REBOND DU SAMEDI

Petite histoire Par | 08H00 | 01 novembre 2014

Aux frontières, mourir n’est pas de tout repos… éternel

Alors que ces derniers jours nous abreuvent du terme ”simplification”, on est tenté de dire ”chiche” face à ce vestige transfrontalier vieux de 80 ans toujours pas enterré. L’accord de Berlin ratifié en 1937 demeure en effet toujours souverain au niveau du transfert intracommunautaire des corps. C’est le type d’accord obsolète qui vous conforte dans l’idée de mourir dans votre lit plutôt qu’à Comines-Belgique alors que vous habitez dans le versant français. Et inversement. Parce que non seulement c’est un casse-tête pour les entreprises de pompes funèbres et les familles de défunts mais en plus ça rallonge la facture. Manquerait plus que l’on repose en prêt !

Les frontières ne sont pas ouvertes pour tout le monde... en particulier les morts. Photo : Stéphane Dubromel.

Les frontières ne sont pas ouvertes pour tout le monde… en particulier les morts. Et parfois, le petit pont de Comines (notre photo) s’avère bien compliqué à traverser. Photo : Stéphane Dubromel.

C’est le JT de la Une belge  diffusé mercredi soir* qui nous a mis sur la piste de cette info loin d’être un marronnier de Toussaint. Le tout est complété par un article (de la mort, bien sûr…) de La Libre Belgique de janvier dernier () signé -ça ne s’invente pas- Gilles Toussaint (à moins que ce ne soit un pseudo, alors on peut dire que, pour la rubrique, c’est the right man in the right place).

L’intention était pourtant louable puisqu’en ce temps que les douaniers de moins de vingt ans n’ont pas connu, la question sanitaire prévalait pour les transferts d’un corps d’un pays à l’autre. Mais les temps ont bien changé, les techniques des pompes funèbres aussi.

Chère mise en bière sur le zinc

Ainsi, cette dame de nationalité belge décédée en France (voir le sujet de la Une) ne pourra, au grand dam de sa fille et selon ses dernières volontés, avoir de funérailles en l’église de Comines versant Outre-Quiévrain. La raison ? Les frais administratifs qui peuvent atteindre 500€ et donc hors de portée pour certains foyers fragiles économiquement. C’est le cas dans cet exemple de cette défunte dont les funérailles auront lieu à Comines France… à quelques centaines de mètres de ce qu’elle souhaitait pour dernière demeure. Ce cas ubuesque est également vérifiable dans l’autre sens.

On se dit alors, vive la crémation. Ben non, en cas d’incinération, les choses se compliquent considérablement.”Selon la loi hexagonale, un cercueil ne peut en effet être ouvert que dans un délai de cinq ans après la mise en bière, sauf si l’on obtient une autorisation du procureur de la République qui n’est donnée que dans les cas exceptionnels” , explique Raymond Dekimpe (vice-président de la Fédération nationale des pompes funèbres belges. Ndlr). Or, la crémation exige l’enlèvement du fameux cercueil en zinc… » (La Libre Belgique). Hé oui, à cette heure, le transfert d’un corps d’un pays à l’autre nécessite toujours un cercueil en bois doublé d’un cercueil en zinc. Si avec un tel attirail le défunt arrive encore à se sauver…

Selon la préfecture de Région, des discussions sont en cours pour mettre un terme à cette situation kafkaïenne, ce qui est déjà le cas avec l’Espagne et l’Allemagne. Il serait temps car (toujours dans La Libre Belgique) « pour éviter cette facture alourdie, certains particuliers en arrivent à traverser la frontière avec le corps de leur proche dans leur véhicule en déclarant que celui-ci est décédé pendant le voyage. » Quand un illustre Belge du nom de Jacques Brel chantait « mourir, cela n’est rien, mourir, la belle affaire » il ne pouvait se douter que cela ne s’adressait pas à tout le monde.

* Visible à partir de la 15e minute

2 Commentaires

  1. “La Libre” dit vrai, beaucoup de familles (trans)frontalières ont au moins une histoire à raconter d’un cousin ou oncle trépassé lors d’une fête de famille ou d’une virée du “mauvais” côté, dont a fait repasser le macchabée enroulé dans un tapis, ni vu ni connu. Sur le moment ça la fout vraiment mal, avec le temps on finit par en rigoler, ça renforce les liens familiaux malgré la prétendue frontière, ainsi que la saine défiance vis-à-vis des Etats, règlements et administrations. On n’est pas dans un pays de contrebandiers pour rien.

  2. Et que se passe-t-il si quelqu’un meurt sur la frontière? Ceci est largement possible comme par exemple entre la rue gaston lepers à tourcoing et la rue de la limite à mouscron.

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