RÉPONDEZ-NOUS, M. LE MAIRE

Réflexions Par | 05H00 | 07 octobre 2014

Frédéric Chéreau, Douai : «Les disputes stériles ne servent à rien quand le territoire est en jeu »

Frédéric Chéreau est un homme d’exception : il est le seul candidat socialiste des trente principales villes de la région (plus de 20 000 habitants) à avoir ravi une mairie à la droite en 2014, pendant que les défaites du parti à la rose s’accumulaient (Roubaix, Tourcoing, Saint-Omer, Maubeuge, etc). Quelques mois après sa prise de fonctions, dans le cadre de notre série d’entretiens avec les nouveaux maires, interview d’un « jeune » élu (il a 39 ans) qui souhaite aller loin… mais sans se presser.

Retrouvez tous nos entretiens avec les nouveaux maires (Patrice Vergriete à Dunkerque, Olivier Gacquerre à Béthune…) par ici.

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Le nouveau visage du maire de Douai. Après 31 ans de règne, Jacques Vernier ne se représentait pas. C’est le socialiste Frédéric Chéreau qui a remporté la mairie. Photo : DailyNord

DailyNord : Vous êtes la star des socialistes régionaux : le seul à avoir repris une ville d’importance (plus de 20 000 habitants) dans un contexte de berezina socialiste en mars. Qu’en retenez-vous en y repensant ?

Frédéric Chéreau : Ça nous a mis du baume au coeur, car ce n’était pas une partie de plaisir… On a vécu une soirée paradoxale en commençant par l’euphorie. Mais une fois le champagne reposé, quand nous nous sommes intéressés aux autres résultats régionaux, ça a été la douche froide. Perdre autant de villes comme Maubeuge, Hazebrouck, Saint-Omer, Tourcoing, Roubaix, à quelques voix près… C’est dommage car le bilan des maires sortants était bon. Le contexte national a joué pour beaucoup. Mais les socialistes regagneront ces villes.

DailyNord : A Douai, qu’est-ce qui vous a fait gagner ?

Frédéric Chéreau : Le contexte était différent. Il y avait le départ de Jacques Vernier, après 30 ans de mairie, donc il laissait un vide s’installer, tout le monde était challenger. Les deux listes de droite ont passé beaucoup de temps à s’affronter, avant de se rabibocher pour le second tour, ce qui n’a pas plu aux électeurs. Pendant ce temps, nous avons fait, je pense, une bonne campagne avec des idées, sans petites phrases. On a toujours essayé de proposer un débat de fond. La fusion avec les communistes au second tour s’est aussi bien passée.

Frédéric Chéreau en quelques mots

Le maire de Douai, né à Paris, a été élu à 39 ans, soit au même âge que Jacques Vernier à l’époque. Père de deux enfants, il a pris sa carte au parti socialiste en 2003, mais la décision remontait « au 21 avril 2002 à 20h » (quand Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour de la Présidentielle). Membre du Conseil National Socialiste, du Conseil Fédéral, conseiller régional, chef de file de l’opposition socialiste à Douai depuis 2008, il a été chef de projet web au conseil général du Nord, avant d’être attaché territorial dans une agence dépendant du Conseil Régional. Il est aujourd’hui en détachement.

Vernier « n’est pas mon père spirituel » !

DailyNord : Votre victoire a dû faire plaisir à Jacques Vernier (l’ancien maire, UMP, Ndlr)… En tout cas, aujourd’hui, vos relations ont l’air plutôt bonnes ?

Frédéric Chéreau : Jacques Vernier ne souhaitait pas particulièrement ma victoire, il ne faut pas exagérer. Aujourd’hui, oui, nous nous rencontrons de temps à autres, notamment parce qu’il est au Conseil Régional et peut porter des dossiers douaisiens. Nous sommes également allés voir Christiane Taubira (Garde des Sceaux, Ndlr) avec lui et Marc Dolez (député Parti de Gauche, Ndlr). Il n’est plus maire, mais sur plusieurs dossiers politiques sensibles, son expérience est intéressante. Mais contrairement à ce que j’entends parfois, ce n’est pas mon père spirituel et je ne suis pas tout le temps d’accord avec lui !

DailyNord : Vous l’aimez bien quand même : il y a quelques jours, vous avez décidé de baptiser un nouveau parc du nom de Jacques Vernier. En vous attirant les foudres de l’opposition, son ancienne majorité !

Frédéric Chéreau : J’ai été extrêmement surpris de la réaction véhémente de l’opposition. Ce parc, c’est Jacques Vernier qui l’a créé, c’est son oeuvre. Tout n’est pas à jeter dans son bilan, il a quand même été élu cinq fois par les Douaisiens. Il a marqué l’histoire de Douai. On ne doit pas faire table rase du passé.

DailyNord : Finalement, c’est dans la droite lignée de la politique douaisienne. Jacques Vernier et Marc Dolez, ça a toujours plutôt bien fonctionné malgré les divergences politiques. Pourquoi ne s’écharpe-t-on pas plus à Douai ?

