ENTRE LES LIGNES

Réflexions Par | 09H15 | 15 décembre 2014

Etude d’impact du Louvre-Lens : des chiffres volontairement présentés sous leur meilleur jour ?

42 millions d’euros d’impact économique. A première vue, lorsqu’on ouvre le rapport publié ces jours-ci par Euralens et la Mission Bassin Minier, le Louvre-Lens a réussi son pari. DailyNord a peut-être l’esprit mal tourné, mais n’a pas interprété les choses de la même façon.

A l’intérieur du Louvre-Lens, les visiteurs affluent. La part de gratuité reste très élevée. Qu’en sera-t-il une fois l’entrée payante rétablie ? Photo : DailyNord.

Des chiffres de fréquentation au-dessus la première année et conforme la deuxième année, mais une part de gratuité très élevée

Le Louvre-Lens s’en était vanté – et à raison – l’an dernier : 900 000 visiteurs la première année, quand on n’en attendait “que” 700 000, c’est plutôt une bonne nouvelle. Pour l’année 2014, le Louvre-Lens rentre dans le rang de ses prévisions : 530 000 personnes (chiffre définitif qui nous a été communiqué par le Louvre-Lens, vendredi) ont franchi la porte du musée à la fin de l’année, ce qui est conforme à la vitesse de croisière prévue de 500 000 amateurs d’art attirés en bassin minier.

Ce que ne pointe pas l’étude en revanche, c’est l’effet de la gratuité de la Galerie du Temps sur la fréquentation. Initialement prévue pour un an, l’entrée libre a été renouvelée une première fois pour 2014 et la sera pour une troisième année consécutive en 2015, a-t-on appris en octobre. La part de non-payants n’est en effet pas clairement établie dans les trente-deux pages du rapport, sauf si l’on additionne nous-mêmes la fréquentation des deux expositions temporaires (avec entrée payante) : pour Les Étrusques et la Méditerranée (de décembre 2013 à mars 2014) et les Désastres de la guerre (juin-octobre), 184 000 ont sorti leur porte-monnaie. Ce qui veut donc dire que 346 000 personnes, soit 65%, sont venues gratuitement. On comprend d’un seul coup l’intérêt de prolonger l’expérience (même si elle était payante, nous ne disons pas que la Galerie du Temps attirerait moins de monde, n’exagérons rien).

42 millions d’impact économique… mais la deuxième année ?

42 millions d’euros d’impact économique, soit un tiers de l’investissement du musée en retombées,  et “42% des hébergeurs et des restaurateurs déclarent une hausse de leur chiffre d’affaires en 2013 après l’ouverture du Louvre-Lens“. … Présenté comme ça, l’effet Louvre-Lens sur le territoire est indéniable et on peut s’en féliciter. Sauf que les 42 millions concernent bel et bien la première année d’exercice, soit de décembre 2012 à décembre 2013 (c’est bien précisé, mais vu la date de sortie de l’étude, on a vite fait de l’extrapoler aux deux premières années). Qu’ils sont donc à mettre en rapport avec une fréquentation très élevée (pour son calcul d’impact, l’étude retient les 460 000 visiteurs extérieurs à la région sur les 900 000) et qu’avec la fréquentation dite de croisière (500 000 personnes par an, donc un pourcentage de visiteurs extérieurs pas encore connu – c’était 50% la première année -), on pourrait grossièrement et mathématiquement diviser par deux l’impact économique (même si le calcul sera bien plus compliqué que cela).

De plus, le chiffre de 150 millions d’euros pour la construction du Louvre-Lens dans l’étude était celui retenu avant les décomptes finaux, qui selon Le Moniteur, un chiffre jugé réaliste par les élus, s’élevait plutôt à 201 millions d’euros.  Dans ce cas, le tiers de l’investissement du musée couvert par l’impact économique deviendrait le quart… et on ne vous parle pas du budget de fonctionnement (15 millions d’euros par an).

Que l’on ne s’y trompe pas

Forcément parcellaire et non exhaustif, ce document vise simplement à constituer une ressource destinée à alimenter ceux qui ont à rendre compte, auprès des médias et de la population, de la transformation du territoire, de ses objectifs, de ses premiers résultats (...) Les éléments qu’il contient peuvent être librement utilisés, complétés et interprétés” C’est écrit page 5 de cette étude. Donc, DailyNord s’en est emparé pour l’analyser et vous en ressortir quelques points. Mais que l’on ne s’y trompe pas. La rédaction pense que le Louvre-Lens a tout à fait sa place dans le Bassin Minier, est un musée réussi et est une chance pour le territoire régional dans son ensemble. Ce qui n’empêche pas de présenter les choses honnêtement que ce soit dans les documents de communication ou ailleurs.

