Régionales et départementales 2015, quelques nouvelles des fronts

Vent de panique au PS. Certaines projections font état de près d’une trentaine de départements susceptibles d’être perdus par la gauche pour les prochaines élections départementales du printemps prochain. Dont probablement celui du Nord, fief traditionnel des socialistes, actuellement présidé par Didier Manier qui a succédé à Patrick Kanner, entré au gouvernement Valls. La droite se frotte les mains et on sait que le sénateur UMP Jean-René Lecerf songe à repartir au feu – il avait démissionné de son mandat de conseiller général pour cause de campagne municipale lilloise cette année. Mais, comme souvent en politique, l’espoir suscité provoque un appel d’air de vocations et de candidatures…

Comment empêcher Marine Le Pen de prendre la région Nord-Pas de Calais/Picardie si la fusion devient effective, et si le département du Nord bascule au printemps ? A Lille, jamais une Martine Aubry n’acceptera d’être ainsi encerclée et chargera le tandem Hollande/Valls pour porter la responsabilité de tels échecs – ce qui peut paradoxalement servir son destin à elle dans une gauche en recomposition. A gauche comme à droite, certains commencent à songer à une alliance UMP/PS, modèle front républicain – expression galvaudée, voir mes billets précédents. Au moins pour le second tour. L’addition des scores présumés des deux listes pourrait faire échec à la liste FN emmenée par MLP*. Mais pratiquement l’opération se heurte à une montagne d’objections.

1. Noeud gordien en perspective pour établir la ou les listes des candidats. Une première. Et jouer ainsi avec les traditions politiques risque de se retourner contre les apprentis-sorciers. Sans oublier les picards. Des noeuds, rien que des noeuds…

2. Comment réagiront les “alliés” du PS, qui seront partis – ou pas – en cavalier seul au premier tour ? Pas de problème pour EELV, qui suivra la direction indiquée par le PS. Mais les communistes et le Front de gauche opposeront sans nul doute un niet catégorique. Front républicain, oui, mais pas avec l’UMP estampillée Sarkozy…ou sa successeure labellisée par le même. Surtout si la nouvelle UMP, en mal de voix sur sa droite, entre en conflit direct avec le FN en prévision de 2017, donc sur le terrain des idées du FN. Une UMP trop droitisée qui ressemblerait au FN…et certains accents de la campagne actuelle de Sarkozy pour la tête de l’UMP montrent la pente suivie par ce dernier.

3. Beaucoup de choses dépendent des personnalités à la manoeuvre. Au PS, les choses semblent tourner à l’avantage de Pierre de Saintignon, candidat de Martine Aubry et de l’appareil au détriment d’un Frédéric Cuvillier, le candidat de François Hollande, le tout sur fond de rivalité entre l’Elysée et l’Hôtel de ville de Lille. A droite, départager les ambitions naissantes d’un Gérald Darmanin, décidément doué du don d’ubiquité, et qui emploie deux fers au feu (Sarkozy le chef et Bertrand le mentor) ou d’un Marc-Philippe Daubresse, sarko-copéiste frénétique en mal de second souffle, sera l’apanage de Nicolas Sarkozy, leur suzerain à tous deux**. Xavier Bertrand, député-maire UMP de Saint Quentin ne s’est pas encore exprimé, mais il ne pourra poursuivre plusieurs lièvres à la fois, en premier sa candidature à la primaire pour 2017. Ces trois noms affichent à des degrés différents autant de qualités que de défauts quant à un leadership UMP/PS/EELV. Dans l’ordre : Darmanin, Bertrand, Daubresse. Mais aucun d’entre eux n’est vraiment gaucho-compatible au point de déclencher une dynamique électorale d’alliance décisive. Darmanin, le vainqueur à Tourcoing-la-socialiste ? c’est l’inconnu, trop à droite peut-être, et Martine Aubry l’a déjà stigmatisé ainsi…Bertrand, le solitaire de l’UMP qui ne croit qu’en lui-même ? ancien numéro un de l’UMP, longtemps ministre de droite, et qui a besoin de se faire remarquer à nouveau…Daubresse, l’opportuniste jamais à court d’ambition personnelle ? trop sarkozyste, trop clivant, pas assez consensuel… Ah si ! Un quatrième nom pourrait mettre tout ce beau monde d’accord. Et revoilà Jean-Louis Borloo, figure du centre versant UDI-parti radical, qui n’a jamais coupé les ponts avec l’UMP, reste apprécié des écolos et de…Martine Aubry et peut parler avec la majorité des élus républicains de tous bords de la région. Pour les socialistes, un vrai candidat de synthèse. Bref, on tourne en rond.

