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Lille : La longue marche de Monsieur Kanner

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 13 janvier 2015

C’est un peu comme si l’après-Aubry avait déjà commencé…Sur la planète socialiste locale, on chuchote de plus en plus le nom du ministre de la Ville pour devenir l’homme fort du PS sur la métropole lilloise. A commencer par la ville de Lille elle-même. Donc pour la succession de Martine Aubry, qui a annoncé il y a une année qu’elle ne se représenterait pas dans la capitale des Flandres – laissant planer le mystère sur la suite de sa trajectoire. Un scenario qui sonnerait comme une revanche sur le clan des aubrystes que notre Titine de Fer a imposé sur la métropole au détriment de celui des mauroyistes, longtemps pressentis pour gérer l’héritage de l’ancien patriarche lillois mais qui se sont inclinés devant le viager Aubry.

Chez les premiers, on trouve Audrey Linkenheld, qui a succédé à Bernard Derosier sur la 2ème circonscription du Nord (Lille-Hellemmes-Villeneuve d’Ascq). On rappellera que Monsieur Derosier a grandi sous l’aile tutélaire de Pierre Mauroy qui l’avait poussé dans le fauteuil de président du conseil général du Nord en 1986 et d’épouser la continuité d’un Albert Denvers. On remarque Pierre de Saintignon, le bras droit et le candidat de la maire de Lille pour les élections régionales et nous y reviendrons. Ou encore Gilles Pargneaux, député européen et premier fédéral du Nord, passé avec armes et bagages dans le camp des aubrystes. On n’oublie pas Alain Cacheux, ancien protégé de Mauroy, débarqué entre les deux tours des municipales à Lille l’année dernière par…Titine de Fer. Autant de pommes de discorde dans le panier des mauroyistes, – pour faire court, tous les autres ! – qui cherchent comment reprendre l’initiative, laver affronts et recracher couleuvres. Certains parlent même de « refermer la parenthèse« , voire de « bouffer les aubrystes » ! Posons le problème autrement : que restera-t-il de la séquence Aubry ?

2015, année cruciale. Alors régionales or not régionales, pour l’ancien patron du conseil général du Nord qui a accepté de troquer son sceptre contre un maroquin de ministre ? La tentation est forte de laisser un Pierre de Saintignon mener l’assaut ou plutôt monter au créneau pour tenter de garder à gauche la grande et nouvelle région. Et miser sur sa défaite ! Ce dernier sait les termes risqués du challenge pour lequel il donnera toute sa mesure. Car si l’enjeu est important pour les habitants, la mise est grosse pour les candidats. PdS joue sa dernière carte. S’il perd, on lui imputera la défaite et il n’aurait plus qu’à remplir un formulaire de candidat aux prochaines sénatoriales. Idem pour Kanner. Et si ces deux-là se retrouvent dans quelques semaines devant les militants au cours d’une primaire sanglante…PdS a le soutien de son Pygmalion de maire et de Cambadélis, ainsi que pas mal de grands élus et cadres fédéraux jusqu’en Picardie. Une ancienne première secrétaire et l’actuel numéro un, ce n’est pas rien. De quoi décourager un ministre Kanner qui n’aurait plus qu’à ronger son frein en attendant…2020 et en lustrant ses galons de ministre de la république – et accessoirement de hollandais de rang élevé, de plus en plus élevé… et en prévision du choc de 2017. Personne ne doute qu’une répartition des rôles se joue en coulisses pour les années prochaines. PdS à la région – élu, il abandonnerait ses responsabilités lilloises, à tout le moins la perspective d’un majorat – Kanner sur la métropole lilloise avec le beffroi dans sa mire ou la métropole. Tout ce petit monde aura à gérer au mieux les nouvelles règles de non-cumul dictées par leur parti et imposées par l’opinion et par…la loi. On ajoutera que Monsieur Kanner est candidat à sa succession sur…le canton de Lille 5 (redécoupé entre son canton de Lille sud ouest et celui de son binôme Marie-Christine Staniec-Wavrant, elle aussi sortante sur Lille-sud). Il espère évidemment le garder mais c’est la majorité socialiste qui pourrait se dérober et l’alternance à droite se profiler – le sénateur UMP et soutien de Bruno Le Maire, Jean-René Lecerf prépare l’assaut. Conseiller départemental d’opposition, comme un moindre mal. Pas si mal pour cultiver des plates-bandes lilloises. Battu sur son fief historique serait plus problèmatique.

