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Présidentielle : François Hollande a-t-il gagné son ticket pour 2017 ?

Le monde selon moi | Petit théâtre de Martine Aubry Par | 12 janvier 2015


Un G 50 à Paris ! François Hollande a réussi le plus difficile examen de passage qui soit, certes imposé par les événements. En réunissant un très bel aréopage improvisé de chefs d’Etat et de gouvernement et en faisant de Paris la capitale du monde, même à son corps défendant, le président de la république a marqué plusieurs points et on attend les premiers chiffres des sondeurs sur sa popularité. J’ajoute que les sondages ne mesurent pas tout et surtout pas la dimension historique car il s’agit bien de cela. La tragédie qui a frappé notre pays – 17 morts à Paris – et mobilisé le monde aura forcément des conséquences. Au-delà d’une telle lapalissade, vie politique et scène publique reprendront le dessus. C’est ainsi et c’est heureux. Et 2015 qui commence dans le drame national fournira quelques occasions.

François Hollande a confirmé sa stature de chef d’Etat. Ou plutôt à infirmé les doutes qui l’assaillaient de toutes parts. Lui que l’on s’ingéniait à dépeindre comme un vélleitaire et un mou a « fait le job« . Il ne manquait que les américains et les chinois…C’est surtout la vieille Europe si mal en point et si déchirée qui redresse la tête. Le couple Merkel-Hollande, ce moteur de l’Union, a presque monopolisé la scène. Le patron de l’Elysée devrait capitaliser sur l’événement et les semaines à venir nous éclaireront. On disait naguère que l’Europe était un nain politique. Belle occasion de faire mentir l’adage.  » Si c’était à refaire je commençerais pas la culture », se lamentaient les pères fondateurs de l’union européenne, Jean Monnet en tête. Nous n’avons certes aucune leçon de morale à donner, nous qui avons inventé l’assassinat de masse et les guerres d’extermination, mais le combat jamais achevé contre la violence et le fanatisme fait bel et bien partie de notre culture – on peut citer nos grand auteurs. Et notre tradition d’irrévérence – à ne pas confondre avec l’irrespect – en est un des prolongements. Je ris donc je suis. Pas question de fermer les yeux sur la présence de quelques despotes africains pour qui la liberté d’expression n’est qu’une lubie occidentale.

Sur la scène intérieure française, Hollande redresse la tête. Oh, les courbes de popularité fluctueront encore et sa marionnette des Guignols pourra toujours le caricaturer…CQFD, tiens. Mais là non plus rien ne sera comme avant. Le président bouboule ou boubourse comme ses adversaires le moquaient, et les voilà privés de leurs munitions, s’est élevé au dessus de la mêlée et a conquis une épaisseur réservée aux grands personnages d’Etat. Les Français ont jeté aux oubliettes les Julie Gayet, Valérie Trierweiler et autres frasques. Ils n’ont certes rien oublié mais y accorderont-ils la même importance ? Une aura dont les sondages – l’écume des choses – rendent  compte insuffisamment. Pour combien de temps ? C’est toute la question. Pour Hollande, le défi est comment devenir l’homme du 11 janvier. Mais je retiens une image. Un Hollande en grand organisateur de la marche du 11 janvier et un Nicolas Sarkozy, l' »ex », relégué au troisième rang, visage fermé, – on le devinait sur la pointe des pieds – et engoncé dans ses questions partisanes, et ses anciens collègues des grands raouts internationaux qui le reconnaissaient à peine – réduit à se taper l’incruste sur les photos. Un vrai déficit d’image et un vrai coup de vieux. Presque cruel.

