TRANSFRONTALIER

Réflexions Par | 07H45 | 06 octobre 2014

Pour passer la frontière, préférez la voiture

Le département du Nord partage toutes ses frontières septentrionales avec la Belgique. Pourtant, passer d’un pays à l’autre en transports en commun relève d’un véritable parcours du combattant. 

Les barrières de douane sont ouvertes… pour les voitures. Photo : Stéphane Dubromel.

Trente minutes de trajet pour une vingtaine de kilomètres. Rallier Mons en Belgique depuis Maubeuge n’a a priori rien d’insurmontable. Si vous êtes en voiture. Parce que si vous êtes un utilisateur de train, vous pouvez bloquer une partie de votre matinée : 2h28 en partant à 6h56 selon le site Voyages-SNCF ! Un bug du moteur de recherche ? Non, il faut d’abord se rendre à Lille-Flandres en une heure, patienter une dizaine de minutes, puis reprendre un train vers Mons pour arriver 1h10 plus tard ! Si vous êtes lève-tard, l’aventure peut même durer plus de trois heures comme en témoigne notre recherche.

C’est encore pire si vous voulez aller d’Hazebrouck à Ypres, distantes également d’une quarantaine de minutes dans votre fidèle guimbarde. Là, le moteur de voyage de la SNCF vous répondra d’abord par la négative. Impossible d’aller dans la jolie cité flamande. Mais comme on vous la fait pas, vous trouverez l’astuce de vous-même. Il vous faut d’abord réserver un Hazebrouck-Courtrai sur le site Voyages SNCF, qui se passe en deux temps : 6h26-6h59 d’Hazebrouck à Lille ; 7h08-7h39 de Lille à Courtrai. Là-bas, vous utiliserez une borne SNCB (l’équivalent de la SNCF belge) pour réserver votre dernier billet, départ à 7h50. Arrivée…à 8h20 Soit deux heures de transports, deux changements, pour plus d’une vingtaine d’euros, sans compter le temps de déplacement de la gare au domicile ou au travail…

Hors de la métropole, point de salut ferroviaire

Vous l’avez compris : on a beau vivre dans une région frontalière… vouloir passer de l’autre côté quand on n’habite pas la métropole lilloise (ce qui concerne tout de même une grande partie du département) ou Paris (le comble !) relève du parcours du combattant en train. Ce n’est pas faute d’avoir eu à un moment donné les infrastructures ferroviaires nécessaires. Sur les vieilles cartes des réseaux de chemin de fer, on trouve une dizaine de passages frontaliers équipés d’un réseau de chemin de fer : un seul en Flandre maritime certes (Dunkerque/Adinkerke), mais trois dans la métropole lilloise (ainsi que celui du TGV), deux dans le Valenciennois, deux dans le Maubeugeois et un dans l’Avesnois.

Seuls deux passages frontaliers sont encore en activité pour les voyageurs : Tourcoing-Courtrai, Baisieux-Tournai dans la métropole lilloise. Certaines lignes servent encore – ou devraient servir de nouveau – pour le transport de marchandises, comme Valenciennes-Mons. D’autres ont carrément été détruites. Ainsi, entre Comines-France et Comines-Warneton, deux communes uniquement séparées d’un pont, les deux gares ne sont plus connectées depuis belle lurette par rails… Entre Dunkerque et la Panne, le passage à niveau frontalier vient d’être enlevé la semaine dernière, travaux qui devaient avoir lieu ce printemps (relire notre article : entre Dunkerque et Adinkerke, l’Europe la joue à l’envers), une décision indignant les militants d’une réouverture même si les trains ne circulaient plus non plus depuis des années. « Ces lignes ont fermé ces quarante dernières années, reconnaît Dominique Plancke, président de la Commission Transports au Conseil Régional du Nord – Pas-de-Calais. Elles servaient aux travailleurs, qui aujourd’hui, prennent la voiture. »

Et en bus alors ?

Evidemment, on a regardé les lignes transfrontalières de bus. Enfin, les lignes de bus qui rallient la frontière d’un côté ou de l’autre. Car encore une fois, étrangement, peu de bus passent d’un côté ou de l’autre. Entre Dunkerque et La Panne, c’est possible, une fois l’heure. De Maubeuge à Mons, ça le fait… mais il faut changer de bus à Goegnies-Chaussée à la frontière. Pour le néophyte, trouver les bonnes correspondances entre les bons opérateurs vire rapidement au casse-tête : il faut savoir quel est l’opérateur en France, puis ensuite en Belgique.

