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Régionales et Départementales 2015 : Le grand souk

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 11 novembre 2014

Bigre ! Quel déchaînement ce week-end suite à l’entrefilet du Point de jeudi dernier qui évoquait une possible alliance UMP et PS pour les régionales de l’année prochaine en vue de faire barrage au Front national. De part et d’autre on balaie d’un revers de main la stratégie ainsi envisagée, trop tôt, pas question de brouiller le message à destination d’électeurs déjà passablement déboussolés. Mon billet du 24 octobre dernier pesait le pour et le contre d’une telle hypothèse qui est donc sur l’établi –  et je ne m’apesantis pas sur les sourires républicains que nos élites peuvent échanger pour essayer de comprendre. Comme me le dit un élu UMP : “ils démentent si fort et si vite que forcément ce n’est  pas faux…”. Les réactions des uns et des autres dans la presse quotidienne régionale méritent commentaires et éclairages et signifient bien l’enjeu de ces élections. Un FN de plus en plus fort, un PS en capilotade, une UMP à l’agonie, une région fort probablement agrandie, comme une répétition de la présidentielle à venir. Ca va faire du bruit. Et on n’a pas fini d’en entendre…

Gérald Darmanin, député-maire UMP de Tourcoing. Il reconnait que l’idée d’une fusion avec la gauche au second tour a éclos : “Il y en a qui sont pour la fusion avec le PS (au second tour), d’autres qui sont contre” (entretien VDN/NE du 9/11). Tout en la rejetant ! Et botte en touche vers la solution des primaires à droite. A priori réunissant les militants donc fermée. Mais les nouveaux statuts de la nouvelle UMP à venir  – à la main de Nicolas Sarkozy – pourraient obliger à des primaires locales ouvertes aux sympathisants comme il devrait y avoir des primaires ouvertes pour la présidentielle. Et là, il ne s’agira plus de convaincre militants acquis et zélés. De même, il insiste sur le renouvellement des générations en affichant les nouveaux maires issus des municipales : Roubaix, Béthune, Maubeuge,…Rappelons la pétition des nouveaux maires qu’il avait initiée pour soutenir une fusion, celle avec la Picardie – et qui avait des airs de liste pour les régionales frappée du sceau de la jeunesse. Aucune équivoque possible, il y pense.

Martine Aubry, maire de Lille. Elle en veut au maire de Tourcoing qui a renversé son protégé Michel-François Delannoy en mars dernier. Et ne perd pas une occasion de souligner son tropisme droitier. Comment imaginer qu’un Pierre de Saintignon, le candidat de Martine Aubry elle-même promue nouvelle balise d’une gauche en mal de repères, et sans qui rien ne se décide dans le Nord, et a fortiori les écologistes et les élus du Front de Gauche se rangent derrière une telle bannière avant d’affronter le scrutin même celui d’un second tour?

Marc-Philippe Daubresse, député-maire UMP de Lambersart. Candidat pour ces régionales – un mandat qu’il a rempli il y a 28 ans -, il oublie que le Nord, certes le département le plus peuplé, n’est pas le Pas de Calais et la Picardie encore moins, et que deux candidats de la métropole lilloise, lui et Gérald Darmanin, ne forment pas automatiquement le meilleur fer de lance…” Science-fiction…“, ironise celui qui s’est déjà perdu dans le dédale de ses manoeuvres quant aux conjectures déroulées par la presse.

Daniel Fasquelle, Philippe Rapeneau. Impossible de passer outre l’avis du député-maire UMP du Touquet, dans les petits papiers de Nicolas Sarkozy – il anime le team jeunes du candidat à la présidence de l’UMP- et du patron, apprécié, du groupe UMP au conseil régional. Tous deux du Pas de Calais.

L’UDI. La solution viendra peut-être du parti dont la présidence est actuellement en jeu. Philippe Rapeneau songe à Jean-Louis Borloo, l’ancien président de la formation centriste. Gérald Darmanin et Marc-Philippe Daubresse semblent être favorables à des primaires au moins militantes incluant l’UDI. Le second est un “ami” de l’ancien ministre de l’écologie. Qui s’entend bien avec…Martine Aubry.

Les départementales. L’une des clés de 2015 c’est le verrou des départementales dans le Nord. Les états-majors sont capables de faire un troc* entre, par exemple, le conseil général du Nord et la région. Le PS et la gauche sacrifient le département du Nord à la droite qui le reprend et conserve la région avec l’appui de l’UMP et de l’UDI pour contrer le FN…L’inverse est aussi possible : “Vous, les socialistes êtes dans les cordes, aidez-nous à prendre la région et à contrer le FN, vous gardez le conseil général du Nord”. On peut même embellir la corbeille de la mariée avec d’autres départements, sauf peut-être celui du Pas de Calais qui apparaît évidemment moins jouable. Sans oublier que les cantons sont redécoupés ce qui amoindrit la position des sortants, forcément moins connus par rapport à leur ancien fief. Naturellement, tout ne serait pas tout bleu ni tout rose dans l’un et l’autre cas, et on peut imaginer des cantons réservés et des places en position éligible pour l’un et l’autre camp afin de caser le plus de monde possible. Ce qui compliquerait la donne, mais semble finalement plus acceptable qu’une liste commune UMP/PS contre nature pour des régionales annoncées délicates et pousser ainsi l’électeur dans les bras du FN. Certes, mais la main invisible de l’électorat peut déjouer ces pronostics et faire exploser l’usine à gaz…et comme les régionales auront lieu après les départementales, tout serait remis en cause en fonction des nouveaux rapports de force issus du printemps 2015. Et du scenario suivi pour établir une majorité et repousser un FN dont on peut prédire la forte progression dans un scrutin majoritaire à deux tours. Surtout du côté de la droite qui sait l’alternance possible.

* Ce qui accréditerait la thèse du maintien peu ou prou des départements car à quoi bon négocier un pouvoir appelé théoriquement à disparaître ! C’est pourquoi une autre solution basée sur le troc mais entre deux régions peut également trouver preneur. J’ai déjà émis l’idée d’un “échange” – via d’opportunes abstentions voire de judicieuses apathies préméditées – entre une région Nord-Pas de Calais/Picardie abandonné à Marine Le Pen/FN par l’UMP/UDI, et une région Provence-Alpes Côte d’azur dévolue à l’UMP contre le retrait ou la bienveillance intéressée du FN (voir billet du 12 février 2014, et je pense que le retour d’un Sarkozy dans le jeu partisan de la droite ne modifierait pas fondamentalement l’équation). En PACA, pour l’UMP, un Renaud Muselier de Marseille ou un Christian Estrosi de Nice  seraient sûrement intéressés. Une opération qui se déciderait évidemment au plus haut niveau. Une chose est vraie comme le souligne Gilles Pargneaux, le premier fédéral du PS du Nord, “Il n’ y a pas d’accord secret” . Pas encore.

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