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Départementales : Et maintenant le Pas de Calais ?

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 06 janvier 2015

A gauche, le doute a envahi les esprits. A tel point que, après le Nord, certains imaginent maintenant une bascule possible du Pas de Calais, terre de gauche depuis des lustres où la vieille guerre entre les frères ennemis PS/PC qui avait paradoxalement fait leurs beaux jours devrait laisser la place à de nouveaux rapports de force. Et l’opposition actuelle grossir son contingent actuel de 13 élus. Jusqu’à l’inenvisageable ? Rien n’est écrit mais la perspective est devenue jouable. A l’appui de leur démonstration, la déliquescence du socialisme municipal miné par les affaires surtout dans l’ex-bassin minier, la poussée de la droite et de la droite extrême aux dernières municipales et l’alternance surgie dans des villes comme Saint-Omer, Béthune, Berck, Hénin-Beaumont,…sans oublier les bastions de Calais et d’Arras – et l’on sait le lien étroit qui rapproche au quotidien communes et cantons – et naturellement le climat de sanction sévère vis-à-vis du pouvoir et du gouvernement.

Le FN, faiseur de roi ? Les récentes venues* de François Hollande et de Manuel Valls dans la région et, particulièrement le Pas de Calais, ne sont pas nécessairement les meilleurs atouts d’un camp acculé dans les cordes d’une opinion qui se dérobe. La mécanique du nouveau mode de scrutin – aléatoire pour les pouvoirs sortants, surtout les grosses majorités comme le Pas de Calais, 39 cantons redécoupés contre 77 – pourrait favoriser les affrontements FN/droite au second tour au moins autant que les duels FN/gauche. Le meilleur cas de figure restant pour le FN une triangulaire dans laquelle les reports de voix sont moins évidents. Selon les estimations, la gauche devrait péniblement conserver une vingtaine de cantons. A peine de quoi trouver une majorité. Et si le FN gagne quelques fiefs – trois, quatre, cinq, plus ? on songe surtout à l’ex-bassin minier** – et en cas de kif-kif ou de ric-rac entre la gauche et la droite, les conseillers généraux FN se retrouveraient en position de faiseurs de rois…

Comme dans le Nord, le grand risque est de voir disparaître nombre de candidats estampillés PS/Front de gauche  – il faut au moins 12,5 % des inscrits pour prétendre se maintenir, donc environ le double des exprimés en tenant compte de l’abstention – et ouvrir ainsi une opportunité à droite de s’emparer du conseil départemental. Et l’éparpillement des forces de gauche avec la ligne autonome d’EE-LV accentue la faiblesse, alors que les candidats FN, si l’on se reporte à l’étiage de près de 39 % des européennes dans le Pas de Calais, tireront mieux leur épingle du jeu. D’autant plus que le retrait inopiné l’année dernière du socialiste Dominique Dupilet et l’arrivée aux manettes de Michel Dagbert, ancien maire de Barlin, ne facilitent pas les opérations de mobilisation d’une gauche aux abois et quelque peu démoralisée. Fera-t-on campagne sous la bannière PS ? Une ligne dure, presque radicale, est-elle susceptible de recevoir un écho ? Dans le Pas de Calais, il faut ajouter la nouvelle puissance militante du Front national, un atout de poids en campagne, comme en écho aux ambitions du parti de Steeve Briois et de Marine Le Pen, et qui aura beau jeu de faire monter les enchères…et de profiter de la relative faiblesse de la droite établie mais qui relève la tête.

