Le Petit Dico Décalé du Nord-Pas-de-Calais : le Relais

Ce week-end ont lieu les grandes ventes dans les différents points Emmaüs-Le Relais de la région. L’occasion donc de s’intéresser de près à cette entreprise de fripes, baptisée Le Relais, qui – tout le monde ne le sait pas- est made in Nord-Pas-de-Calais.

Le centre de tri de Bruay-la-Buissière. Crédit photo Frédérci Baron Morin.

Le centre de tri de Bruay-la-Buissière. Crédit photo : Frédéric Baron Morin.

Le Relais : nom propre désignant un réseau d’entreprises à but socio-économique (qui ne rémunère pas le capital). Ce qui veut donc dire que les riches peuvent donner toutes les affaires qu’ils ne souhaitent plus porter aux pauvres, qui auront ainsi du travail pour les trier et de l’argent en les revendant, notamment dans les réseaux de Ding Fring. Le leitmotiv ? “La misère ne se gère pas, elle se combat“. Et elle peut aussi faire place à un vrai business. Collecteurs, vendeurs, chauffeurs, trieurs : tous sortent plus ou moins de la galère et Le Relais leur offre une période d'”insertion”.

Tout a commencé dans le Pas-de-Calais, en 1984, et  de la communauté Emmaüs Artois, que de plus en plus de jeunes appellaient à l’aide. L’idée du Relais naît : réinsérer les jeunes sans qualifications, sur le modèle de l’entreprise sociale Terre de Belgique. D’abord ayant repris une entreprise de peintures, Le Relais se tourne très vite vers l’activité textile. Le premier atelier de tri ouvre à Bruay-la-Buissière, avec une centaine de salariés. C’est d’ailleurs suite à un reportage d’Envoyé Spécial sur ce site en 1992 que vient l’envie à d’autres d’essaimer le projet à travers la France. Comme quoi, la télé sert parfois à quelque chose.

Premier acteur du recyclage textile

Techniquement, au centre de tri, des hommes (et que des hommes)  éventrent les paquets donnés (il n’est pas rare de trouver des poubelles voire des animaux morts tellement les riches font parfois n’importe quoi) puis les vêtements sont acheminés par convoyeurs sur une chaine de tri, avec des postes essentiellement occupés par des femmes. Aujourd’hui, Le Relais fonctionne comme une entreprise, en intégrant entièrement la filière textile, de la collecte à la revente et au recyclage.

Avec la crise des années 2000, Le Relais a également délocalisé, comme le ferait toute bonne entreprise capitaliste, au Burkina Faso, à Madagascar et au Sénégal, car les pauvres, il y en a aussi là-bas. L’entreprise à but socio-économique a aussi innové avec le tissu Métisse®, issu de la matière textile recyclée en coton (qui n’était donc bonne que pour la poubelle) et qui sert aujourd’hui pour l’isolation thermique et phonique dans la construction de bâtiment. Une autre association a vu le jour, l’Inter-Réseau de la Fibre Solidaire (regroupant Le Relais, Emmaüs France et Tissons la solidarité), toujours au service des plus démunis.

Aujourd’hui, Le Relais est devenu le premier acteur de la filière recyclage textile en France, avec plus de 2200 emplois (dont 700 en Afrique). Près de 70 boutiques Ding Fring proposent aussi de la fripe à l’année dans l’Hexagone. Il faut se rendre au moins une fois à Bruay-la-Buissière, au siège, là où ont eu lieu plusieurs fois par an les grandes ventes, pour se rendre compte à quel point on jette tout et n’importe quoi. Là-bas, ce sont des hangars à perte de vue : un avec meubles, vaisselles et ustensiles de cuisine, un aux gros objets et à la ferraille et trois dédiés aux vêtements…

90 000 tonnes traitées en 2012

En 2012, Le Relais a traité ainsi près de 90 000 tonnes de vêtements, chaussures, linge de maison, jouet, maroquinerie, soit directement à domicile, soit par les bornes d’apport volontaire disséminées dans toute la région. Sur le total, 50% seulement sont effectivement réemployés avec 5% via le réseau des boutiques Ding Fring, 45 % partent à l’exportation des Relais en Afrique. Ayant toujours à coeur de lutter contre toutes les formes d’exclusion, Le Relais a exploré d’autres secteurs, en créant des filiales : Lyd France (peintures), Espérance et Façon Relais (conditionnement et de travail à façon), Les Toits de l’Espoir (réhabilitation de logements insalubres), Interinser (travail temporaire d’insertion). Comme quoi, y’a toujours du blé à se faire avec les trucs à jeter. 

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