Frédéric Chéreau : C’est un modèle de fonctionnement qui s’est installé. Le Douaisis a souffert. Il y a eu le choc des mines, tout ce qui a suivi, on doit aujourd’hui se serrer les coudes pour avancer. Les disputes stériles ne servent à rien quand le territoire est en jeu. On peut mettre les étiquettes de côté.

Député dans les années 2020 ? En tout cas, en réflexion pour les régionales 2015

DailyNord : On a souvent parlé d’un deal entre Jacques Vernier et Marc Dolez : “A toi la mairie, à moi la députation”. Prendrez-vous la succession de Marc Dolez à l’Assemblée Nationale ?

Frédéric Chéreau : La députation m’intéresse beaucoup… mais pas tant que je suis maire. Oui, c’est quelque chose auquel je pense. Pour plus tard, car en 2020 je compte solliciter un second mandat de maire : il faut du temps pour mener à bien une politique.

DailyNord : Vous vous opposez donc à ceux qui estiment qu’être député en même temps que maire permet de mieux représenter les intérêts de sa cité au plan national ?

Frédéric Chéreau : Oui. Maire d’une grande ville, aujourd’hui, c’est un travail à plein temps, surtout si on s’investit dans la communauté d’agglo. Je tiens à y être, à connaître les dossiers.

DailyNord : Et les élections régionales ? En tant que rare vainqueur socialiste, votre image pourrait être intéressante pour la liste de la majorité sortante…

Frédéric Chéreau : Pierre de Saintignon (tête de liste socialiste déclarée, Ndlr) m’a demandé de participer à sa campagne, ce sera difficile de lui dire non. Beaucoup de gens me font signe également. Donc, je suis en réflexion. En revanche, si j’y vais, je ne prendrais ni vice-présidence, ni présidence de commission (en février, lors de la campagne des Municipales, Frédéric Chéreau avait pourtant déclaré ne pas se représenter, voir cet article de La Voix du Nord, Ndlr).

DailyNord : Ce seront des élections difficiles…

Frédéric Chéreau : Oui. Nous sommes dans une phase politique très inquiétante. Les socialistes ont perdu la compréhension des Français et n’arrivent pas à expliquer le monde. Pendant ce temps, le FN propose un énorme mensonge qui marche auprès des Français. A nous de leur faire comprendre que ce n’est pas la solution.

Socialiste avec la maxime d’un monarque

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Un smartphone dans une main, une rose comme parti, mais une maxime de roi de France. Photo : DailyNord.

DailyNord : Si vous étiez député à l’heure actuelle, vous seriez frondeur ?

Frédéric Chéreau : Je serais un député loyal, mais je donnerais mon opinion.

DailyNord : Laquelle ?

Frédéric Chéreau : Je rejoins Martine Aubry considérée à tort comme une frondeuse. Le gouvernement a raison sur deux points. Il faut faire une politique de l’offre, car ça nous permet de gagner de l’argent. Si on n’exporte pas, on va s’appauvrir. Par ailleurs, il faut maîtriser la dette et les déficits. Mais, on peut être plus offensif sur la politique fiscale et il faut faire attention à ne pas trop tailler dans les dépenses, car on tue nos atouts. Il faut une politique fiscale plus redistributrice, être plus offensif sur la tricherie et la fraude fiscale.

DailyNord : On a l’impression que Frédéric Chéreau n’est pas un homme pressé, malgré votre jeune âge…

Frédéric Chéreau : Je ne pense pas que l’on soit obligé d’être trop pressé, de prendre une ville d’une manière très offensive. Il y a beaucoup d’impatients dans la région, notamment à droite. Moi, comme Daniel Percheron, je préfère m’inspirer d’un personnage historique : Louis XI. Il disait que si le rapport de forces n’était pas favorable, il fallait prendre le temps de le construire, de le préparer, pour le saisir au bon moment.

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« Casser cette image de Belle endormie »

DailyNord : L’un des grands axes de votre programme, concernait un plan de relance d’un centre-ville en mauvaise posture. Où en êtes-vous ?

Frédéric Chéreau : Le 17 octobre, mon premier adjoint présentera le plan de bataille en conseil municipal. En juin, nous avons fait une opération test d’animations sur tous les week-ends. Ça a très bien fonctionné. L’animation est l’un des axes forts de notre plan. Il faut mieux animer des moments clés comme Noël ou le mois de juin. Il faut également des animations plus légères tout au long de l’année. Je me rends compte que les gens ont envie d’agir, que ce soit les cafés ou les associations. Tout ne doit pas être suscité par la mairie, mais nous pouvons les accompagner. Il faut communiquer autour de ça, afin de mieux valoriser l’image de Douai et casser justement cette image de Belle endormie.

DailyNord : Quels sont les autres axes de ce plan de relance du centre-ville ?

Frédéric Chéreau : Il y a la circulation et le stationnement. Pas question de bouleverser tout le plan de circulation, mais il faut y aller de façon progressive. Par exemple, il y a un gros travail à faire sur les parkings. Dans le centre-ville, celui de la Galerie du Dauphin n’est utilisé qu’à 50% de ses capacités. Idem pour ceux de la fac, du cinéma. Nous devons mieux les indiquer, offrir aussi aux gens la possibilité de rejoindre le centre-ville plus facilement depuis ces parkings.