4. Enfin, et c’est le plus important, comment l’électeur recevra-t-il une telle opération ? ” Une partie des électeurs habituels de l’UMP se jettera dans les bras de Marine Le Pen…”, pronostique cet élu UMP à qui je faisais part de l’hypothèse association droite/gauche. Sans compter  l’électorat FN pour qui une alliance UMP/PS est pire qu’un chiffon rouge agité devant le taureau et qui se galvanisera devant une telle affiche de l‘establishment…Dans une moindre mesure, l’électeur de la gauche de la gauche peut se reporter sur MLP, un comportement électoral désormais habituel. L’arroseur arrosé, donc.

* Un sondage – fantôme ? – donne MLP à 36%, l’UMP et le centre à 27% et le PS à 17% avec une réserve de voix EELV et FdG de 13 %. On arrive à 44 % avec une liste UMP/PS. Mais quelles synergies considérer ? Affaire de dynamique, pas seulement d’arithmétique. A quoi sert de s’allier avec l’ennemi historique si c’est pour perdre ? Un plan B consisterait pour les formations de  gauche à partir ensemble dès le premier tour pour tenter de dépasser les 30 % et négocier en meilleure position avec l’UMP et/ou le centre, toujours dans l’optique de faire barrage au FN.

** Officiellement, il n’existe pas de duel Darmanin/Daubresse. Les articles de Dailynord puis du Nouvel Obs avaient révélé l’antagonisme entre les deux hommes soucieux d’affirmer leur emprise sur la droite régionale. Darmanin avait le premier préempté le projet régional en applaudissant au projet de fusion entre les deux régions en compagnie de jeunes maires et d’élus incarnant le renouveau. Là encore Sarkozy devra arbitrer. Certainement après l’élection de l’UMP fin novembre. En attendant, et après recadrage par le patron lui-même, on serre les rangs. En tout cas, Daubresse, éclaboussé dans le scandale des notes de frais de l’UMP, très mal réélu à Lambersart, et qui fait de la politique depuis les années 70, n’a plus que des mots doux pour son jeune collègue de Tourcoing qui lui reproche d’avoir perdu l’élection imperdable en avril dernier, la conquête de la communauté urbaine de Lille-Métropole…alors que la droite avait gagné les municipales.

 

2 Commentaires

  1. Si DAUBRESSE est aussi performant pour ces élections, qu’il l a été pour ses municipales et la communauté Lilloise.
    Empressons nous de soutenir DARMANIN, ce que le Maire de Lambersart verra d’un bon œil, tant leur amitié est forte et sincere.

  2. Je viens d’avoir le dépliant publicitaire du binôme socialiste candidat dans notre canton, (on ne peut pas parler de profession de foi quand ça contient tant de mensonges et de promesses non tenues). Eh bien le logo du PS est absent. Ils en ont honte apparemment, serait-il devenu un repoussoir à électeurs ? Si ils veulent vraiment battre le FN annoncé à + de 26 %, source : http://www.juristique.org/actualite/sondages-suisses-belges-elections-departementales-2015 , pourquoi ne le sont-ils pas sous leurs couleurs ? Ça sent l’hypocrisie à plein nez …

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