ENQUÊTE

Réflexions Par | 07H45 | 15 septembre 2014

Quelles sont les recettes des parcs d’attractions pour résister au mastodonte Disneyland Paris?

Deux décennies après son ouverture, Disneyland Paris a-t-il tué la concurrence des parcs d’attraction régionaux ? On en est loin. Entre le Parc Astérix qui fête ses 25 ans en Picardie (on fusionne déjà les régions du côté de DailyNord), Bagatelle à Merlimont, Dennlys Parc à Dennebroeucq, ou encore Plopsaland à la frontière belge, chacun semble tirer son épingle du jeu. Mais qu’est-ce qui différencie un parc d’attractions d’un autre ? Comment les régionaux de l’étape font-ils pour résister au mastodonte Eurodisney ? Comment attirer chaque année plus de visiteurs ? Comment augmenter leur taux de satisfaction ? Des questions essentielles que nous avons posé aux gérants de ces parcs. Enquête dans les grands Huit, mais la tête à l’endroit.

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L’une des dernières attractions de Bagatelle, le Triops. Ou un argument pour attirer le public. Photo : Stéphane Dubromel.

« Un univers de poésie, de beauté et un univers d’humour (…). Je crois que ça peut être un lieu idéal de rencontre entre l’histoire, la culture, l’environnement, le jeu, la découverte et puis le plaisir d’être ensemble. » Mais qui donc parlait en ces termes élogieux du parc Astérix, en 1989, au moment de son inauguration à Plailly dans l’Oise ? Jack Lang, rien que ça. Un Ministre de la Culture qui se déplaçait pour l’ouverture d’un parc d’attractions, et oui !

Un quart de siècle plus tard, Pascal Fliche, directeur général du parc situé à une quarantaine de kilomètres de la Tour Eiffel, se plaît à rappeler cette anecdote à ses interlocuteurs. Car elle sert bien sûr l’image que veut donner le parc des Gaulois qui attire chaque année entre 1,6 et 1,9 millions de visiteurs : un lieu où l’on s’amuse certes, mais un endroit où l’on apprend, où l’on découvre. « Dans notre rue de Paris, on découvre les métiers d’artisans à travers l’Histoire de France : les verriers, les ébénistes, les forgerons. Dans le delphinarium, on en profite pour délivrer un message écologique. Nous avons à la fois une vocation culturelle, pédagogique et historique. » Un discours certes très marketing, mais qui montre bien que dans les parcs d’attraction, on a cessé depuis longtemps de ne vendre que des… attractions.

L’important, c’est l’identité

Tous nos interlocuteurs le reconnaissent d’ailleurs, de Plopsaland en Belgique à Bagatelle à Merlimont ou Dennlys Parc à Dennebroeucq : dans un monde où les attractions se ressemblent peu ou prou entre les différents parcs, l’important, c’est une identité, une thématique forte. Un axe fort de Plopsaland, que l’on découvre à l’entrée de La Panne, la station balnéaire belge préférée des Nordistes, où l’on insiste même sur le côté « parc à thème plutôt que parc d’attractions ». « Les attractions font partie chacune d’un univers, celui des dessins animés de notre maison-mère, Studio 100 (un studio de production de dessin animé belge, qui a repris le parc en 1999). Vous avez Maya l’abeille, le Lutin Plop ou Vic le Viking, décrypte Samia Moujane, chargée du marketing. A chaque fois, pour découvrir une attraction, il faut donc se plonger dans un nouvel univers. Pour sortir du lot, il faut absolument un univers bien identifié. C’est indispensable pour la réussite d’un parc ». Et donc raconter une histoire, selon le terme anglais du storytelling.

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A La Panne, à la frontière belge, Plopsaland se définit comme le “Disney” belge. Photo : Stéphane Dubromel.

