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Réflexions Par | 10H27 | 14 février 2015

Quand Lille rêvait d’Olympe

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Le logo de Lille 2004, version Jeux Olympiques, sur un teeshirt. Photo : DailyNord.

La réflexion sur une possible candidature de Paris à l’organisation des JO 2024 s’est mise doucement en place cette semaine. Et cette annonce a réveillé un souvenir vieux de vingt ans : le 7 novembre 1995 le Comité national olympique et sportif français (Cnosf) désignait Lille comme candidat officiel pour la France des Jeux Olympiques 2004 au détriment de Lyon. Retour sur cette aventure parfois contestée (voir nos illustrations, des tracts de l’époque) mais sans doute perçue, avec le recul, plus par sympathie qu’avec sérieux. Cela restera quand même une formidable opération de communication pour la capitale des Flandres.

Les personnages de ce logo, un éminent confrère de radio les appelait les spermatozoïdes. A bien regarder il n’avait pas tout faux, sauf que le fruit de cette gestation allait offrir en 2004 un événement culturel à défaut d’être sportif. L’idée d’une candidature aux Jeux Olympiques a germé en 1993 au retour d’un voyage à Atlanta, future ville d’accueil des Jeux 1996. Sous l’impulsion de l’architecte Francis Ampe  et de Bruno Bonduelle, cette initiative sera le moteur de la création du Comité Grand Lille. Si elle tient plutôt du panégyrique, cette vidéo résume bien le fond de l’histoire. On croirait presque que le scénario était écrit à l’avance.

L’annonce du projet de candidature, aussi insensé soit-il, séduit une large frange de la population et des mondes politique et économique. Tout le monde se prend aux Jeux, sauf le ministre des Sports pourtant Nordiste pur jus : Guy Drut plus que tiède à l’idée de voir une ville de province s’engager dans la course du plus grand événement sportif planétaire. Illustration avec cet échange entre Jean Urbaniak –alors député du Pas-de-Calais- et son ‘’compatriote’’ oigninois à l’Assemblée Nationale.

C’est sûr qu’avec Patrick Kanner, cela serait passé comme une lettre à la poste. Mais l’époque était déjà aux restrictions budgétaires. Pour le projet lillois, tout était à faire au niveau des structures sportives (pour mémoire, l’implantation du stade Olympique était prévue dans le même périmètre que l’actuel Grand Stade) et la facture de l’événement avait il est vrai de quoi piquer les yeux : 8 milliards de Francs soit 1,6 milliard d’euros actuels. Alors bien entendu, la perspective d’engager de telles montagnes d’argent pour ce projet soulèvera des mouvements de réprobation à l’instar de ces petits tracts pas bien méchants.

 

Cette protestation restera de toute façon peu audible face à la vague d’enthousiasme soulevée par le projet Lille 2004.Et puis les livres d’histoire retiendront de cet épisode qu’il fut sans doute la dernière joute entre ces deux vaches sacrées de la politique qu’étaient Pierre Mauroy et Raymond Barre. Lille versus Lyon pour un billet en finale. Il n’y aura pas de prolongations ou de tirs au but pour désigner le vainqueur, le lobbying gagnant de l’ex-premier Ministre de Mitterrand fut incontestable et l’annonce de la désignation lilloise enflammera la place du Général-de-Gaulle. L’officialisation de cette candidature, ce sera l’opportunité d’une opération de communication longue de 2 ans pour la modique somme de 75 millions de Francs (1,5 millions d’euros ce qui n’est qu’une paille au regard des 28 millions d’euros dépensés –vainement- par Annecy pour obtenir les Jeux d’Hiver 2018) le prix à payer pour se faire connaître du monde entier. Bien sûr, lorsque Guy Drut, tout juste en passe d’être coopté comme membre du CIO, affirme que “les chances de Lille sont quasi nulles d’obtenir l’investiture internationale” cela fait un peu gâte-sauce. Il faudra pourtant admettre sa prophétie lorsque la délégation du Comité international olympique (emmenée par l’actuel président du CIO, l’Allemand Thomas Bach) viendra effectuer sa visite de sélection. Au même titre que Rio, Istanbul, Saint-Petersbourg ou encore Séville, la cité nordiste restera à quai. Au grand dam de sa prestigieuse marraine, Marie-José Perec, prête à poursuivre sa carrière jusqu’à ce rendez-vous (mais c’était avant ses Jeux catastrophiques de Sydney).

 


Conclusion de cette histoire : que Lille soit devenue capitale européenne de la culture à défaut d’être un point de rendez-vous quadriennal du plus grand événement sportif de la planète fut tout sauf une déception. Surtout lorsque l’on voit les suites catastrophiques qu’a connues Athènes, ville organisatrice de ces Jeux 2004.

