SUR L'AILE GAUCHE

Réflexions Par | 18H58 | 16 janvier 2015

Régionales : la feuille de route de Pierre de Saintignon

L’actuel premier vice-président du conseil régional est donc le candidat du PS aux régionales. Question : comment faire peau neuve pour le lieutenant de Martine Aubry ?

Pierre de Saintignon, sur le plateau de Grand Lille TV.

Il est parti tôt dès la fin de l’été mais on savait depuis plusieurs années qu’il serait un des prétendants à l’investiture de son camp. Pierre de Saintignon a préféré la guerilla avant la grande bataille plutôt que le blitzkrieg. Le prologue s’achève, mais la pièce n’est pas encore jouée. Quelques remarques.

Aiguiser son équation d’homme libre, c’est-à-dire couper le cordon ombilical avec Martine Aubry. Il n’est ni le dauphin ni le poulain de Daniel Percheron, le président socialiste sortant* venu du Pas de Calais, et c’est un euphémisme. Lui, il est de Lille. Alors, être présenté comme le sherpa canal historique de Martine Aubry, elle-même encore parfois considérée comme une parachutée dans les rangs de la gauche régionale, n’est pas une sinécure quand l’on prétend à une si grande présidence. Les reproches adressés à la maire de Lille, accusée de ne pas faire son devoir en renonçant aux régionales doivent être entendues également comme un péché à l’encontre de son numéro deux qui avait précisé que si Martine y allait, il se rangerait dans sa roue. Comme d’hab’. Du coup, les adversaires, qui n’en demandaient pas tant, ont deux cibles. Critiquer Aubry c’est flinguer De Saintignon. Et inversement. Mais c’est PdS qui s’y colle. S’il veut convaincre, la mue doit réussir.

Fédérer autour de lui. Donc apaiser les rancoeurs et dépasser les rivalités d’egos cela passera par une liste que l’on qualifiera d’équilibrée…pour ménager des susceptibilités mises à mal par ces primaires dissimulées qui viennent de se jouer en coulisses. En d’autres termes, comment faire pour ne pas être soutenu pas les petits camarades comme la corde soutient le pendu. On songe à Claude Gewerc, fort marri de céder son fauteuil de patron de la Picardie, l’ex-ministre Frédéric Cuvillier, le ministre Patrick Kanner, qui auraient bien voulu tenter leur chance (leurs communiqués ce jour sont éloquents), mais aussi Bernard Roman, Daniel Percheron, autant d’élus qui ont croisé le fer avec lui et qui ont appris à faire des noeuds. Souhaitent-ils son échec, ces aigris ? Jusqu’à Pierre Mauroy qui n’a jamais vraiment adoubé cet aristocrate arrivé dans son conseil municipal en 1989 – à sa demande il est vrai – puis aux responsabilités dans les fourgons de la fille Delors – et il le tancera méchamment quand l’affaire de la construction d’un nouveau stade patinait jusque dans les prétoires. Ou les communistes qui ont fait siffler ses oreilles plus fort qu’une sirène d’usine : “A la chambre de commerce, avec les patrons…”. Première étape, motiver les militants à voter pour lui début février pour entériner sa candidature. La participation – l’issue ne fait aucun doute – et les conditions psychologiques du scrutin éclaireront l’ambiance de la future campagne de PdS. Ce dernier a déjà réussi à faire se rallier à son panache rose les caciques et autres premiers fédéraux de Picardie. ” C’est Cambadélis qui les a briefés…”, dénonce fielleusement cet élu socialiste**. Un chef c’est bien, mais comment réagissent les militants de base ? “Dans le Pas de Calais, les militants socialistes et aussi les communistes vont déchirer ses affiches…”, confiait l’année dernière un élu socialiste du Nord qui ne le porte pas dans son coeur et qui exagère peut-être (voir portrait du Petit Théâtre). Les choses ont-elles changé ?

