Martine Aubry et le ministère de sa parole

“Assez de discours, des actes !”, a-t-on envie de lui dire. A gauche on aime disserter sur l’avenir. Le camp du progrès comme il aime à se définir est aussi celui des idées. Ou était celui des idées. Faut-il voir dans les quatre pages d’entretien avec Martine Aubry dans le JDD – par ailleurs fort intéressantes, un vrai programme de gouvernement mais aussi la confrontation de deux conceptions de la social-démocratie, la “hollandaise” et la “lilloise” – une sorte de piqûre de rappel de ce que devrait être la gauche en 2014 à partir de ses grands fondamentaux* ? Car, depuis dix ou quinze ans, sous les assauts successifs d’une certaine intelligentsia de droite (de Huntington à Buisson, un peu comme si Louis Pauwels, le druide de la droite réac d’ il y a trente ans, avait presque gagné), le camp d’en face a avancé ses pions sur l’échiquier idéologique, jusqu’à remporter quelques victoires sur le champ de bataille des idées et de l’opinion. Contre-offensive, alors ?

Le tempérament de la maire de Lille ne la porte pas au blitzkrieg. Le diesel est sa marque de fabrique. La cyclothymie son carburant. Elle qui avait mis haut la barre de ses ambitions sait que rien ne se fait dans la précipitation ni sans corpus théorique. Et, par goût et formation, l’ancienne dauphine de Pierre Mauroy prise le débat intellectuel et dispose de pas mal d’atouts pour briller sur le terrain des idées. Sa motion-contribution en gestation sobrement mais fortement intitulée “Pour Réussir” témoigne de ce pragmatisme de haute volée qui la caractérise. Le texte, opportunément paru en prévision des états généraux du PS, séduira-t-il au delà des limites du clan déjà passablement étoffé ? Pour l’heure, quelques parlementaires l’ont signé, et pas des moindres. Une véritable chambre d’écho pour les frondeurs du Palais-Bourbon dont Aubry veut organiser le mouvement sans en apparaître le numéro un. Son absence des travées de l’AN la sert pour une fois. Influence, on vous dit. Car ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’une pré-motion à valoir sur le prochain congrès du PS, ce parti qu’elle a dirigé pendant trois ans avec tant de difficultés et de tensions. Martine Aubry est bien revenue au gouvernement, le sien. Au ministère de la parole, la sienne. Ni recours, ni retour. Alors, tout çà pourquoi faire ?

Empêcher Manuel Valls de mettre la main sur le parti. Au moins sur la machine à idées qui ronfle dans l’antichambre d’une formation friande de débats et de symboles. Et, de fait, l’empêcher de se positionner pour 2022, la véritable échéance du premier ministre qui espère d’ici là convertir le PS à sa social-démocratie après, pourquoi pas, un quinquennat dans l’opposition suite à la défaite d’un Hollande ou d’un autre en 2017. Une gageure que de passer de ses 5,6 % à la primaire de 2012 à une majorité de congrès, et prendre le PS par sa droite . La perspective d’un rassemblement avec le centre de François Bayrou, par exemple – serait une vraie révolution !  Le social-libéralisme en marche selon Valls. Bref le “blairiser” à la sauce française. Ou comme cet autre hidalgo de Zapatero l’avait fait pour le PSOE espagnol. Comme un air de troisième gauche. Du New Labour au nouveau PS dont il avait déjà proposé de changer le nom. Ce que la patronne du parti d’alors avait balayé d’un revers de main en indiquant le chemin de la sortie à l’insolent. Une certaine Martine Aubry. Valls vs Aubry. Voilà peut-être le grand duel de ces prochaines années au sein du PS et au delà.

Si ce n’est elle, qui alors ? Et là c’est le vide. Ségolène Royal, l’ennemie intime, sûrement pas. Valls, Hollande, non plus. Trop de pommes de discorde, trop de sang, trop de rancoeurs. Visiblement, l’après-Hollande est commencé selon elle. Najat Vallaud-Belkacem, alors, le grand espoir rose ? On n’ose y croire. Arnaud Montebourg, le garnement qui défie Hollande, alors qu’il lui avait baisé la babouche à la primaire pour faire battre…Aubry ? Plus improbable que plausible. Mais pour qui roule-t-elle ? Personne ne met en doute l’abnégation ni le sens de l’Etat de l’ancienne ministre de Jospin. Alors, pour personne. Si notre Titine de Fer roule pour quelqu’un c’est pour elle. Mais attention à ne pas tourner en rond, l’opinion, encore indulgente à son égard, pourrait se lasser. Nuire pour nuire ne fait ni un programme ni un projet ni un challenge. “Je suis candidate au débat d’idées“, martèle celle qui a succédé à Pierre Mauroy à Lille, et qui ne sait pas comment se débunkériser de cet hôtel de ville. C’est un début, mais le début de quoi ? Pour l’instant, les observateurs doivent s’en contenter**.

 

* La gauche ce sont des idées. La droite, des intérêts. Ce qui était vrai au XX ème siècle l’est-il encore aujourd’hui ?

** Sur le plan local, l’année 2015 sera cruciale. La gauche et le PS peuvent perdre les départementales dans le Nord et les régionales, au profit de la droite dans le premier cas, du FN dans le second. Martine Aubry, qui déclare ne pas être candidate, regarde évidemment les choses avec attention et inquiétude car la foire d’empoigne n’est pas encore close dans son propre camp. Bigre ! se retrouver ainsi cernée dans son hôtel de ville n’est guère réjouissant et résonne comme un échec, surtout si l’on nourrit quelque ambition. Comment tirer les ficelles d’un jeu explosif sans y laisser des plumes en cas de malheur ?

1 Commentaire

  1. Aubry en tant que ministre du travail a laissé les travailleurs exposés à l’amiante pendant des années pendant que tout le reste de l’Europe avait pris des précautions.
    Les bastions socialistes dans le Nord sont des foyers des affaires louches comme le grand stade.
    Faut arrêter de vous faire mener en bateau l’UMPS chaque fois Nordistes

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