REPORTAGE

Réalités Par | 07H15 | 09 septembre 2014

On a pris la navette de Lille jusqu’au Louvre-Lens

Tous les samedis de l’été, une navette a permis aux touristes et curieux de tout poil de quitter Lille pour Lens le temps d’une journée. Le but ? Visiter le Louvre-Lens bien sûr mais pas seulement : cette navette incite à découvrir la ville autour, l’un des enjeux de développement touristique majeur autour du musée.  Samedi 30 août, c’était la dernière de la saison. DailyNord a voulu tester cette petite escapade d’une journée en pays minier.

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L’Apollo en face de la gare de Lens. Désolé, prendre cette photo était trop tentant.

11h. Le départ est prévu face à l’Office de tourisme, dans le centre de Lille. Nombre de personnes dans le bus de vingt-sept places : huit… Et un retard pour commencer à cause d’un petit cafouillage : le chauffeur n’est pas certain du nombre de personnes à embarquer. Il aimerait voir arriver un hypothétique responsable. Peine perdue. Dans l’habitacle, ça rit déjà jaune : « On va y aller à pied », plaisante Jacqueline, lilloise retraitée venue pour la journée avec son amie Annick. « Ça paraît très amateur comme organisation, je déteste l’amateurisme… », grogne Jean-Claude, comédien venu de la région parisienne avec sa compagne. Quelques sièges plus loin, deux amies, Monique et Marie-Thérèse, attendent patiemment de voir comment la situation évolue. Elles aussi viennent de la métropole lilloise. Vingt minutes plus tard, le bus démarre.

“Souriez, vous êtes à Lens”

12h. D’un office de tourisme… à l’autre. À l’arrivée, l’office de tourisme de Lens-Liévin tient à chouchouter son public du jour. Le groupe est reçu avec un verre de jus de fruit et de nombreux dépliants et guides touristiques de la ville… Le tout offert dans un petit sac en papier estampillé d’un joyeux « Souriez, vous êtes à Lens ». Avant la visite de 13h30, c’est quartier libre, et donc l’occasion tout sourire (on suit les instructions) de déambuler à son rythme dans les rues commerçantes… Bon sauf que ce n’est pas génial : les commerces sont certes ouverts, mais les rues sont désespérément désertes.. pour un samedi. Pas de difficulté pour trouver de quoi manger, ni prendre un café,  même si une grande partie des restaurants listés dans le guide de la ville ne se trouvent pas à proximité de l’office du tourisme. A la fin de la pause déjeuner, un avantage saute aux yeux : à Lens, on peut boire un très grand café pour 2,20€ seulement. Bien loin des prix lillois.

L’histoire de Lens, en trois quarts d’heure

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14h15. Après une visite de Lens, arrivée au musée du Louvre-Lens, le but de la journée.

13h30. C’est l’heure du départ pour une rapide visite du centre ville, guidée. On y apprend qu’à Lens, seules neuf maisons sont restées debout après la Première Guerre Mondiale. Du coup, la visite patrimoniale démarre aux années d’après-guerre et à la reconstruction.  Le style flamand y côtoie l’architecture Art-Déco… à commencer par la gare, inédite avec sa forme de locomotive à vapeur, réalisée par l’architecte Urbain Cassan en 11 modules, maintenus par des vérins hydrauliques. Un rapide aller-retour dans son hall, au milieu des voyageurs perplexes, permet d’admirer l’ensemble de fresques qui ornent le haut des murs… Mosaïques à base d’ocre, de gris et de beige, ces œuvres de l’artiste Auguste Labouret, proche du cubisme, racontent la région : l’industrie, les mines, le chemin de fer… Marquant, il faut le reconnaître.

