L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Régionales : La leçon du professeur Percheron

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 17 janvier 2015

Belle leçon d’histoire délivrée par le président socialiste du conseil régional. En invoquant l’esprit de Valmy et les mânes de Danton, le plus intello des grands sachems du PS donne un relief particulier au moment républicain que vit notre pays. C’était sur France 3 Nord-Pas de Calais ce jour. Daniel Percheron sait exalter l’histoire pour nommer les faits et inventer la vérité. Lui qui disait peu goûter l’épreuve cathodique la regrettera sans doute. Après 14 années à la tête de la région et un bilan étoffé (on ne citera que le Louvre-Lens), il tire sa révérence. On aurait dû lui demander ce qu’il comptait faire avec sa villégiature du Palais du Luxembourg. Il est sénateur jusqu’en 2017 et pratiqua la vie publique comme Maitre Derville, le notaire du Colonel Chabert de Balzac, avec cette flamme froide qui l’habitait jusque dans la rédaction du moindre codicille ou alinéa de ce socialisme héréditaire qui porte sa marque. Il lui reste un dernier combat à mener. Celui de l’après-Perch’. Lui qui avait oeuvré pour que la région reste à gauche en 1992 quand les Borloo et Legendre avaient enfonçé la citadelle socialiste menacée. Et éloigné cet ogre trop talentueux de Michel Delebarre parce que les adversaires sont aussi du même côté. Eteindre les ambitions trop pressantes de son camp importe autant que repousser l’ennemi de l’autre bord. L’hommage qu’il a rendu à “ce géant” de Delebarre peut ainsi prêter à sourire.

Il justifie ses quatorze années de mandat présidentiel par “les incertitudes de la fédération du Nord“* qui l’auraient contraint à prolonger son mandat de président. Manière de fustiger ceux-du-Nord avec lesquels il ne s’est jamais vraiment entendu, sauf peut-être pour régler les majorités de congrès et ouvrir un sentier de crête à un premier secrétaire, de Mitterrand à Jospin ou Hollande et garder au chaud la vieille maison. Et même Martine Aubry, dont il ne prononcera pas le nom, elle qu’il a intronisé la “Jules Ferry du social” quand elle venait de prendre la succession de cet alter ego qu’était Pierre Mauroy, l’ancien maire de Lille toujours sur la scène, lui dans la coulisse. On a pu – une nouvelle fois – mesurer l’antique rivalité qui oppose les socialistes du Pas de Calais et ceux du Nord. D’ailleurs, la fédération du Pas de Calais est “exemplaire”, alors…Il est vrai que Hénin-Beaumont s’est donnée dès le premier tour au FN Steeve Briois par l’opération du Saint-Esprit ! Et que la démocratie partisane est à celle de Tocqueville ce que le patois est à la langue de Molière. Précision, Daniel Percheron a mené la fédération pasdecalaisienne pendant un quart de siècle et croit toujours détenir des droits sur elle, même si les affaires Kucheida et Dalongeville ont assombri son aura de démiurge. Devant l’histoire, le monde des hommes. Derrière le miroir de celle-ci, Narcisse en embuscade.

Mais en préconisant des listes séparées au premier tour des régionales pour ces familles de la gauche qu’il connaît comme sa poche, comme on pose un piège, il ne facilite guère la tâche d’un Pierre de Saintignon, le candidat qui sera désigné par le PS, à qui il apporte son “soutien entier et total”. On se demande si la ruse partisane – voir billets précédents – pour déblayer la route au numéro deux de la région et protégé de Titine de Fer n’attise pas chez lui quelque jalousie de matou vexé, lui l’agrégé en tactique et stratégie. Enfin, on retiendra les bons points décernés par le professeur Percheron à un Philippe Vasseur et un Alain Griset. Il se surprend à évoquer une co-gestion à l’allemande. Leader économique régional pour le premier et numéro un des artisans en France pour le second. Vasseur avait guerroyé contre la gauche – et la droite ! – une bonne douzaine d’années et avait apporté un fief à droite dans son Pas de Calais chéri. Ca ne mange pas de pain, l’un ne fait plus de politique et l’autre n’a jamais franchi le pas (membre du conseil économique, social et environnemental, il fut adhérent au parti radical de Borloo). Les affres et petites phrases des batailles électorales d’antan sont-elles remisées ? Avec ce diable d’horloger, il n’est jamais trop tard pour faire de la politique.

* Il est vrai que l’ homologue du Nord vivra des moments politiques plus chahutés comme l’épisode du congrès fédéral de Ronchin en 2003 où le candidat de Pierre Mauroy, Bernard Roman, sera battu dans la douleur par l’orthodoxe Marc Dolez sur fond de vaste débat sur la recomposition de la gauche et du PS après le séisme du 21 avril 2002. Rue-de-Solférino, c’est François Hollande qui imposait une ligne plus pragmatique et de synthèse. Daniel Percheron avait laissé  – désavoué par Paris et Lionel Jospin lui-même, le passage de témoin se fera dans la discrétion – la fédération du Pas de Calais à Serge Janquin dès 1997. Et re-affirma son emprise en remportant nettement les régionales de 2004 après avoir succédé à Delebarre, opportunément frappé par le cumul, trois ans auparavant. Visiblement, la mise sous tutelle en 2012 sur fond d’embrouilles de la fédération du Pas de Calais par une certaine Martine Aubry, et qui a recouvré son statut depuis, n’est pas encore digérée. Ce qui n’avait pas déplu aux “Lillois”. Mais le professeur Percheron tresse toujours des lauriers à cette “fédé” si bien tenue.

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Casting

Bienvenue sur Le Petit Théâtre de Martine Aubry et Xavier Bertrand, associé au pure-player d’informations DailyNord.

Tenu par le journaliste Marc Prévost, et dans le prolongement du livre le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, il décrypte et éclaire les coulisses de la vie politique locale et nationale et parfois aussi d’autres choses. C’est son choix !

Voir la bio de Marc Prévost : Ma Bio & my Way

Contacter Marc Prévost

Pour toute remarque, question, vous pouvez contacter l'auteur du Petit Théâtre de Martine Aubry en laissant un message par là .

LES + LUS