Mais quel impact pour Lens en particulier ?

Autre élément que l’on aurait aimé trouver plus précisément dans cette étude. L’impact du Louvre-Lens sur la ville de Lens même, ce qui était un véritable enjeu pendant la dernière campagne des municipales. Ici, l’analyse présente les résultats d’un territoire qui va jusque Douai, Arras, Béthune, voire Lille. Par exemple pour les nuits d’hébergement payantes : sur 100 visiteurs (non originaires de la région), 33 passent une nuit dans la région. Dans ces 33, 20 paient pour passer la nuit (chambres d’hôtes, hôtels), mais seulement 9 à moins d’une demi-heure de Lens, ce qui comprend encore… Arras, Béthune ou Douai. Combien dorment exactement à Lens-Liévin ? On n’a pas trouvé. En revanche, on apprend que sept projets de constructions-réouvertures d’hôtels sont prévues à Lens-Liévin. Dommage, deux d’entre-eux, depuis la fin de l’étude – le 20 novembre – ont déjà l’air d’avoir du plomb dans l’aile.

La même imprécision volontaire se retrouve au niveau de l’attractivité du territoire. 46% des visiteurs « déclarent profiter de leur venue au Louvre-Lens pour visiter un autre site à proximité ». Oui, mais quels sites ? On apprend au fil des pages que deux cents groupes ont été accueillis à l’Office de tourisme de Lens (nous avions testé la visite du centre-ville, souvenez-vous), que le salon international des métiers d’arts de Lens a accueilli 20 000 personnes en 2014, contre seulement 6 000 en 2009. C’est bien… mais pour les effets proprement lensois quantifiés, c’est à peu près tout.

Après, on met en avant des hausses de fréquentation extérieures à la ville de Sylvain Robert : 6% au centre minier de Lewarde et au Palais des Beaux-Arts de Lille, 80% (!) au Musée des Beaux Arts d’Arras. Fichtre, 80% de plus au Musée des Beaux Arts d’Arras grâce au Louvre-Lens ? Ça, c’est une nouvelle. En lisant la page 14, c’est en tout cas comme cela que le quidam le comprend :

Question n°3 : Les visiteurs du Louvre-Lens quittent-ils le territoire aussitôt leur visite achevée ?

> Hausses de fréquentation dans d’autres sites et événements grâce à l’effet combiné de l’attractivité du Louvre-Lens, de l’inscription du Bassin minier à l’UNESCO, au centenaire de la Grande Guerre, etc. :

_ Musée des Beaux-Arts d’Arras (+ 80% en 2013 par rapport aux trois années précédentes)”

A la page… 28, on modère… mais juste en faisant dire au même chiffre autre chose !

 Question n°14 : L’arrivée du Louvre-Lens, handicap ou avantage pour le développement des autres musées de la région ?

Difficile d’affirmer que la hausse de fréquentation des autres musées soit liée à l’ouverture du Louvre-Lens. On peut néanmoins imaginer que des visiteurs non régionaux ont profité de la découverte du Louvre-Lens pour visiter les autres grands musées ou vice-versa. 

_ Une certaine émulation peut en outre intervenir : la très forte hausse observée au Musée des beaux-arts d’Arras est liée à sa nouvelle stratégie ambitieuse, symbolisée par le succès de l’exposition Roulez Carrosses !

Donc, liée ou pas liée la hausse de fréquentation du Musée des Beaux-Arts d’Arras ? Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, DailyNord a donc contacté la mairie concernée  pour avoir son point de vue : “La fréquentation de 2013 du Musée des Beaux-Arts est essentiellement liée à l’exposition elle-même sur les carrosses. Il y a peut-être un effet Louvre-Lens, mais pas significatif“. Comme il n’y a pas non plus un afflux majeur supplémentaire de touristes dans la ville depuis fin 2012, a-t-on compris. On en a d’ailleurs profité pour poser la question sur deux ouvertures d’hôtels arrageois, indiqués également dans l’étude comme des effets induits de l’arrivée du Louvre : là encore, du côté de la Préfecture du Pas-de-Calais, on croit d’abord à sa propre attractivité comme critère principal, loin devant le musée lensois. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas le lien lenso-arrageois : en 2015, un billet combiné Louvre-Lens/Musée des Beaux-Arts sera proposé.