En face de la gare, la guide nous indique ce qui fut dès les années 30, la plus grande salle de spectacle au nord de Paris : L’Apollo. Si le nom est toujours inscrit sur la façade blanche, le bâtiment Art Déco fait toujours grise mine, en l’attente éternelle d’une rénovation. Rue de la Gare,  deux maisons à l’architecture typique sont situées aux 29 et 31. On s’attarde un peu sur le fer forgé d’un balcon et un toit en pointe typique de l’architecture balnéaire de l’époque… Au rez-de-chaussée du n° 31, une boutique de chaussures en cessation d’activité. Devant l’hôtel de ville, l’élément intéressant, c’est le patchwork de maisons qui encadrent la place Jean-Jaurès. Après la guerre, chacun a eu le droit de reconstruire selon ses désirs, ce qui donne un étonnant mélange de styles. Il y a toutes les tailles, des façades jaunes, vertes ou roses… L’une des plus spectaculaires est ornée de mosaïques dans les tons rose et bleu : elle est dédiée à la ville de Limoges. Un coup d’oeil au rez-de-chaussée encore : le commerce a également mis la clef sous la porte. Pas de chance.

Pourquoi cette navette ?

Pour le second été d’affilée, l’office de tourisme de Lille, celui de Lens-Liévin et l’entreprise Sélectour Afat Génération Voyage se sont donc associés dans ce concept de navette entre Lille et le Louvre-Lens, le samedi. Une offre bien plus globale que Lens d’ailleurs : la société de voyages en propose également d’autres : « Notre partenariat existe sur plusieurs produits, par exemple nous proposons également un tour des champs de bataille de Flandre… On essaie d’avoir une offre importante pour que les gens prolongent leur séjour à Lille”, confirme Marc Delannoy, chargé du tourisme réceptif chez Selectour Afat Génération Voyage.

Concernant Lens, l’affaire devrait être reconduite l’an prochain : « On a annulé deux cars seulement cette année, c’est beaucoup moins que l’année précédente. En moyenne, nous avons eu 10 à 15 personnes par semaine sur 27 places disponibles. Les gens sont ravis. Nous devons encore faire le bilan de la saison mais c’est une démarche qui est dans notre logique commerciale, la formule mérite d’être reconduite en l’état »

Difficile tout de même de savoir si cette opération permettra à Lens d’attiser la curiosité des visiteurs pour les faire revenir dans ses rues… Et pour ceux qui se laisseraient tenter, la navette touristique n’est peut être pas la solution la plus économique avec son tarif de 29€ la journée. La SNCF propose quant à elle des billets à 8€ en moyenne, le tout accompagné d’une navette gratuite à l’arrivée pour qui souhaite se rendre au Louvre Lens.

14h05. Le bus récupère le groupe devant l’église, direction le Louvre-Lens à 2 kilomètres de là. Sur le chemin, c’est aussi l’occasion de finir le « city-tour ». La guide indique la Maison syndicale, créée suite à la catastrophe de Courrières, les imposantes demeures anglo-normandes des grands industriels de la région, situées dans une rue que l’on surnomme depuis « la vallée des rois » et enfin, les grands bureaux de la Société des mines, reconstruits par le Lillois Louis-Marie Cordonnier.

14h15. Arrivée au musée, que la plupart découvrent pour la première fois, tandis que d’autres, comme Annick, sont déjà presque des habitués. La visite est libre et gratuite mais pour ceux qui souhaitent voir l’exposition temporaire payante,  il faudra rajouter 9 euros aux quelques 29 euros déjà déboursés pour le transport et la visite. Le groupe s’éparpille, chacun a ses priorités entre collection permanente, visite guidée des réserves et les deux expositions temporaires : “Les Désastres de la guerre” ou “30 ans d’acquisitions en Nord-Pas-de-Calais” . Comme le départ est prévu pour 16h45, difficile de tout faire. Mais comme DailyNord assure, nous sommes parvenus à faire les deux expositions temporaires et vous conseillons particulièrement “Les Désastres de la guerre“. Si notre avis éclairé vous intéresse.

Bilan : sans surprise, la ville de Lens au second plan

16h45. Retour dans le bus… dans la bonne humeur. La conversation s’engage dans le groupe. Jean-Claude est intarissable sur le Louvre-Lens « J’ai trouvé ça extraordinaire ! Ça a mieux continué que commencé ». Après sa visite des réserves du musée, il a juste trouvé le temps trop court. « Je ne suis pas déçue, s’exclame Marie-Thérèse, c’est quand même intéressant de voir des œuvres de cette importance sans aller à Paris ».

