NORD ET PAS-DE-CALAIS

Réflexions Par | 07H00 | 08 octobre 2014

Didier Manier et Michel Dagbert, deux nouvelles têtes qui ne voudront pas tomber

Un nouveau président pour le Conseil Général du Nord, un nouveau président pour le Conseil Général du Pas-de-Calais. Le compte est bon et rare : en quelques mois, la même année, les deux collectivités ont changé de tête. Mais qui sont Didier Manier et Michel Dagbert ? Eléments de réponses.

Michel Dagbert Didier Manier

Samedi, Michel Dagbert (à gauche) et Didier Manier (donc, à droite si vous suivez) étaient invités sur le plateau de La Voix est libre. Capture d’écran : France 3 Nord – Pas-de-Calais.

Le fait est insolite. Mais les deux nouvelles têtes du paysage politique régional éclosent simultanément cette année. Michel Dagbert et Didier Manier ne sont pas des perdreaux de l’année. Ces deux quinquagénaires  – ils ont le même âge, 52 ans – président désormais aux destinées de deux importants conseils généraux. Celui du Pas de Calais et celui du Nord. Des assemblées et des institutions cruciales – pour la vie publique, d’abord – pour le parti socialiste qui a toujours mis en avant sa longévité dans ce type d’institutions et dont certains brandissent l’étendard des conseils généraux comme Napoléon à Austerlitz. Une emprise confirmée, donc. Mais la tâche risque d’être contrariée par la réforme territoriale amorcée et le vent de nouveauté qui balaie les départements*. Alors ? Deux chefs nouveaux pour une disparition programmée ? Deux patrons politiques promus croque-mort de leur propre établissement ? L’avenir proche répondra.

Didier Manier, pur produit de l’appareil socialiste nordiste

Didier Manier est un pur produit de l’appareil socialiste du Nord. De la fac de droit à la mairie de Villeneuve d’Ascq, il n’y avait qu’un pas. Que notre jeune natif franchit avec la foi des ambitieux. Un profil qui ressemble à s’y méprendre à celui de son prédécesseur, Patrick Kanner, tout nouveau ministre de la ville dans le gouvernement Valls et à peine plus âgé. Ce dernier poursuit une carrière lilloise quand le premier tente le sort à Villeneuve d’Ascq. Mauroy pour Kanner. Caudron pour Manier. Des tutelles pesantes, certes. Mais aussi une férule stimulante. Avec Gérard Caudron, mentor sourcilleux et colèrique, maire de Villeneuve d’Ascq depuis 1977, Didier Manier apprend la politique. Et ce qui devait se produire arriva. En 2008, les électeurs auront le choix entre Gérard Caudron, revenu du diable vauvert où l’avait relégué un Jean-Michel Stiévenard roué et appuyé par un certain Pierre Mauroy, et un Didier Manier qui roulait pour son compte, allié au maire sortant. C’est Gérard, tout de revanche affiché qui retrouvera son fauteuil majoral. 2014 : on dit que les deux hommes, désormais associés dans la joute municipale, ont enterré la hache de guerre. Mais ils n’ont sûrement pas oublié où…car la dévolution de Monsieur Gérard est annoncée mais pas réglée.

Succession plus paisible au conseil général du Nord. Didier Manier connaît l’établissement sur le bout des doigts, ses grands et petits secrets…qui se sont empilés sous la séquence Bernard Derosier, son tutélaire prédécesseur dont il reprit le fils, dont la nomination avait été désavouée, sous son aile protectrice à lui au sein de Partenord (une info DailyNord, déjà à l’époque). Elu sur le canton de Villeneuve d’Ascq-Nord depuis 1998, immédiatement – cas assez rare – hissé vice-président, il fait ses classes. Et acquiert une solide expérience dans le domaine du logement social (outre Partenord, organisme d’HLM du département, il préside Lille métropole habitat, celui de Lille Métropole). Proche de Laurent Fabius, les grands mouvements politiques nationaux qui agitent la scène des socialistes le propulsent presque naturellement suppléant d’Audrey Linkenheld élue à l’Assemblée nationale en 2012 sur la circonscription de Bernard Derosier, l’ancien manitou du conseil général. Etiqueté fabiusien tendance aubryste, Didier Manier n’a quasiment aucun mal à se poser en successeur du ministre de la ville. Et quand les départements appartiendront à l’histoire, que fera notre jeune loup ? Son pedigree l’autorisera probablement à retenter sa chance à l’hôtel de ville de Villeneuve d’Ascq.

 Michel Dagbert ou les équilibres littoral-bassin minier

Celui qui prend les rênes du conseil général du Pas de Calais est certes dans la même posture que son collègue du Nord. Maire de Barlin depuis 2002 – il vient de démissionner -, ancien aide-soignant, adhérent aux jeunesses socialistes dès l’âge de 16 ans, pétri de cette culture ouvrière et minière, Michel Dagbert affiche pas mal de points communs avec un Dominique Dupilet, son prédécesseur, certes de composition plus tertiaire, qui a préféré se retirer sur son Aventin parce que l’idée de la suppression des départements ne lui plaisait guère. Les inextricables problèmes financiers non plus. C’est l’histoire du PS du Pas de Calais, l’un des plus fournis en militants de France, qui lui fournit l’opportunité de s’asseoir dans le fauteuil de président. Dupilet, homme du bord de mer – il a été maire de Wimereux – devait ainsi donner l’alternance à une personnalité du bassin minier et de l’intérieur des terres, qui plus est vice-président du conseil général. Après tout, la fédé a raisonné ainsi cette année qui a élu un Yann Capet du Calaisis pour remplacer l’arrageoise Catherine Génisson. Drôle de jeux croisés qui font les délices des stratèges de parti.

Présidents jusqu’à quand ?

En tout cas les deux nouveaux patrons à la tête d’administrations brassant des milliards d’euros ont un sacré challenge à relever. Celui de garder à gauche de tels colosses et ce dès le printemps prochain, date des premières élections départementales. Puisque le mode de scrutin a été sensiblement modifié, et surtout devant les grandes difficultés de la gauche au plan national,…rien n’est écrit.

* L’argument d’une métropole lilloise qui absorberait tout ou partie des compétences du département du Nord dans le droit fil d’un scenario à la lyonnaise est bien sûr réfuté par le principal intéressé. “C’est un accord entre deux personnalités politiques“, explique Didier Manier, en faisant référence à l’UDI Michel Mercier et le socialiste Gérard Collomb qui ont ainsi rapproché leurs deux collectivités, conseil général du Rhône et communauté urbaine du Grand Lyon pour donner naissance à la métropole du Grand Lyon (janvier 2015).

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