Mais aussi de claquer des millions

Autre élément indispensable pour la réussite de son parc d’attractions : la nouveauté. Pour chacun des parcs de la grande région même si aucun ne boxe dans la même catégorie (1,7 millions visiteurs au parc Astérix, 1 200 000 pour Plopsaland, 300 000 pour Bagatelle, 180 000 pour Dennlys), ni n’a le même public (certains se dirigent plus vers les enfants, la famille, d’autres vers les adolescents), la nouveauté est l’autre clé du succès. Tous les ans, tous les deux ans, tous les quatre ans, selon les cas, chacun investit des centaines de milliers, voire des millions d’euros pour faire revenir le chaland. « Il faut clairement des têtes de ponts pour attirer le public, confirme Vincent Timpani, directeur de Bagatelle. Depuis 2012, nous avons le Triops, une attraction unique en Europe sur le principe de montagnes russes inversées, qui nous permet de faire revenir les clients et d’attirer un nouveau public. » Du lourd, mais aussi du moins lourd : cette année, Bagatelle, qui avait investi deux millions d’euros dans cette attraction, l’a joué plus modeste, mais plus varié : un nouveau spectacle, un bateau pirate, une petite roue pour les plus petits, des auto-tamponneuses aquatiques et le retour des animaux qui avaient disparu du parc en 2005. Du côté de Plopsaland, qui a ouvert un espace consacré à Maya l’Abeille il y a peu, un nouvel espace aquatique est en train de sortir de terre. A Astérix, on affirme que la nouvelle attraction, Osyris, inaugurée en 2012, est un succès. Tandis que du côté de Dennlys Parc, on a cassé la tirelire pour La Vigie, une tour de 40 mètres de haut, d’où les aficionados chutent désormais bien accrochés… mais en douceur, pour ne pas effrayer les plus jeunes. Et autour de ces nouveautés, il faut évidemment communiquer jusqu’à plus soif, reconnaît sans ambages Sébastien Vandebeulque, de Dennlys Parc. « Communiquer sur ces nouveautés est indispensable pour attirer de nouveau les gens dans notre parc. »

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Le Parc Astérix, le champion des parcs d’attraction de la “grande région”. Photo : Stéphane Dubromel.

Troisième argument expliquant succès de nos parcs régionaux : le niveau de satisfaction.

Car si l’investissement dans les nouveautés et la thématisation font beaucoup, les parcs sont soumis depuis quelques années à une rude concurrence que l’on imagine pas forcément de prime abord : les multiples offres à destination des enfants et des adolescents que peuvent être internet ou les jeux vidéos. « Les modes de vie ont changé : c’est clairement une nouvelle concurrence », note Pascal Fliche d’Astérix. Le niveau de satisfaction est donc essentiel pour maintenir le parc au plus haut niveau, faire fonctionner le bouche-à-oreille et faire revenir les clients. Chacun use alors de ses armes, selon sa taille et ses moyens. Astérix mise par exemple sur les applications smartphones maison connectées au wifi dans les files d’attente pour que celles-ci paraissent moins longues. Bagatelle et Dennlys Parc jouent sur le prix de leurs entrées (23,9 euros en haute saison pour Bagatelle, 15,5 euros pour Dennlys) tout en assurant qu’à l’intérieur, pas question de matraquer le porte-monnaie sur la restauration pour que cette sortie reste familiale. Sous-entendu pendant que dans les grands parcs, une journée en famille se chiffre en centaines d’euros… Différentes astuces qui permettent de comprendre pourquoi les parcs régionaux continuent à se développer malgré la présence du mastodonte Disneyland Paris en région parisienne depuis deux décennies. Un grand méchant loup d’ailleurs le parc américain ? « Au contraire, Disney a tiré le monde des parcs d’attraction vers le haut, répond avec honnêteté Vincent Timpani, le directeur de Bagatelle. Nous avons tous été obligés de nous adapter et de faire mieux, et différent. » Et tout le monde en profite.

A lire également :  le portrait des Crunelle, l’une des rares familles encore à la tête d’un parc d’attractions, à Dennebroeucq.

2 Commentaires

  1. Plopsaland dans les parcs régionaux ? Notre président a t’il envahi la Belgique dans la nuit pour récupérer l’autre moitié de la Flandre et du Hainaut ?

  2. @Lensois : vous n’êtes pas au courant ? Plus sérieusement, le parc étant frontalier et attirant beaucoup de Nordistes, il nous paraissait légitime comme interlocuteur.

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