Régionales : Marine Le Pen joue la prime à l’UMP

C’est au lendemain des grâces sarkoziennes à Xavier Bertrand que Marine Le Pen évoque dans la presse quotidienne régionale sa candidature aux régionales dans la grande région Nord-Pas de Calais/Picardie. On ne m’empêchera pas de penser que la patronne du FN, qui avait toujours éludé la question, esquisse comme une légère reculade  (entrevu sur ce blog dès décembre : Pourquoi Marine le Pen n’irait pas) face au rouleau compresseur UMP en train de chauffer. Après une séquence Charlie dont elle n’a su tirer le meilleur bénéfice (voir billet Marine Le Pen a-t-elle perdu le Nord ?), elle explique clairement ne pouvoir mener deux combats “de front”, la présidentielle et une grande collectivité. Un sondage ces jours-ci la donne encore en tête au premier tour de la présidentielle, un capital qu’elle veut à tout prix préserver. En renonçant peut-être à prendre la tête de ses troupes aux régionales, elle éclaircit le jeu. Autant dire une prime à l’UMP (et l’UDI et autres partis associés) et ses candidats farouchement déterminés à provoquer l’alternance. Du coup, un Bertrand tirant les listes de la droite modérée se rapprochera, voire talonnera, l’étiage d’un FN tel qu’extrapolé des européennes et des municipales et qui ne pourra compter que sur son aura partisane mais sera privé d’une figure de proue (voir ci-dessous). Philippe Eymery, le vieux briscard dunkerquois ou un élu picard n’auront pas la même envergure. Certes, le FN fera peut-être encore la course en tête au soir du premier tour. Mais visiblement, sans tambour ni trompette.

Là encore, les départementales fourniront une réponse précise. Le FN nourrit quelques ambitions. Progresser encore plus dans l’opinion, envoyer des élus dans les conseils départementaux et peser sur les majorités. On dit que l’Aisne est dans son collimateur (le département de Xavier Bertrand qui a encore rappelé cette semaine que sa ville de Saint-Quentin était une “terre FN“, manière de dire que lui est un rempart anti-FN solide…), voire la Somme – on parle du Vaucluse. Peut-être. Et un tel contexte rappelle que les états-majors macèrent parfois des solutions biscornues à base d’échanges et de troc dont l’économie échappe au commun des électeurs. Contre le forfait éventuel de Marine Le Pen, c’est peut-être un ou plusieurs départements – et pas forcément au Nord de Paris – qui tomberaient dans l’escarcelle du FN ! A tout le moins, un gros capital de cantons sur la France entière ce qui permettrait au FN de crier victoire sur un scrutin majoritaire. On peut naturellement tenir le même raisonnement avec les super-régions (ce serait l’hypothèse inverse du plan secret du FN, voir billet du 12 février 2014). A l’UMP, le Nord-Pas de Calais/Picardie, au FN la région Provence-Alpes/Côte d’Azur. C’est à dire à ce vieil incontrôlable qui n’est pas forcément le meilleur soutien de la fille de Le Pen père…Ou son successeur ! Et la tragédie de janvier qui a ensanglanté le pays donne du grain à moudre à un électorat particulièrement sensible aux thèmes de l’immigration et de la sécurité. En tout cas, on y verra plus clair après le scrutin de mars*.

– L’autre info de l’interview, c’est le niet sans équivoque quant à une candidature de Steeve Briois, député européen et maire d’Hénin-Beumont et qui aurait pu avantageusement jouer les atouts de rechange avec l’espoir de creuser l’écart sur ses compétiteurs. Volonté de ne pas donner trop d’importance à l’élu local de l’année, qui a donné des gages de qualité tactique en conquérant l’hôtel de ville héninois dès le premier tour ? Probablement. Précaution pour se ménager le plus longtemps possible tous les scénarios y compris comme tête de liste régionale ? Sûrement. Car, en prévision de 2017, il faudra garder la main, serrer les rangs et ne laisser rien dépasser. La PME Le Pen est ainsi. Marine Le Pen ne veut pas voir naître cette année une fournée de barons locaux qui brouilleraient son message de candidate à l’Elysée. Il faut voir dans ce veto brandi par MLP – “…hypothèse exclue…” la concurrence naissante – voire menaçante – d’un élu de la même génération.

* Il est patent que les partis  examineront à la loupe les résultats de la législative partielle du Doubs après le retrait d’un Pierre Moscovici. Le PS pour mesurer l’effet Charlie et sauver les meubles, l’UMP pour essayer de gagner un siège et faire perdre sa majorité à la gauche, le FN pour se compter ou pour l’emporter. Chacun pour se jauger par rapport aux deux autres. C’est aussi le sens des tergiversations de Marine Le Pen qui, manifestement, laisse monter les enchères…

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