DANS LE RETRO

Réflexions Par | 08H00 | 01 décembre 2014

La bière plus chère ? Le bilan de la hausse de la taxe deux ans après

C’était en octobre 2012 : l’assemblée nationale votait une augmentation de la taxe sur la bière (et seulement sur la bière), pour renflouer les caisses de la Sécurité sociale. La région comptant une trentaine de brasseurs, la levée de boucliers de nombreux députés de nos circonscriptions ne s’est pas fait attendre. Quel bilan deux ans après ?

bieres-regionales

Quelques bières régionales. Photo : Jiel Beaumadier sur Commons Wikimedias.

Non, vous ne voyez pas double : le prix de la bière a bien augmenté depuis janvier 2013. L’INSEE est sur ce point formel : là où le demi de bière s’affichait à 2,66 euros en métropole en janvier 2013, il est passé à 2,80 euros en 2014. Le responsable ? Entre autres, les taxes sur la bière, baptisées “accises”, qui ont fortement augmenté en janvier 2013 dans l’optique de récolter près d’un demi-milliard à la Sécurité Sociale.

Quel bilan deux ans après ? “Les situations sont très variables selon les brasseries”, constate Gérard Sonnet, secrétaire général du Syndicat des brasseurs du Nord. Coincidence ou pas avec la hausse de la taxe, la consommation de bière a globalement baissé de 3% en 2013. D’après  les calculs de Les Echos,  la situation était bien pire, avec un recul de 8% de la consommation, assortie d’une baisse de la production française de 10%.

Baisse de la consommation enrayée

“En 2014, les choses se sont lissées d’une certaine façon, analyse Gérard Sonnet. Heureusement que le marché soutient les bières de spécialité”. Le secrétaire général s’est réjoui notamment d’une rentrée de septembre-octobre particulièrement assoiffée, effet de soleil et de terrasse obligent. “La tendance de la baisse de la consommation de bière semble donc s’enrayer”.

Reste que l’effet de la hausse des prix a été plus ou moins bien intégré selon les brasseurs. Pour les plus petits producteurs, produisant moins de 2500 hectolitres à l’année, le constat est sans appel. “J’ai observé une baisse de ma marge à fin mars 2014”, constate Christophe Noyon, maître brasseur de la Brasserie des 2 Caps installée sur la Côte d’Opale. “La moitié de cette baisse est due à l’augmentation des accises sur la bière. Je n’avais en effet pas tout répercuté sur le prix de vente conso, ayant déjà des produits plus chers que la moyenne”.

Hausse vécue comme une injustice

Pour le chef d’entreprise, la loi n’a fait que “renforcer la perte de confiance que j’avais vis-à-vis des gens qui nous gouvernent. Nous avons besoin d’une baisse de nos charges ou au moins de stabilité. Sans cela, pas de vision, donc réduction des investissements…”. A Esquelbecq, Daniel Thiriez, de la brasserie éponyme, ne préfère plus y penser. “L’augmentation de la taxe sur la bière a bien sur été un coup dur pour notre profession, explique-t-il. Elle a été vécue comme une injustice par rapport aux autre boissons alcoolisées, en particulier le vin.” Le brasseur considère aujourd’hui que c’est de l’histoire ancienne : “Je regarde devant moi, et pas dans le rétroviseur.”

Qu’en est-il pour les plus gros producteurs de la région ? Ont-ils dû décaler leurs investissement face à cette augmentation de 160% de ces accises sur la bière* ? Nous avons posé la question à de grands brasseurs mais ni Heineken Entreprises, ni la Brasserie de Saint-Omer, ni les Brasseurs de Gayant, ni Duyck, ni Castelain n’ont répondu à notre sollicitation. “Cela reste un sujet complexe, voire même confidentiel car on touche au compte d’exploitation”, justifie Gérard Sonnet. Et dans ce milieu concurrentiel, personne ne souhaite dévoiler ses chiffres…

Bataille pas terminée

La bataille est pourtant loin d’être terminée : les brasseurs français, tout comme leurs homologues belges (qui sont également touchés puisqu’ils exportent un tiers de leur production en France), ont déposé plainte en juillet 2013 auprès de la Commission européenne pour contester cette hausse jugée discriminatoire sur le marché européen. De son côté le Syndicat des Brasseurs du Nord en appelle aujourd’hui à “une certaine sécurité fiscale” : “La bière n’est pas assez défendue : augmenter les droits d’accises de 160% met en lumière le peu de considération du métier de brasseur. Ce qui nous amène à travailler encore plus pour que l’image du bière évolue.”

*Le fonctionnement de la taxe est relativement complexe : les droits d’accises se calculent par degré d’alcool et par le nombre d’hectolitres produits. Techniquement, les députés du Nord avaient réussi à moduler la taxe, plus importante pour les gros producteurs que pour les petites brasseries.

5 Commentaires

  1. Des cadavres de Leffe pour illustrer votre article…enfin je ne suis pas sûr…elles sont vidées sur la photo? Dans tous les cas, quelle erreur tragique! Ça me choque un peu. Moi le seul liquide que j’ingurgite (sauf mes cafés du matin et lorsque je me brosse les dents), c’est la ‘luxe du moulin’ (bouchon rouge) une excellente bière de table de st Sylvestre. C’est ma contribution à la préservation du patrimoine flamand et au soutien des PME locales.

    Cela dit votre photo pose la question de l’absence des bières locales dans nombre nos cafés et restaurants… C’est un obstacle au développement touristique (surtout vis à vis des Belges). Un sujet d’enquête pour Dailynord ?

  2. Concernant les investissements évoqués dans l’article, La brasserie de st Sylvestre, connue pour la 3 Monts (près de Cassel) effectue actuellement de grands travaux. Un grand bâtiment en verre avec une nouvelle salle de brassage sera opérationnelle en juin 2015.

    http://www.lavoixdunord.fr/region/saint-sylvestre-cappel-la-brasserie-va-s-offrir-un-ia18b47670n2434622

  3. @Bissezeele : l’auteur de cette bévue a été licencié sur le champ. Et la photo remplacée !

  4. Je suis à fond avec les brasseurs! Et le vin alors c’est pas grave pour la Sécu? Ah mais oui excusez moi il existe un lobby vinicole français très important… Pff un motif supplémentaire pour rejoindre nos amis belges 🙂
    Vive les bonnes bières régionales, vive les estaminets dans lesquels ont les boit… bref vive le Nord

  5. Les brasseurs sont trop petits pour se défendre contrairement aux viticoles. C’est vrai que nous avons bien besoin de mesures matraquant l’emploi local et la sauvegarde de notre patrimoine brassicole. Si au lieu de taper il était proposer des aides ?

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