Régionales, l’impératif de la seconde place. L’hypothèse d’un Patrick Kanner candidat aux régionales, par ailleurs soutenu par le président socialiste Daniel Percheron, reste plausible. A condition de verrouiller un second tour à très hauts risques. J’ai déjà analysé l’exigence d’être numéro deux au soir du premier tour des régionales. Derrière le FN (Marine Le Pen ou Steeve Briois) à 30 % et plus, pour rassembler au mieux au second tour depuis un centre très élargi qui irait du PS et des Verts au MoDem, à l’UMP et l’UDI. Les deux camps parient sur ce cas de figure. Qui peut arriver derrière le FN et trouver la plus large majorité entre les deux tours ? Une question qui se pose dans les mêmes termes à droite et qui explique les grenouillages du moment (voir les billets consacrés au psychodrame de l’UMP Darmanin-Bertrand-Daubresse). La vraie compétition se joue dès le premier tour de scrutin entre des camps qui cherchent l’homme providentiel apte à remporter le vrai duel, celui de la seconde place -. Patrick Kanner aurait sûrement une carte à jouer* tout comme Pierre de Saintignon, celui-ci dans un registre différent. Il leur reste à lever l’hypothèque du vote militant de février prochain pour affirmer leur hypothèse.

 Lille. Duel Lamy/Kanner.  » Elle nous refait le coup de 95 ! « , s’exclame cet élu mauroyiste canal historique qui n’oublie pas que l’ancien maire de Lille a lui-même rameuté Martine Aubry il y a 20 ans. L’irruption – c’est le mot – en fin d’année d’un François Lamy, ami de Martine Aubry, sur la scène de la métropole lilloise atteste la violence de l’opération qui a surpris la vieille garde pourtant immunisée. C’est bien un duel entre les deux caciques qui se profile. L’un dépositaire de la dévolution aubryenne, l’autre de l’héritage mauroyen. Même génération, même profil de politique aguerri, l’un rue de Solférino et à l’Assemblée nationale, l’autre au département et au PS du Nord, sorte de Solférino en miniature. Juste avant 2020, quand les deux adversaires sortiront du bois pour entrer dans l’arène, il seront tous deux anciens ministres… de la Ville. Telle une autre foire d’empoigne seront les législatives de 2017 – dont le sort est naturellement lié au résultat de la présidentielle. Plus proches de nous et tellement plus rassurantes pour des personnalités habituées au jeu de l’oie de la vie politique, si aléatoire et tellement cruel. François Lamy sera élu sortant mais de l’Essonne. Patrick Kanner, s’il veut mettre toutes les chances de son côté, pensera à se ménager un fief lillois de dimension nationale, comme si son canton était un tremplin tout en gardant un oeil vigilant sur la « fédé » nordiste, point de passage obligé de toute ambition, et qu’il serait avisé de briguer un jour. Bernard Roman accepterait de bien meilleure grâce sur sa circonscription un Patrick Kanner plutôt qu’un François Lamy, c’est une évidence. S’il se décide à se retirer.

Métropole européenne de Lille. Duel Kanner/Darmanin. Un maire de Lille se doit de prétendre au leadership de son agglomération. Ce qu’un Mauroy avait théorisé et mis en pratique en 1989 – et en expulsant Arthur Notebart du champ politique, voir les articles et billets consacrés à cette période. Après tout, la super-communauté urbaine qui vient de surgir s’appelle Métropole européenne de Lille ! Le député-maire UMP de Tourcoing le sait (voir billets à lui consacrés) qui voudra faire entendre une musique différente et jalonner un destin que l’on prédit si glorieux. Lille, la métropole,…il faudra faire des choix et rebondir au gré des occasions qui se présenteront. Comme si le pré d’à-côté était toujours plus gras. Entre Patrick Kanner, 57 ans et Gérald Darmanin, 32 ans, c’est désormais le territoire métropolitain qui est en jeu. Il ne serait pas étonnant de les retrouver en compétition.

* Une aubaine cette place de ministre dans un gouvernement recentré dominé par la ligne Macron/Valls. Le marxisme et le chevènementisme des débuts est bien oublié…On le voit, la marche du ministre Kanner est encore longue. Le résultat des départementales de mars fournira quelques indices sur les pronostics – toujours hasardeux – des régionales quelques mois après, le résultat et les troupes en lice. Mais le calendrier militant du PS brouille quelque peu les cartes puisque le candidat socialiste aux régionales sera désigné en février, avant les départementales où se présente Patrick Kanner, ainsi muselé…On doit la peau de banane à la fédération nordiste, aux mains des aubrystes, soucieux de dégager la route à De Saintignon. Et la tragédie de la semaine dernière fera forcément bouger les lignes de la scène politique à tous les échelons (voir: Hollande a-t-il gagné son ticket pour 2017 ?)

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Tenu par le journaliste Marc Prévost, et dans le prolongement du livre le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, il décrypte et éclaire les coulisses de la vie politique locale et nationale et parfois aussi d’autres choses. C’est son choix !

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