RÉPONDEZ-NOUS, M. LE MAIRE

Réflexions Par | 07H45 | 08 septembre 2014

Olivier Gacquerre, Béthune : “Je suis partisan d’une stratégie avec le Douaisis, l’Arrageois et le Lensois”

Quand Jacques Mellick a pris pour la première fois la mairie de Béthune, Olivier Gacquerre (UDI) avait… un an. Trente-sept ans plus tard, c’est l’enfant du Mont-Liébaut (un quartier populaire de la cité de Buridan) qui est désormais aux commandes, avec deux anciens maires de Béthune dans l’opposition. Dans le cadre de notre série d’entretiens avec les nouveaux maires des grandes villes de la région (retrouvez le premier volet il y a quelques semaines avec Patrice Vergriete à Dunkerque), interview.

Retrouvez tous nos entretiens avec les nouveaux maires par ici.

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Olivier Gacquerre, le nouveau – jeune – maire de Béthune. Jacques Mellick a été élu la première fois quand il avait… un an. Photo : DailyNord.

DailyNord : Il y a beaucoup de travaux en ce moment à Béthune (interview réalisée le 28 août, Ndlr). Une manière d’imprimer votre marque ?

Olivier Gacquerre : Ces dernières années, ce qui caractérisait Béthune, c’était son immobilisme. Il y avait une absence de décisions, des processus très long. Oui, il y a beaucoup de travaux. Il fallait marquer notre arrivée et faire ce que nous avions promis. D’avril à juillet, l’adjoint aux travaux a signé 169 interventions de travaux. Nous avons remis en place le service des encombrants, le service antitags, nous rénovons les trottoirs, les 72 kilomètres de voirie n’avaient pas été entretenus. La signalétique globale est aussi à revoir.

La circulation sur la Grand’Place : une décision rétrograde… “pour les bobos”

DailyNord : Votre première décision a été de rétablir la circulation autour de la Grand’Place…

Olivier Gacquerre : C’était une discussion depuis des années. On a voulu agir et rétablir la circulation. L’idée était aussi de ramener du calme et de la confiance.

DailyNord : Mais vous avez bien noté que vu de l’extérieur, cette décision apparaît quelque peu rétrograde ?

Olivier Gacquerre : Oui, pour les bobos… Béthune est une ville-centre. Il n’est pas forcément facile d’y accéder en transports en commun depuis les alentours. La voiture est un moyen de transport indispensable aujourd’hui. Si les gens vont plus facilement vers les grandes surfaces, c’est aussi qu’ils peuvent se garer facilement. Ils veulent être proches de leur commerce. Mais n’exagérons rien : nous sommes dans une zone de rencontres où le piéton reste roi. C’est une première mesure, réclamée par les commerçants, mais qui précède une réflexion bien plus globale sur le sens de circulation dans le centre-ville, avec des sens uniques, une partie de parking, une partie paysagère, une partie pour les manifestations. La vision globale est en réflexion. Il n’y a rien de rétrograde à tout cela. Au contraire, nous ne sommes pas pour les idéologies marquées : ni le tout-voiture, ni le tout-piéton. Il y a un juste milieu. Et si j’estime qu’il faut revenir en arrière, je le ferai. Je n’aurais même aucun mal à le faire.

Fiscalité, trop-plein d’agents en mairie…

DailyNord : Quand nous avions interviewé le candidat Front National, Ludovic Pajot, pour les Municipales (il a été élu depuis unique représentant frontiste au sein du conseil, Ndlr), il pointait un nombre d’agents municipaux supérieur à la strate de la ville. Etes-vous d’accord avec ce constat ? Qu’allez-vous faire ?

Olivier Gacquerre : C’est plus compliqué que cela. Béthune a en effet 25 000 habitants et 800 équivalents temps plein, mais elle a des équipements d’une ville de 80 000 habitants, héritage de l’époque Jacques Mellick. Ces bâtiments et équipements, il faut bien les entretenir. Donc, il est difficile de raisonner uniquement en strate. Néanmoins, il y a des ajustements à faire : il y a trop de cols blancs pour pas assez de cols bleus. Le service technique a été déshabillé et ne représente que 20 à 25% des effectifs. Il y a une mauvaise occupation des personnels à redéfinir. Mais cela passait d’abord par les postes à responsabilité : nous avons changé de directeur des services techniques (il s’agit de Frédéric Geiger, ex-directeur au SIVOM, Ndlr) et le Lieutenant-Colonel Jérémie Degrande, qui était au SDIS, vient de prendre ses fonctions en tant que directeur général des services. Ce sont de nouveaux profils qui vont nous apporter beaucoup. Toujours dans une triple idée : si l’usager est bien servi, les employés sont heureux et les élus satisfaits.

