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Martine et Luc : Le patronat s’est fait doubler

Petit théâtre de Martine Aubry | Région Par | 06 novembre 2014

Il est loin le temps où notre Titine de Fer filait la parfaite idylle avec le patronat. On se souvient d’un Jean Gandois qui avait embauché la fille Delors dans le courant des années 80, comme numéro 2 de Péchiney, s’il vous-plaît. Les états de service de la jeune future ministre du travail l’avait convaincu. Martine Aubry c’était presque la caution “affaires” du PS, un bel esprit bien fait apte à réconcilier le parti de Blum avec l’entreprise, comme pour reléguer aux oubliettes le Front populaire et les 200 familles et donner ses lettre de noblesse à l’ économie, longtemps un gros mot au PS. Une sorte de Valls avant l’heure….Oserait-t-on dire deuxième gauche ? Il est vrai qu’elle ne fera pas partie du gouvernement Rocard, et préféra justement mettre en musique la partition économique d’un des fleurons industriels de la France – ainsi l’usine de Dunkerque. Plus tard, alors qu’il présidait aux destinées d’un CNPF toujours en quête – ou en retard – d’une révolution culturelle, notre grand naïf, toujours enamouré d’une Titine désormais sur le chemin du pouvoir, espérait secrètement que “sa” Martine allait vider de sa substantifique moelle ce projet impie des 35 heures qu’elle-même, il en était sûr ce bon Jean, récusait violemment en cercle fermé et portait aux nues sur les estrades électorales. Il le savait, la politique a ses raisons, et une gauche fût-elle plurielle aux manettes d’un pays si attaché à ses loisirs, pouvait cohabiter avec un patronat fût-il si réac’, d’autant plus que la croissance était au beau fixe et que les dividendes pleuvaient. L’alliance des contraires serait-elle une forme du génie français ?

Patatras ! Notre Martine numéro 2 juste après ce psycho-rigide de Jospin abandonna Monsieur le patron des patrons au milieu du gué. Celui-ci faillit se noyer dans un déluge de remontrances et hurla à la trahison comme on renie un enfant-traître. Et les 35 heures seront promulguées après une lutte homérique entre les forces dites de progrès et celles présumées de la réaction.

Alors, le “clash” entre Luc Doublet et Titine de Fer ? Cette dernière désavouant celui qu’elle avait placé à la tête du tourisme lillois savait qu’elle susciterait une réaction…définitive de la part d’une personnalité avec laquelle les rapports ont toujours été teintés d’une défiance polie sinon d’une méfiance assumée – on ajoutera que l’heure est à la rationalisation des appareils territoriaux de promotion du tourisme. Alors, mauvaise humeur pure et dure ou aubaine tactique ? Je pense que la maire de Lille, personnalité complexe, désormais sur la pente – ardue – de la reconnaissance avant celle de la conquête du pouvoir, cherche à donner des gages à un éventuel futur électorat**. Plutôt à gauche de la gauche, certes, si l’on en croit les dernières déclarations fustigeant la présidence Hollande et le gouvernement Valls. En quinze ans, Martine Aubry aura ainsi changé d’épaule son fusil politique. D’une superwoman d’entreprises qui tutoyait le CAC 40 – on se souvient de la fondation FACE, par exemple -, et c’est ainsi qu’elle s’est installée à Lille, depuis 20 ans, non sans remous d’ailleurs, elle s’est muée en Eva Péron d’une gauche en déroute et en mal de repères, presque en recours pour un quinquennat en déliquescence. Car n’en doutons pas, il y aura un troisième premier ministre d’ici 2017. Encore deux défaites électorales et c’est le locataire de Matignon qui fait ses valises. Et pas des moindres. Les départementales et les régionales se solderont par deux nouvelles défaites pour la gauche. Ayrault est tombé sur les municipales et en prévision des européennes – il sera remplacé le 31 mars. Valls boulera sur les deux suivantes. Après avoir bu l’amer calice des sénatoriales. Et comme Hollande se refuse à une nouvelle cohabitation avec la droite – d’ailleurs bien en mal de former un gouvernement – il se tournera vers ce qui était son camp avant l’épisode des frondeurs, donc cette gauche qui prétend le rester. Ceci dit, il n’est pas écrit que Madame Aubry loge à Matignon pour autant – mais qui si non elle ? Montebourg exit, Hamon probablement en piste pour le PS et la succession de Cambadélis,… Mais elle fera un pas de plus vers 2017.

* Je n’ai jamais bien compris l'”alliance” de Martine Aubry et de Luc Doublet, ce dernier recevant de la première le titre de grand chambellan du tourisme à Lille – il s’occupera aussi et avec bonheur de l’accueil des investisseurs étrangers à Lille et du financement des entreprises en croissance. Je me souviens d’un Luc Doublet, sympathique héritier et brillant développeur du groupe familial éponyme, violemment remonté contre le projet des 35 heures, porté à bout de bras par une Martine Aubry, offensive comme jamais. Une réunion d’information s’était tenue à la préfecture et on aurait pu la nommer séance de confrontation. Le gratin du patronat régional tendu comme un arc gallois à Azincourt, des chefs de PME vindicatifs comme des députés ukrainiens prêts à en découdre. Parmi eux un conseiller régional profil néo-giscardien élu sur la liste Borloo 92, plus orthodoxe ensuite, nommé Luc Doublet et qui, ancien président du club Gagnants, connaissait comme personne les arcanes du monde patronal régional – où il affrontait quelques inimitiés et sa brutale déchéance doit réjouir quelques-uns de ses pairs. Les 35 heures, l’ISF…on est loin d’un pedigree de gauche. Certes, leur vision d’une métropole européenne attractive trouve des points d’accord sinon de partage, de même leurs actions en faveur de l’emploi des jeunes. Ah oui, autre point commun, l’art contemporain et le goût des belles choses, et des bons plats… Mais en l’occurrence, c’est insuffisant pour faire un tandem. Leur différence était donc bien idéologique. Et chacun des deux y trouve son compte.

** Egalement en prévision des départementales et  surtout des régionales où le candidat déclaré Pierre de Saintignon, premier vice-président du conseil régional – et ami de Luc Doublet, aura fort à faire. La fidélité de roche de cet ancien cadre supérieur à Martine Aubry ne souffre aucune contestation. Mais la route sera encore longue d’ici décembre 2015 et il aura besoin de tout le soutien de sa Pygmalion avant d’emmener la gauche – toute la gauche ? – au combat déjà réputé ingagnable. Et Martine Aubry n’a pas dit son dernier mot. Pour elle, en tripotant son curseur politique personnel vers la gauche, il s’agit donc de polir sa propre carte de visite et de se montrer sous son meilleur profil idéologique. Y compris pour défendre les siens.

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2 Commentaires

  1. Bravo pour cet article mêlant l’humour et le sérieux et cerise sur le gâteau saluons la grande culture de celui qui l’a écrit.Ce n’est pas si souvent qu’un journaliste manie aussi bien la langue et le vocabulaire.Merci d’avoir des “plumes” de ce calibre!

  2. Je rejoins FRANKLIN, très bel article.
    Le style enlevé nous ferait presque oublié la dureté des affrontements évoqués.

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Tenu par le journaliste Marc Prévost, et dans le prolongement du livre le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, il décrypte et éclaire les coulisses de la vie politique locale et nationale et parfois aussi d’autres choses. C’est son choix !

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