Une liste d’union de la gauche, dès le premier tour. Et là…mission impossible ? L’enjeu est d’importance puisque c’est celui de la deuxième place derrière le ou la candidat (e) du Front national réputé en tête au soir du premier tour si l’on en croit les sondages et les augures. Le troisième devra forcément se ranger derrière le numéro 2, surtout en cas de leadership du FN. Et même en cas de quadrangulaire, certes moins probable, il y a de quoi désorienter l’électeur et désarçonner les candidats. Les mic-macs et manoeuvres de boutiques ne font plus recette, y compris entre les deux tours. A droite, on sait qu’une fenêtre inespérée s’est ouverte et on a compris le problème. L’UMP, l’UDI, les Chasseurs et autres cherchent d’ores et déjà le plus large rassemblement possible dès le premier tour. Mais les départementales et les chausse-trapes en cours de creusement pourraient servir de leçon. Surtout à gauche. Car la perte de plusieurs départements sur les cinq de la région peut provoquer un sursaut et booster l’urgence d’une plate-forme de premier tour. Ou éteindre définitivement les espérances.

Se faire connaitre en Picardie. Ce qui signifie balayer le reproche du Tout pour Lille. Une vraie performance s’il y arrive. Grandi politiquement au coeur de la capitale des Flandres, il est typé lillois. Donc hautain et dédaigneux pour ces péquenots de picards ou du Pas de Calais. Il explique qu’il laboure cette Picardie agricole. Presque un aveu. De même, il ne faudra pas sous-estimer les histoires électorales locales et les habitudes politiques de territoires comme l’ex-bassin minier ou du fin fond de la Picardie. Les stratégies et tactiques déroulées ici-et-là ne recoupent pas forcément celles qu’un PdS a connu et vécu de près. On songe aux accords avec le centre à Lille et à la communauté urbaine de Lille Métropole. Du chinois pour l’électeur de gauche axonais ou isérien.

Se positionner vis-à-vis de ses adversaires. Il sera le plus…âgé (66 ans). Rançon de l’expérience. Mais en cette séquence de renouvellement des cadres politiques, pas vraiment un atout. Bertrand a 50 ans, Darmanin 32, Daubresse, 61, Rapeneau 56 , Létard, 52 (dans l’ordre décroissant des probabilités pour ceux qui se sont montrés intéressés, on ne connaît pas encore le nom du candidat de la droite). Marine Le Pen ou Steeve Briois sont encore loin des 50 ans. Et l’annonce de la candidature de PdS peut encore aiguiser les appétits d’une droite qui déjà sorti les tromblons contre celui qui les inquiète car il pourrait marcher sur leurs plates-bandes et les surprendre. Personnalité loyale et fidèle, énergique et déterminé, l’actuel premier vice-président du conseil régional sait que la route sera longue et semée d’embûches. De même, l’argument selon lequel il ne se sert pas de la région pour rebondir plus haut comme le feraient un Xavier Bertrand ou une Marine Le Pen est délicat à manier et peut se retourner contre lui. C’est avouer son manque d’envergure. Un comble pour ce spécialiste de l’économie régionale.

Contourner l’écueil de la politique nationale, confortable punching-ball pour ses adversaires. Tout en affichant les bons points. Comme le canal Seine-Nord qui concentre pas mal de thèmes électoralement bankable, emploi, environnement, investissement public, fiscalité maîtrisée puisque financement surtout européen,… . Ou ses propres points forts qui n’offrent que peu de prise à la critique. Les réseaux d’insertion, Euratechnologies, Eurasanté, l’économie et l’emploi,…et ne pas apparaître comme l’homme du patronat. Là encore, il risque de se retrouver en porte-à-faux avec les réflexes idéologiques d’une certaine gauche. Celle qui a frondé le gouvernement l’année dernière, qui cherche à imposer sa ligne au parti et qui a l’oreille d’une certaine…Martine Aubry.

** A l’appui de sa démonstration, il m’explique que Jean-Christophe Cambadélis, qui essuie le reproche de soutenir le gouvernement, aura besoin du soutien de l’aile gauche du PS pour se faire réélire premier secrétaire au congrès de juin prochain. Et qu’il ne s’agit donc pas de déplaire à Martine Aubry, qui incarne la ligne anti-hollandaise et Gilles Pargneaux, patron des socialistes du Nord, une grosse fédé de la planète socialiste. Donc de placer de Saintignon sur la rampe de lancement.

* A ne pas manquer, l’entretien avec Daniel Percheron demain samedi à la Voix est libre sur France 3 Nord-Pas de Calais,

2 Commentaires

  1. Vous avez compris quelque chose à cette “carte du Tendre” des prochaines regionales ?

  2. En gros, c’est “mission impossible” quoi ?’ (lire ‘quoi’ avec l’accent de Mauroy).
    Dommage pour Frédéric Cuvillier qui partait avec beaucoup moins de handicaps.

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