Enfin, il va y avoir un travail de fond sur l’urbanisme commercial. Jacques Vernier s’était beaucoup occupé des friches industrielles, moi, je souhaite résorber les friches commerciales en centre-ville. Nous envisageons de prendre la maitrise de certains bâtiments pour la rénovation avant de les proposer de nouveau aux commerçants. Il faut aussi sensibiliser aux étages : les premiers niveaux des commerces sont parfois abandonnés, alors que ce sont des surfaces intéressantes.

DailyNord : Rapprocher les citoyens des élus faisait aussi partie de votre programme, à l’instar de nombreux candidats dans la région. Vous prôniez la mise en place de conseils de quartiers. C’est fait ?

Frédéric Chéreau : Dix conseils de quartier de dix à vingt personnes chacun ont été mis en place en juin et vont démarrer réellement cet automne. L’important est que ça débatte. Que les citoyens s’expriment sur l’aménagement. Ce ne sont pas des conseils municipaux bis, mais ça doit permettre d’améliorer les projets par une information descendante, de la mairie vers les citoyens, mais aussi remontante, du citoyen vers la mairie. C’est aussi dans ce cadre qu’en 2015, pour la révision du PLU, nous souhaitons associer le public, afin qu’il participe à la vision de Douai en 2030.

DailyNord : Enfin, vous aviez promis un audit financier…

Frédéric Chéreau : Il a été fait en mai et juin, nous avons le résultat pour préparer le plan pluriannuel d’investissements. Les finances sont dans un état correct, mais avec la baisse de dotations de l’Etat, il va falloir faire des choix. Il y aura des priorités à identifier, on ne pourra pas tout faire. Nous avons deux séminaires sur le sujet en octobre et en décembre, avant de présenter le tout en janvier en conseil municipal.

DailyNord : Un dernier mot, sur la place de Douai au sein de l’agglomération. Vous vous êtes plaint d’une faible représentativité de Douai dans l’exécutif de la Communauté d’agglomération du Douaisis, pourquoi ?

Frédéric Chéreau : Le président Poiret (maire de Lauwin-Planque, Ndlr) a fait le choix de composer l’exécutif selon le poids de la représentation des groupes politiques plutôt que de la taille des communes. Les groupes majoritaires (Alliances et apparentés non inscrits, Menid non inscrits dans ce cas, Ndlr) ont décidé de ne pas présenter d’élu douaisien. J’aurais pourtant voté pour Françoise Prouvost (chef de file de l’opposition)… Résultat, je suis le seul élu alors que si on avait pris le ratio en terme de population dans l’agglomération, Douai aurait dû en avoir quatre. Notre ville représente tout de même 28% de la population… C’est selon moi une faille du législateur, qui a fait en sorte de représenter les communes les plus modestes dans les exécutifs d’agglomération, mais n’a pas prévu de nombre d’élus plancher pour les villes-centres (la CAD défend son positionnement dans son magazine communautaire, page 4, La Voix du Nord détaille également le mode d’élection par là, Ndlr).

1 Commentaire

  1. Dans l’ensemble, les projets de notre maire me semblent bons. Quelques réserves cependant et quelques absences.
    a) Je crains qu’il ne se rende pas assez compte de l’urgence à modifier le plan de circulation de telle façon que de chaque porte, l’on puisse facilement gagner le centre ville et aussi que la rue de Bellain et la rue de Paris soient dans le même sens.
    b) Il existe une tendance de fond : les personnes âgées souhaitent de plus en plus demeurer en centre ville; cela suppose qu’un effort soit fait sur les points suivants.
    – une circulation automobile simplifiée (plan de circulation)
    – des parkings plus accessibles
    – ne pas essayer de faire marcher à pied ou de rouler à vélos des personnes qui ne le peuvent plus
    c) un mot sur les zones piétonnes dont des études faites à l’étranger, notamment en Allemagne, montrent qu’elles ne favorisent pas le petit commerce, surtout lorsque celui-ci vend des marchandises pondéreuses. Il est préférable de créer des rues à circulation lente avec de larges trottoirs.
    d) Des amis, notamment une architecte (Delphine Prouvé, petite fille du grand Jean Prouvé), sont venus me voir et je leur ai fait découvrir – découvrir est le mot – la merveille architecturale qu’est Douai, ancienne capitale du Sud Brabant, ses édifices anciens mais aussi les constructions nouvelles et la parfaite intégration de ces dernières aux autres, respectant le passé flamand de notre ville. Savez-vous que personne en France ou presque ne connaît Douai, ses hôtels patriciens, la Scarpe et ses canaux afférents ? Un effort pour développer le tourisme culturel à Douai ne serait-il pas à faire ? Un festival culturel sur un sujet à trouver ne pourrait-il être créé ? Je viens se Lorient : pensez à l’essor et au renom que donna à cette ville de la taille de Douai son festival interceltique !

    Merci de votre attention. Il va sans dire que malgré mon âge et mes faibles moyens, je suis prêt à m’impliquer dans tout projet destiné à mettre en valeur notre belle ville !

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