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Bilan de l’opération : les quelques touristes en navette ont adoré le Louvre-Lens. Ils saluent aussi les efforts de l’office de tourisme local, même si…

La visite de Lens passe quelque peu au second plan… il faut dire que personne n’était venu pour ça. Le fossé entre la cité administrée par Sylvain Robert et son tout nouveau musée se confirme. Quand on demande aux participants s’ils reviendront, les sourires sont un peu gênés. « Honnêtement, il n’y a rien à voir à Lens », assène Annick, tout en admettant son envie de revenir au Louvre local plus régulièrement. « La visite de Lens, c’était un petit plus inattendu, poursuit Jacqueline, c’est sûr que ce n’est pas la ville qui m’attire pour les vacances. Si je reviens au musée, pourquoi pas me promener un peu en ville s’il fait beau… Mais si c’est pour les monuments, j’irai plutôt à Arras. » Jean-Claude, quant à lui, s’est pris d’intérêt pour l’histoire de la ville, « il n’y a pas énormément de choses à voirmais c’était intéressant, je ne savais pas qu’il ne restait que neuf maisons après la guerre. J’ai vécu quatre ans à Lille et je n’étais jamais venu jusqu’ici. ». Pas question pour autant de brocarder l’initiative volontaire de l’office de tourisme : « J’aimerais bien revenir prendre des photos des façades des maisons, nous dit Monique. C‘était bien d’avoir cette introduction historique et nous avons été très bien accueilli au syndicat d’initiative, ce n’est pas toujours le cas .» C’est déjà ça.

5 Commentaires

  1. Bonjour Daily Nord !

    Bravo pour cet article. Super interessant. Je ne suis pas surpris par la dure réalité de la ville de Lens. Je vis à Avion juste à côté. Je vais souvent à Lens… à la boulangerie. Mais je travaille à Lille. Alors les samedis shopping ou detente, je le fais souvent à Lille. C’est certain qu’il n’y à rien à faire à Lens. C’est triste à dire mais tous les commerces ferment, il n’y à pas de grosses plus-values à Lens. C’est sur il y à de quoi manger, boire mais pas grand chose pour se distraire.

    Le constat est dur mais il est bien réel. Maintenant, le tourisme à Lens c’est tout nouveau. Il faut leur laisser le temps, mais je trouve vraiment que les élus (de gauche soit dit en passant mais c’est un autre débat) ne font rien pour que la ville se dynamise. J’espère juste qu’à un moment donné, ils se bougent le c** et osent des choses pour que la ville et tout l’arrondissement se réveillent !!! Il y à un gros potentiel mais ça ne va pas être évident…

  2. Damien, on est à la quatorzième année du 3e millenaire . Quel est le plus gros projet à Lens ? Bollaert bien entendu et pour 70 m€ de fonds publics. Autour de Bollaert, c’est le desert. Aucune zone d’activité, ce qui contredit les illusions de M Bays, deputé du coin qui avance des milliers d’emplois qui seraient créés par le nouveau Bollaert. Jamais ces allegations de retombées economiques dues à la construction d’un stade de foot n’ont été démontrées par une enquête independante.Il suffit d’aller faire un tour à Valenciennes et à Lezennes pour le verifier. Flop total et sans bavure. Pire, à Lens, la propagande du foot business dans la tragi comedie qui se joue sous nos yeux ne suscite même pas de reaction de la part des habitants . Encephalogramme plat. Même les Verts ont subi le lavage de cerveau car ils tiennent à leurs mandats. Ils ont voté le projet au titre que le “foot etait un atout culturel à Lens”, ce qui laisse à penser..

  3. Je suis du coin, je suis supporter du Racing depuis tout petit. Et je militerai toujours pour dire qu’il n’y à pas que le foot à Lens. Du moins c’est ce que je dis car en fait, il n’y à que ça. Et tu as raison, ils nous ont vendus du rêve. Ils nous ont vendus des emplois à gogo, une nouvelle économie. Bref, il n’y à rien. La preuve, ce sont tous les projets en Stand-By. L’apollo comme ennoncé dans l’article, l’hotel près du Louvre. Que font les gens d’EuraLens ? Bref, je te donne raison. Mais mon cœur laisse à penser qu’il faut du temps pour se créer une nouvelle dynamique touristique. Mais de nos jours, tout doit aller très très vite.

  4. Quand on a vécu à Maubeuge, Lens c’est bien. Y a toujours pire!

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