2015, année électorale. Trop tôt pour dire si la tragédie de janvier va impacter le corps électoral et comment. On pense au Front national et on remarque que Jean-Marie le Pen annonce ce jour se présenter aux régionales en PACA. On sait que le Var et le Vaucluse sont dans la ligne de mire du parti de Marine le Pen. Mais on peut prédire que le tandem de l’exécutif s’impliquera encore plus à l’occasion de ces échéances si importantes pour la gauche qui sait son existence quasiment en jeu. A gauche, on ne savait pas comment faire pour éviter la débâcle. Mais Hollande, à qui l’on reprochait d’être resté un chef de parti échoué à l’Elysée, aura beau jeu de retrouver les accents d’un chef de guerre et sur plusieurs terrains de bataille. Pas simple. Manuel Valls lui aussi requinqué multipliera les apparitions en province comme il sied à un premier ministre désormais sanctifié par une actualité brûlante et je ne ferai pas de dessin (!) pour expliquer l’importance dans l’opinion des thèmes de la sécurité et de la sûreté. Bigre ! applaudir, embrasser et honorer des forces de l’ordre au pays de mai-68…Même notre Dany Cohn-Bendit national n’en revenait pas. Pour Hollande et Valls, promues nouvelles vestales de notre république, le plus dur reste à faire et d’abord ne pas laisser s’éteindre ce qui s’est allumé ce week-end et éviter les écueils à venir et les coups de vent à prévoir. Tout en apportant des solutions. La feuille de route est étroite et la pente est rude. Ces deux-là ne sont plus des gestionnaires comme les autres. La droite n’est pas aux affaires*. Du coup, les commentateurs gloseront à l’infini pour comprendre qui de Hollande ou Valls va le mieux engranger en prévision de 2017…

* Quel mauvais timing ! Je plaisante…Ceci dit, faisons confiance à un Nicolas Sarkozy, qui a ainsi raté son début de campagne pour 2017, pour tenter de se rattraper et reprendre la parole – ainsi sur RTL ce matin. Les mesures qui seront prises par l’exécutif et le gouvernement lui en fourniront l’occasion et l’exercice sera ainsi très délicat après ce dimanche d’union nationale. Mais c’est à droite que l’adversité sera la plus virulente. On songe aux Juppé, Bayrou, Bertrand,…. Les critiques devraient fleurir et l’ancien président n’a pas fini de rassembler son camp.


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2 Commentaires

  1. Le peuple attendait que leurs responsables soit à la hauteur. Ils l’ont été. Point.
    Le reste n’est que littérature.
    Vous me faites penser à ces vieux analystes politiques qui après chaque événement vous disent : C’est bon pour machin, c’est bon pour truc, c’est mauvais pour, …
    Le logiciel a changé, le 11 janvier l’a montré également.

    C’est le peuple qui est sorti gagnant, pas pierre, paul ou jacques …

  2. M’enfin, Monsieur JeanJean, si quelque chose s’est passé, et je le pense, ce kekchoze aura des conséquences, un impact, une traduction, une action,…, dans l’opinion, ou dans la tête des gens si vous préférez, que ce soit à court terme ou en termes de tendances lourdes. Ce fameux logiciel – je trouve le mot trop cartésien, un pays et son peuple ne sont pas réductibles à une suite de chiffres ou de réactions mécaniques – comme vous dites. Je dirais plutôt intuition nationale ou, n’ayons pas peur des mots, une âme, que « logiciel ».
    A propos pouvez-vous nous dire en quoi il a changé ? Et en quoi le peuple a t-il gagné et surtout ce qu’il a gagné ? Pour moi il est un peu tôt. On aurait tort d’isoler le 11 janvier dans les limbes de l’actualité et se satisfaire de ce qui ne serait qu’un selfie de Marianne. Attendons la réponse de nos « représentants » et mesurons leur efficacité. Ben oui, le 11 janvier est un épisode pas un clap de fin. Je suis moins définitif que vous.

    S’il y a un avant et un après, il s’agira pour nos élites de …s’adapter. Donc de rebondir. Evénement tragique + peuple dans la rue (marche pour des valeurs pas manif de revendications, ce qui peut être tout autant légitime) + représentants, je ne vois là que les ingrédients d’une démocratie à l’oeuvre. Et je m’en félicite.
    Il ne vous a pas échappé que deux élections importantes auront lieu dans quelques mois. Et que le peuple que vous invoquez élisait ces représentants.
    Il ne semble pas inopportun d’évoquer la présidentielle ensuite. La politique, la « démocratie » (moi je me méfie de tels mots-valises, comme peuple aussi…), ce sont aussi des élections, donc des personnalités avec des idées, donc des images donc des représentations dans l’opinion, pardon dans la tête des gens. Avec tous les scenarios de récupération, surf, capitalisation ou instrumentalisation que l’on puisse imaginer.

    Au fait, …suis pas vieux, fais mon âge, c’est tout…

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