Là encore, la métropole tire à peu près son épingle du jeu avec la ligne MWR (Mouscron-Wattrelos-Roubaix) par exemple : « elle fonctionne bien“, note Dominique Plancke. Qui en profite d’ailleurs pour adresser un petit tacle aux râleurs de tout poil : “Je veux bien qu’on réclame des lignes transfrontalières, mais rien que dans la métropole où vous avez du métro, du bus, du train, regardez la Voie rapide urbaine : elle est toujours pleine“. Un point pour lui.

Pas de besoin, pas de ferroviaire ?

Faut-il pour autant crier au scandale ? Le propos est à nuancer. Certaines lignes mériteraient certainement d’être réétudiées : un passage en Flandre à Dunkerque par exemple,- un autre dans le triangle Maubeuge-Valenciennes-Anor, estime Dominique Plancke. Mais les flux de travailleurs ne sont pas si importants que cela, décrypte Adela Spulber, de la Mission Opérationnelle Transfrontalière : « Ce qui est absurde du côté de l’usager ne l’est pas forcément du côté des collectivités. Pour rétablir des lignes, il faudrait une demande, qui, aujourd’hui, n’est pas établie par nos outils de mesure. » Outils perfectibles, reconnaît-elle, car il est difficile de mesurer l’intention des personnes si-éventuellement-peut-être des lignes étaient rétablies. Reste qu’à la frontière franco-belge, il y a beaucoup de travailleurs, certes, mais des flux assez diffus, à la différence d’une ligne de démarcation franco-suisse où là les infrastructures de transports ont dû suivre le mouvement. « Il y a du monde pour le Lille-Tournai et le Lille-Courtrai, ajoute Dominique Plancke. Mais ailleurs dans la région, lors des comités de ligne, on ne peut pas dire que la demande de lignes transfrontalières soit très forte. »

Faire déjà des efforts sur l’harmonisation de l’existant et les informations

D’ailleurs, pour nos deux interlocuteurs, avant l’infrastructure, les efforts devraient déjà se porter ailleurs : sur l’harmonisation européenne et l’information à destination des usagers. Saviez-vous par exemple que vous pouviez voyager gratuitement avec vos vélos en France… mais pas dans les trains belges ? Et inversement, vous devrez payer pour votre animal de compagnie en France et non de l’autre côté de la frontière ? « La normalisation n’est pas faite, note Dominique Plancke. On a réussi à gommer un peu les problèmes de tarifs avec Trampoline il y a quelques années, mais il y a encore des efforts à faire au niveau de l’information ». La MOT est d’accord avec le constat, elle qui a un marché public avec la Préfecture pour identifier les obstacles à la coopération transfrontalière : « le gros point identifié est vraiment d’améliorer l’information. Combien connaissent justement Trampoline ? » Ben oui, combien ?

Un peu plus de DailyNord ?

2 Commentaires

  1. Bonjour,

    bravo pour cet article. Dans le même ordre d’idée, j’ai essayé de faire Metz – Lille par Charleville samedi, départ à Metz 7 h 04, arrivée à Lille Flandres à 12 h 25, 5 h 20 de voyage après deux changements (un à Charleivlle, le second à Hirson), et un arrêt de 14 mn à Aulnoye-Aymeries.

    Et encore c’est le meilleur scénario, il faut souvent 2 h d’attente à Charleville. Le covoiturage a de beaux jours devant lui.

    Le souci c’est qu’on ne sait plus ce qu’est un réseau ferré : d’un côté des trains avions, de l’autre des réseaux régionaux.

    A bientôt

    Vincent

  2. Je rejoins Vincent, très bon article effectivement. Après c’est dur de dire qui de l’offre ou de la demande changera la donne. Mais il faut faire avec la situation au cas par cas.
    Exemple: l’agglomération lilloise est un gros pôle d’attractivité qui “s’auto-suffit” alors qu’à Maubeuge, j’en veux pas à cette ville, mais aller à Mons c’est un autre niveau (démographique, commercial…) quand même.
    Pour les bus c’est vrai y faut connaitre un minimum le réseau TEC (ou De Lijn) mais ça se fait.

    En tout cas c’est sur, c’est plus partir à l’aventure qu’en voiture. C’est encore pire avec les villes de taille moyenne. Pour imager je dirai qu’aller par exemple de Saint-Amand-les-Eaux à Mons en voiture on a l’impression juste de passer dans la ville d’à côté alors qu’en transport en commun, pas de partir à l’autre bout du monde, mais presque…

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