Cette dernière tentera l’impossible. Elle ne manque ni d’expérience ni de prétendants – le filloniste Michel Petit, conseiller général de Beaumetz-les-Loges et président du groupe d’opposition, Bruno Cousein, conseiller général de Berck qui a retrouvé son siège de maire de cette ville, Jean Urbaniak, maire Modem de Noyelles-Godault, mais quelque peu isolé – dans une bataille qui n’est plus jouée d’avance. De même, on remarque que le Pas de Calais affiche désormais des élus de droite de stature nationale qui ont conquis des places à l’UMP : les Daniel Fasquelle, député-maire du Touquet et Natacha Bouchart, sénatrice-maire de Calais, peuvent ainsi peser d’un poids non négligeable dans le débat et au-delà de leur propre périmètre -. On ajoutera les jeunes maires de Marck, Pierre-Henri Dumont et d’Hesdin, Stéphane Sieczkowski-Samier, qu’un Sarkozy a frôlé de son manteau et qui couve ces jeunes pousses. De même un Philippe Rapeneau, le président UMP de la communauté urbaine d’Arras – déjà engagé dans la bataille des régionales, ou un Frédéric Leturque, maire UDI d’Arras, sont des relais déjà éprouvés. Si la figure de proue ne s’est pas encore imposée, le maillage à droite du département est ainsi en passe de se nouer au détriment de la vieille charpente socialiste. Reste à elle de passer les bons accords entre l’UMP et l’UDI pour présenter les binômes ad hoc et entrer dans la bagarre avec les meilleures chances de figurer devant le FN, qui, lui aussi, poussera son avantage surtout depuis l’ex-bassin minier. Au point de trouver une majorité ? Mais un duel FN/droite pour déterminer la majorité indiquerait que quelque chose a changé dans ce Pas de Calais.

Régionales. Dans les cinq départements de la grande région Nord-Pas de Calais/Picardie, les calculettes vont chauffer pour analyser les résultats et pour échafauder les plans de conquête. Ou de riposte. Il est sûr que trois ou quatre départements en bleu seraient de mauvais augure pour les pouvoirs de gauche des deux régions confrontés à une droite qui montre les dents comme en témoigne la candidature en pointillé d’un Xavier Bertrand, le député-maire UMP de Saint Quentin. Certains pensent que les trois conseils départementaux de Picardie peuvent changer de majorités. A fortiori si le FN renforce ses positions, voire décroche une présidence – on parle de l’Aisne. Qui plus est si le scrutin régional est avancé au début de l’automne. Pour Sarkozy et l’état-major UMP, le message est simple. Ils peuvent ainsi prouver qu’ils sont capables de gagner. Et 2015 ne fait que commencer.

* Il est peu probable que le président et le premier ministre aient oublié l’histoire socialiste et communiste dans un département traditionnellement et longtemps affiché à la gauche de la gauche. Les discours ouvrièristes de circonstance peinent à ranimer le souvenir de plus d’un siècle de socialisme municipal et local qui ne fait plus guère recette. La montée du FN – qui use quasiment du même discours –  ne signifie nullement une conversion aussi rapide qu’incongrue à une quelconque ligne socio-libérale. Quant à motiver l’appareil militant et emmener les troupes à la bataille, c’est le défi d’un Yann Capet, lui aussi nouveau numéro un de la fédé, qui sait que ces départementales seront encore plus politisées que d’habitude et que l’électeur attachera encore plus d’attention à l’étiquette ou à la sanction du pouvoir sortant…Si les élites socialistes du Pas de Calais, certes enracinées sur leur fief, restent nombreuses au conseil général – Odette Duriez, Jean-Claude Leroy, Michel Lefait, Hervé Poher, Olivier Majewicz, qui avait manqué d’une voix être désigné par le PS pour succéder à Dupilet,…-, elles semblent en porte-à-faux face à un électorat boudeur tenté par un virage à droite et plus. Et bien sûr l’abstention.

** Un sondage sur la France (Odoxa) de mi-décembre donnait 28 % d’intentions de vote au FN devant l’UMP à 25 % et le PS à 17%. En 2011, lors du renouvellement par moitié des conseillers généraux, le FN espère une cinquantaine d’élus dans la France entière. A l’arrivée, le parti de Jean-Marie Le Pen – MLP lui avait succédé en janvier – n’en obtient que deux après s’être maintenu dans 400 cantons et malgré une poussée au premier tour de plus de cinq points par rapport à 2004 sur lesdits cantons pour s’établir à 19,2% (ViaVoice). Quatre ans après, la donne a certes profondément changé. Et le renouvellement est cette fois total.

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