DailyNord : Béthune n’échappe pas au casse-tête de la fiscalité…

Olivier Gacquerre :  A cause d’un endettement trop important et d’une fiscalité punitive, les classes moyennes quittent Béthune. Cette dernière risque de devenir alors une commune à deux vitesses. Ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas. J’ai pris l’engagement pendant ma campagne de diminuer la part communale de 15% pour les deux taxes, foncière et d’habitation. Ceci dans un contexte difficile de réduction de la dotation globale de fonctionnement (NDLR: attribué par l’Etat) de 450 000 euros, de baisse des ressources fiscales et de charges supplémentaires dues à l’application de la réforme des rythmes scolaires.

DailyNord : Autre gros dossier pour votre prise de fonctions : le festival les Z’Arts Up. Vous n’en voulez plus ?

Olivier Gacquerre : Non, je n’ai jamais dit ça. Quand nous avons pris nos fonctions, nous nous sommes rendus compte que le contrat n’était toujours pas signé. Ça représentait tout de même 225 000 à 240 000 euros, on a demandé des précisions sur les frais de mission, de logements, etc. Et surtout, nous voulions que la communauté d’agglomération, Artois Comm’ (présidée par le socialiste maire de Bruay-la-Buissière, Alain Wacheux), prenne sa part. Au final, nous avons maintenu, il n’était pas question d’annuler, mais dès 2015, ce sera différent : la Ville organisera directement le festival, sans passer par le portage de Culture Commune.

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Olivier Gacquerre l’assure, dans son bureau, sous le regard de Marianne : sa majorité ne va pas exploser. Photo : DailyNord.

 A quand l’explosion de la majorité ?

DailyNord : Vous aviez été élu en 2007 au terme d’une alliance avec Stéphane Saint-André. L’alliance n’a pas fait long feu. N’avez-vous pas peur que votre premier adjoint, Pierre-Emmanuel Gibson (UMP), avec qui vous vous êtes entendus au second tour (Olivier Gacquerre fait partie de l’UDI, Ndlr), en fasse de même ?

Olivier Gacquerre : Notre majorité est très solide. Nous avons gagné ensemble sur des idées communes, autour de l’emploi, l’embellissement de la ville et l’éducation. Cette fois-ci, ça ira, car nous avons rétabli le débat, la démocratie interne. Avec Pierre-Emmanuel Gibson, nous avons cette volonté de travailler ensemble. J’ai pris quelques jours de vacances en août, même si j’étais connecté, je lui ai confié sans aucune appréhension les clés de la mairie. On se parle au quotidien.

DailyNord : Dans votre conseil municipal, vous avez deux anciens maires, mais aussi un élu FN. Comment ça se passe ?

Olivier Gacquerre : Avec Jacques Mellick, c’est très constructif. Il m’arrive d’ailleurs de le consulter sur des dossiers. Ludovic Pajot (FN) a ses positions, mais il est ouvert au dialogue. C’est plus compliqué avec Stéphane Saint-André, qui a un groupe explosé. Il est transparent, n’a jamais rien fait pour la ville… Il a même refusé de m’accueillir dans son bureau pour la passation de pouvoirs.

DailyNord : Ça veut dire que vous allez tenter de lui reprendre la circonscription ?

Olivier Gacquerre : Oui, on va lui reprendre. On ne le voit nulle part. Mais ce ne sera pas moi : je suis maire et président du SIVOM (33 compétences, 23 communes), donc, c’est largement suffisant.

Un axe fort pour lutter à armes égales avec la métropole lilloise

DailyNord : Vous faites partie de cette jeune génération de maire au même titre que Patrice Vergriete à Dunkerque, Frédéric Chéreau à Douai, Guillaume Delbar à Roubaix, Gérald Darmanin à Tourcoing, Arnaud Decagny à Maubeuge, tous vainqueurs en mars. On pourrait y ajouter Frédéric Leturque à Arras, Sylvain Robert à Lens. Qu’apporte ce renouvellement selon vous dans la vie politique ?