Mais parce que nous ne sommes pas seulement mauvais esprit, reconnaissons que…

– Des projets sont bien nés en corrélation avec le Louvre-Lens : l’aménagement des abords, l’implantation d’une résidence d’artistes par la Fondation Pinault, l’implantation d’un H&M, la prochaine arrivée des réserves du Louvre. Sans le Louvre-Lens, on peut présumer que tout cela n’aurait évidemment pas eu lieu.

– Le regard a changé sur Lens : « 67% repartent de leur séjour à Lens avec une image améliorée du territoire » Faut dire qu’on partait de loin ! Lens a par ailleurs bénéficié d’une exposition médiatique sans précédent dont un classement  parmi “The 46 Places to Go in 2013” pour The New York Times en janvier 2013. Même si on sait comment sont faits ces classements, c’est une très bonne chose.

– Plusieurs restaurants se sont agrandis ou ont ouvert (page 13). Par ailleurs, “7 visiteurs du Louvre-Lens sur 10 se déclarent satisfaits par l’offre de restauration proposée autour du Louvre-Lens” et “ 56 % des visiteurs (y compris régionaux) se restaurent sur place, autour du musée“.

– L’arrivée du musée a créé des emplois directs ou indirects (400 estime l’étude).

– Si 50% des visiteurs viennent du Nord – Pas-de-Calais, ça fait toujours 50 autres % qui viennent d’ailleurs et n’auraient peut-être jamais mis les pieds à Lens sans le musée.

Lire l’intégralité du document.

8 Commentaires

  1. Votre article me laisse dubitatif. Tous ces chiffres totalement différents de ce qui était annoncé par d’autres articles …

    Je songe vivement à arrêter la lecture de ces articles qui ne vérifient guère leurs données. Mes verres de correction sont d’ailleurs fissurés en différents points.

    Je courrais chez l’opticien si les sols ne glissaient pas tant ; c’est toujours un bonheur de vous lire.

    Mon café est prêt, et bien chaud. Il me tiendra compagnie, tout comme vos papiers.

    Les temps se font frais, mes vieux os craquent, mais vos articles me remplissent le cœur.

    Bien à vous,

    José R.

  2. TOUS les visiteurs de la Galerie du Temps ont l’entrée gratuite soit 100%, selon mes calculs.
    Vos 65% ne veulent rien dire, sauf le différentiel entre les visiteurs des exposé et les autres
    FG

  3. @José Renoux : nous sommes ravis de vous accompagner.
    @Genu : Si. 65% des visiteurs du musée de décembre 2013 à décembre 2014 n’a pas payé son entrée au musée. Après, chacun l’interprètera comme il veut, mais quand on se félicite d’un nombre de visiteurs – comme l’an dernier lors du premier anniversaire par exemple – la part entre ceux qui ont mis la main au porte-monnaie (en visitant une exposition temporaire, et éventuellement-certainement la galerie du Temps gratuitement) et ceux qui ont profité du Louvre en entrée gratuite (donc, la Galerie du Temps), mérite d’être détaillée.

  4. La question de la rentabilité est une chose.
    Le succès du musée, une autre. Je suis allé à plusieurs reprises au Louvre Lens et il y a vraiment pas mal de monde à chaque fois! Au départ je doutais sur cette question vu son emplacement mais il arrive tout de même à attirer pas mal de monde.
    Et c’est surement grâce aux expositions temporaires de qualité.
    Alors certes on vient au moins une fois pour la galerie du temps, gratuite. Mais on revient peut-être par la suite pour les expos temporaires payantes. C’est mon cas!

  5. Ce rapport n’a rien de scientifique puisqu’il se base sur les declarations de quelques personnes et des liens de cause à effet établis par les auteurs du texte entre des investissements privés qui seraient une conséquence directe de la présence du musée, ainsi pour les hôtels. Ces liens de cause à effet sentent furieusement le jugement de valeur. Mais comme disaient les rheteurs qu’on etudiait en 1ère  : «  Abusus non tollit usum » l’abus n’empêche pas l’usage… A Lens, on croit aussi que le stade Bollaert aura de merveilleuses retombées sur l’economie locale en etant occupé une fois tous les quinze jours pendant une ap midi.

  6. C’eût été une bonne idée que les porteurs politiques de chaque projet ( musée, stade, etc..) consacrent ne serait ce que 0,1 % du coût à une etude qui permettent une evaluation fine des resultats concrets sur l’economie locale d’une dépense aussi importante. Mais c’est actuellement trop demander aux élus locaux.

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