fois en proie aux doutes existentiels. Jean-Christophe Cambadélis, le numéro un du PS, compte sur l’influence de sa prédécesseure pour lui apporter une majorité solide. La rumeur bruit toujours d’un blitzkrieg de la maire de Lille aux régionales en cas de catastrophe avérée aux départementales (voir plus haut). Ce que certains au PS s’ingénient à chuchoter…pour mieux révéler les contradictions et hésitations de l’ancienne patronne du parti et mieux l’évincer du jeu politique socialiste.

* Si désastre il y a, c’est Messieurs Kanner et surtout Manier qui en seront comptables…Le premier passé soudainement l’année dernière avec armes et bagages dans le camp Hollande/Valls, pour qui une alternance résonnerait comme une semi-défaite vu son statut ministériel, le second lui a succédé au conseil général du Nord et pourrait se disputer avec le premier pour le perchoir de l’assemblée. Si la majorité reste à gauche…

3 Commentaires

  1. Concernant la désaffection civique, je pressens qu’on la sous-estime… Même chose – et ceci explique en partie cela – pour la non compréhension de la nature même de ce scrutin. Je crains qu’à part les rédacteurs et les lecteurs de DailyNord, plus les journalistes et pros de la politique, très peu de gens comprennent bien pourquoi on les appelle aux urnes dimanche.

    Je discutais l’autre jour avec une amie qui travaille dans un cabinet d’architectes (très politisée à gauche de la gauche)… Elle me lance: “pourquoi on vote au fait? c’est quoi ces élections?”…
    Oups. Là je me suis dis que si elle ne comprend pas, en fait la plupart des gens ne comprennent pas non plus.

  2. Comme beaucoup j’ai vu la projection de France 3 sur le département du nord avec beaucoup beaucoup de bleu et quelques communistes sauf chez les flamands maritime pour qui tout était rose. Je n’en connais pas la raison mais Dailynord doit bien avoir une réponse à fournir pour expliquer ce rose chez nos irréductibles flamands face à la déferlante UMP ?

  3. Il s’agit de l’Ouest du dunkerquois qui effectivement vote traditionnellement à gauche.
    De Gravelines à Coudekerque en passant par toutes les communes du port de Dunkerque, on n’a pas beaucoup de fiefs de droite! Par contre, dès qu’on s’éloigne de la bande littorale très peuplée, on arrive en Flandre rurale qui vote presque partout à droite. Aux municipales, hors CUD, seule Bergues est restée à gauche en Flandre Maritime, + Boeschepe, Staple et Boeseghem en Flandre Intérieure!

    Voir la carte sur ce lien (message du 01/04/2014):

    http://fvlinhetnederlands.actieforum.com/t16p45-gemeentelijke-verkiezingen-in-frans-vlaanderen#12040

    Dans les trois circonscriptions de Flandre rurale on s’attend bien sûr aux même résultats dimanche.

    J’ajoute au commentaire de Laurent qu’on a aussi entendu que “des cantons de Flandre pourraient basculer FN” dans certains médias nationaux (France Inter et France culture). Ils évoquaient forcément…l’Ouest du dunkerquois. Comme quoi les médias auront dit tout et son contraire durant cette campagne bizarre…

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