Olivier Gacquerre : Déjà, je trouve dommage que l’on juge les gens sur leur âge. Mais il y a en effet une évolution de génération, je pense : avant, on dépensait, et on voyait s’il y avait des recettes l’année d’après. Enfants de la crise, nous sommes plus gestionnaires et avons compris que les amortisseurs, sur lesquels nos prédécesseurs se reposaient, ne vont plus exister bien longtemps. On n’a pas de réseaux, mais des carnets d’adresses. Je me suis rendu compte notamment de ça sur le plateau de Véronique Marchand de France 3 où nous étions invités avec Patrice Vergriete et Guillaume Delbar : on a certes des divergences politiques, mais on se retrouve sur beaucoup de points. Et je pense que cette génération raisonne plus en logique de territoire.

DailyNord : Comment raisonner en logique de territoire ?

Olivier Gacquerre : Béthune est l’une des rares villes en France qui a été évincée de l’exécutif de son intercommunalité, en l’occurrence Artois Comm. Le même phénomène s’est produit avec Béziers, Angoulême, etc. Moi, je suis partisan d’une stratégie commune avec le Douaisis, l’Arrageois, le Lensois pour être suffisamment important et discuter avec Lille. On s’est d’ailleurs rencontré avec mes homologues il y a quinze jours.

DailyNord : Comment Béthune peut-elle tirer son épingle du jeu là-dedans ?

Olivier Gacquerre : On doit se tourner vers le numérique par exemple. Béthune a beaucoup d’atouts : le TGV, l’autoroute, la voie d’eau, peut-être un jour le Canal Seine Nord, un pôle technique reconnu. Il faut défricher et bâtir. pas pour que l’on se rappelle de nous, je m’en fiche, mais pour Béthune. On pourrait bâtir un pôle numérique derrière la gare. Tout ça, je vais aller l’expliquer à Michel Dagbert, président du Conseil Général du Pas-de-Calais et à Daniel Percheron, président de Région. On doit pouvoir avoir une déclinaison locale des projets de Rifkin et de la Troisième Révolution industrielle. C’est indispensable pour un territoire où le chômage est fort. La fracture sociale de Chirac, moi, aujourd’hui je la vois.

DailyNord : C’est-à-dire ?

Olivier Gacquerre : J’ai reçu 350 demandes d’emplois en six semaines ! Dont des jeunes qui n’ont pas de permis, ne sont pas mobiles… Il faut adapter les formations aux possibilité de Béthune : pourquoi un lycée de production ? Une école de la seconde chance ? Il faut des formations pour les locaux, un garage social est déjà en projet.

DailyNord : L’eau peut-elle être au coeur du projet ?

Olivier Gacquerre : Le Canal Seine-Nord pourrait doper le port fluvial. Mais on pense à développer un pôle de l’eau autour de la réparation de bateaux, pourquoi pas un centre de bien être, pourquoi pas un centre de recherches autour de l’eau potable. Nous avons de véritables atouts.

DailyNord : Ce sont donc quelques-unes de vos recettes pour propulser Béthune dans le Top 10 régional, l’un de vos axes de campagne ?

Olivier Gacquerre : Je suis en tout cas persuadé que ce sont les territoires, comme le nôtre,  qui vont impulser le changement dans le pays, loin des débats stériles et des élus parisiens qui l’empêchent d’avancer.

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2 Commentaires

  1. Qu’il ne compte pas trop sur le canal Seine Nord… tarte à la crème des elus du 59/62.

  2. L’hyper-centre uniquement pour les piétons (et quelques exceptions de voitures pour personnes à mobilité réduite) pour moins de bruit, ce n’est pas que pour les bobos et je m’en explique avec les exemples allemands, scandinaves : une réflexion globale qui rentrerait dans le projet de la troisième révolution industrielle de Rifkin (qui alerte par rapport au réchauffement climatique et la contrainte des énergies fossiles).

    https://dailynord.fr/2014/08/apres-bethune-la-voiture-revient-aussi-sur-la-grandplace-de-roubaix/

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