70 ANS AUSCHWITZ

Petite histoire Par | 08H45 | 27 janvier 2015

Déportation : le convoi Z du 15 janvier 1944 est parti de la région

On commémore aujourd’hui les soixante-dix ans de la Libération d’Auschwitz, terrible symbole de la machine de mise à mort nazie lors de la Seconde guerre mondiale. Parmi les six millions de victimes, principalement juives, on trouve aussi 500 000 Tsiganes. Si la France “s’est bornée” à les interner, il existe une triste exception. Une rafle et une déportation massive opérées sous nos latitudes septentrionales durant l’hiver 1943-44. Le convoi Z, parti de Belgique le 15 janvier 1944, comptait 145 Tsiganes arrêtés dans le nord de la France.

Article publié initialement en avril 2009.

auschwitz

Auschwitz en Pologne. Photo : DailyNord.

« Z » comme Zigeuner. Tsigane en allemand. Parmi les 20 943 Tsiganes recensés à Auschwitz, on trouve 145 Français (74 hommes et 71 femmes). Tous arrivés au camp par le convoi Z de janvier 1944, tous issus de la région. Leur histoire demeure méconnue. Logique. Aucun document français ou allemand n’évoque une déportation de nomades à partir du territoire français où le sort de ces populations semble avoir été plus clément. Comparé à d’autres pays européens, entendons-nous bien.

La politique discriminatoire à leur encontre se « contentait » d’abord de les assigner en résidence, ensuite de les interner. On recense ainsi une trentaine de camps tziganes en France dont certains ouverts en 1940 avant même l’Occupation. Hommes, femmes, enfants, 3 000 (chiffre pouvant grimper jusque 6 000 selon les sources) furent internés durant le conflit. Et même après, puisque les derniers camps seront fermés au… printemps 1946.

Le convoi Z demeure donc une triste exception de la déportation et de l’extermination de Tsiganes français. Sans doute parce que le Nord – Pas-de-Calais occupé bénéficiait alors d’un régime particulier : rattaché à l’autorité militaire de Bruxelles. Jusque 1943, les Tsiganes de la région ne paraissent cependant pas trop inquiétés. Même si des mesures sont prises à leur égard – comme la carte de nomade instaurée en décembre 1941 et devant être visée chaque mois -, on demeure loin des persécutions à l’encontre de la population israélite.

Arrêtés à Roubaix, Hénin, Arras…

Octobre 1943. Sur ordre de Himmler, les Nazis procèdent à des arrestations massives en Belgique et dans le Nord – Pas-de-Calais. D’abord à Tournai, puis rapidement à Roubaix, Arras, Hénin-Liétard (Hénin-Beaumont)… Tsiganes, nomades, forains, Gypsies, Manouches… Des familles entières sont ainsi arrêtés au petit matin dans leur roulotte par les feldgendarmes. Les Taicon à Tournai, les Largesse à Roubaix, les Schmitt, toujours à Roubaix. Hommes, femmes, enfants. Direction la caserne Dossin à Malines (Belgique) où ils demeureront plusieurs semaines. Le 6 décembre 1943, 166 tsiganes attendent déjà de partir vers Auschwitz. La rafle se poursuivra durant tout le mois. Le 9 janvier, 182 détenus viennent ainsi s’ajouter. Entre faim, froid, brimades, violences.

  • Témoignage de Paprika Galut, interpellée à Hénin-Liétard, 18 ans, arrêtée le 23 décembre 1943. Rentrée après la guerre : « On avait des caravanes et des chevaux, ils sont venus nous ramasser avec des camions. Ils nous ont mis dedans et nous ont amenés dans un camp à Malines en Belgique. Il y avait plusieurs gitans ramassés, même ceux de la Belgique. On est resté longtemps là-bas, on était malheureux, malheureux. On mourait de faim, on mourait de soif. On ne savait pas quoi faire (…) Ils nous mettaient sur un bout de table et nous battaient avec des bouts de bois et avec des fouets. J’ai reçu 35 coups de bâtons. » (*)

De Malines à Birkenau

Le 15 janvier 1944, ils sont 351 : 145 se déclarant français, 121 belges. Ils formeront le convoi Z. Parqués dans des wagons à bestiaux avec une boule de pain pour deux jours de voyage, ils sont expédiés vers la Pologne. Auschwitz-Birkenau. De ce convoi Z, seuls douze rescapés (chiffre variant de dix à quinze selon les sources) rentreront à la fin de la guerre.

Le destin d’un dénommé Toloche paraît particulièrement tragique. Interné à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), il sera libéré après avoir acheté une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Incapable de vivre entre quatre murs, il reprit la route pour retourner dans son pays d’origine, la Belgique. Il sera arrêté dans le Nord et expédié dans les camps d’extermination avec ce convoi Z. Une quarantaine de Belges internés dans ce camp de Montreuil-Bellay avaient ainsi réclamé leur liberté durant de nombreux mois. Et lorsque cette liberté leur fut enfin rendue, lorsqu’ils purent rejoindre la Belgique ou le nord de la France, ils furent à nouveau arrêtés et privés de leur liberté. Définitivement cette fois.

Tony Gatlif a consacré un film, Liberté, au destin d’une famille en France, sous l’Occupation. La bande-annonce :

Pour aller plus loin :

La revue Etudes tsiganes

Marie Christine Hubert, Les Tsiganes en France 1939-1946, Thèse de doctorat, 1997

José Gotovitch, “Quelques données relatives à l’extermination des Tsiganes en Belgique”. Cahier d’histoire de la Seconde guerre mondiale, 1976, n°4, pp. 161-180.

Etienne Dejonghe et Yves Le Maner : le Nord – Pas-de-Calais dans la main allemande (1940-1944), La Voix du Nord, 1999, p.251-256.

Günter Lewy : La Persécution des Tsiganes par les nazis (éd. Les Belles Lettres, 2003)

N° 4 hors-série (octobre 2008) de la Revue d’études juives du Nord (Tsafon) consacré aux Persécutions raciales dans le Douaisis pendant la Seconde Guerre mondiale Juifs et Tsiganes

Et les nombreux travaux de Denis Peschanski sur la question.

Quelques sites internet évoquent également le convoi Z du 15 janvier 1944.

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1717

http://centri.univr.it/resistenza/indesiderabili/hubert.htm

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=&idPage=1446

http://jacques-sigot.blogspot.com/2008/08/montreuil-bellay-un-camp-de.html

(*) Témoignage de Paprika Galut dans l’émission « Du côté de chez Fred », animé par Frédéric Mitterrand, Antenne 2, octobre 1989. Cité par Marie-Christine Hubert dans sa thèse d’histoire.

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