4 Commentaires

  1. Les protagonistes de l’affaire l’ont avoué, ils n’y croyaient pas. D’ailleurs Lille ne sera même pas dans la short-list, le premier à avoir mangé le morceau c’est Stéphane Fouks – oui le communicant qui bossera ensuite pour DSK- peu avant le résultat, un “formidable coup de pub” mais c’est vrai Lille se fera connaître et apprendra à ” faire travailler ensemble” ses élites. Comme un excellent training collectif. Parmi les point faibles, une projection fiscale mal établie. Raymond Barre le maire de Lyon, qui perdra la primaire française dira “un emmerdement de moins…”
    Sur Guy Drut : le champion olympique devenu ministre des sports avait flingué Lille. Le ch’ti d’Oignies n’a jamais aimé Lille et, devenu député, avait horreur qu’on lui rappelle ses origines populaires et nourrissait quelque ambition politique en région parisienne (Meaux puis Coulommier)…on s’est même demandé s’il n’était pas en service commandé de son patron Chirac et du lobby du football pro, peu motivé par les J.O . Chirac jeune président de la R. avait fait semblant de soutenir Mauroy – qui n’était pas dupe, évidemment…- et Lille 2004 mais ne voulaient pas que la candidature de Lille a fortiori dans une short list avec des capitales mondiales, ne parasite à tous niveaux et aussi financier la coupe du monde 98 de football que Chirac avait voulu personnellement à Paris. Le TGV, oui, les J.O, non. Vieux conflit entre Paris et la province.

  2. Me revoilou…Martine à la télé…

    Souvenons-nous qu’il y avait presque simultanément l’implantation de Toyota à Onnaing-Valenciennes. Avec tous les aléas possibles de ce genre d’opération qui s’étale sur plusieurs années, les japonais qui disaient oui puis non, puis oui mais… La candidature lilloise donc régionale aux J.O donnait du grain du moudre et montrait aux japonais nos capacités dans une région qui relevait la tête, etc…etc… Ce sont les mêmes objectifs, les mêmes équipes et les mêmes méthodes de toute façon. Toyota comme une revanche et une suite logique. Et méritée.
    En son temps, j’avais même osé rapprocher Toyota-Borloo – un succès – et J.OLille/Mauroy, un faux échec. Le député-maire de Valenciennes aurait-il été motivé par le vieux derby entre sa ville du Hainaut et la capitale des Flandres ? Mais allez, soyons chauvins et oecuméniques, ce sont des réussites, liées entre elles et on a parlé des deux villes. Et dans un second temps Lille capitale culturelle 2004.

  3. Merci pour ces compléments, j’aurai pu ajouter qu’en dépit de leur gros investissement dans le projet les institutions sportives régionales n’étaient pas dupes quant à une chance de son aboutissement. Ainsi Pierre Lambin, à l’époque président du Comité régional olympique et sportif, m’avait confié que si la candidature de Lille avait été acceptée, c’était surtout -parce que sûr de son échec- un moyen pour mieux proposer la candidature de Paris derrière pour les Jeux de 2008. Ce qui fut le cas. Et on connaît le résultat, aussi glorieux que la candidature de 2012…

  4. C’est la mystification la plus coûteuse de l’ère Mauroy qui aimait tant lever les bras comme De Gaulle et faire monter la pression chez ses credules auditeurs en leur proposant du rêve olympique sur étagère. Comparé à Athènes, Helsinki, le Cap, Lille n’etait qu’une ville pauvre, sans un site geographique prestigieux, sans equipements ( sauf pour l’equitation) aux normes olympiques ni aeroport. Ceux qui avaient visité les villes candidates se rendaient compte que Lille n’avait strictement aucune chance car au niveau ouest européen, c’est une agglo de second niveau tandis qu’au niveau mondial, elle ne figure même pas sur les cartes. C’est donc une tromperie qu’a organisé Francis Ampe, un petit peu urbaniste mais surtout un politique fort manipulateur auprès d’un Mauroy sensible à la flatterie et totalement ignorant des consequences financières car c’est un homme qui a grandi avec les devaluations du FF ( deux sous son mandat de 1er ministre). . On l’a vu encore une fois avec le Grand Stade decidé le dernier jour de son mandat, càd le plus stupefiant deni de democratie qui se puisse voir. Car partir en laissant le contrat de PPP sur le dos des metropolitains càd une dette hors bilan de 2 milliards € ( la somme des valeurs actualisées sur 31 ans de la redevance) fallait oser.

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