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Petite histoire Par | 07H30 | 03 septembre 2014

Nouvelles bouffes (1) : reportage dans un food truck, le nouvel “eldorado” de la métropole

Il n’y a pas que les friteries dans la vie. Dans le Nord – Pas-de-Calais, depuis deux ans, les baraques d’antan ont de nouveaux compagnons : les food trucks. Cette nouvelle forme de restauration se multiplie. Dans le cadre d’un dossier consacré aux nouvelles tendances culinaires dans la région, nous avons embarqué à bord de l’Effet Gourmet. 

Cet article fait partie d’un dossier “Nouvelles Bouffes”. Retrouvez les autres volets. 

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Elles sont deux et n’arrêtent pas. Chaque jour, Candy et Anastasia installent leur food truck dans la métropole pour rassasier les salariés. Photo : Stéphane Dubromel.

Un lundi de juin, 11h. Un camion noir, flambant neuf, s’installe sur le parvis Euratechnologies, le fameux parc des nouvelles technologies. Sur cette immense place, entourée de bâtiments en briques, il est l’unique food truck qui va rassasier les salariés ce midi. A l’intérieur, deux femmes ont déjà revêtu leurs tabliers noirs. Anastasia peaufine l’installation du midi. Elle dispose les “Fins gourmets”, soit les desserts du jour et salades diverses. La petite vitrine de L’Effet Gourmet prend forme. A côté, la carte s’affiche : au menu, burgers bacon, campagne ou encore végétarien. L’offre « Le gourmand » est composée d’un burger, d’une part de frites et d’un dessert. Celle du “Gourmet” « Le gourmet » est plus raisonnable : pas de sucrerie.

Pendant ce temps, Candy s’active dans la cuisine de petite taille du camion. Elle sort les légumes, les épluche, les coupe, les verse dans le mixeur et ajoute de l’eau. La préparation de la soupe du jour avance. A cette heure, il n’y a encore personne. Toutefois, tout se doit d’être prêt pour les premiers venus. Un rituel bien rôdé désormais… même si l’aventure du food truck est récente : octobre 2013. « Nous sommes toutes les deux issues de famille de restaurateurs, rappelle Anastasia. Candy a participé aux sélections de Master chef 2012. Pour ma part, j’ai découvert l’univers food truck aux Etats-Unis. Quand je suis revenue en France, avec Anastasia, on s’est demandé comment transformer nos différentes expériences. D’où cette création.”  Le food truck, une véritable mode dans la métropole lilloise et la région ces derniers temps. “Logique, selon William Vidal, président de l’union Street Food, qui souhaite fédérer cette nouvelle forme de restauration, depuis la création de l’association en avril (une vingtaine d’adhérents) : “Dans la région, on avait déjà cet esprit street food avec les baraques à frites. Les food trucks en sont une évolution, mais qui ne vient pas les concurrencer : ce n’est pas le même produit, ni le même fonctionnement.”

Le food truck : une formule moins onéreuse pour se lancer qu’un restaurant

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Au menu : burgers, salades, desserts. Photo : Stéphane Dubromel.

Le principe des food trucks est en effet différent. Alors que la baraque à frites reste au même endroit, eux changent de lieu de restauration tous les jours. Pour l’Effet Gourmet, le lundi, c’est Euratechnologies (“the place to be pour un food truck“, juge William Vidal). Le reste de la semaine, on retrouve le camion à Neuville-en-Ferrain, Tourcoing, Loos ou Wasquehal. Ce lundi, les préparatifs se terminent. Il est temps : alors que des ouvriers s’activent non loin de là, une légère agitation commence à envahir le parvis. Les salariés quittent le bureau au compte-goutte. Il est 11h50, un premier client se présente d’un pas nonchalant. Il parcourt la carte et s’interroge : combien de temps et quelle composition pour le burger bacon ?  Anastasia le rassure : 5 minutes suffiront. Pas question de traîner, les salariés n’ont pas le temps de se poser comme au restaurant. C’est la première commande de la journée. Candy fait cuire la viande de bœuf haché et le bacon, réchauffe le pain. Anastasia, elle, poursuit la mise en route du service puis encaisse le bonhomme. Cinq minutes ont bien suffi. Tant que l’on est à la caisse, justement, ça coûte cher un food truck ? Anastasia répond : « Nous avons commencé avec un capital de 5 500 euros. Nous avons tout de même fait un emprunt pour l’acquisition du camion. Mais c’est le seul. La solution du food truck nous paraissait la plus adaptée. Nous ne voulions pas avoir toutes les contraintes financières d’un restaurant. »

Et la concurrence ?

Justement, de restaurant, il n’y en a pas autour du parvis.  Du moins, pas assez près pour concurrencer L’Effet Gourmet. D’ailleurs, les deux femmes ne se voient pas comme des concurrents à la restauration traditionnelle : elles apportent un service dans des secteurs où la restauration n’est pas ou peu présente. Ce qui permet, selon William Vidal de l’Union Street Food, d’opérer en bonne intelligence avec les pouvoirs publics, mais également les restaurateurs. Même si ce n’est pas toujours le cas. Un étudiant lillois, qui avait le food-truck Chicken Gourmet, s’est vu verbaliser à deux reprises pour absence d’autorisation d’occupation du domaine public. Pourtant, il avait bien sa carte de marchand d’ambulant, émise par la CCI. Mais ce sont les restaurateurs du quartier Vauban à Lille qui ont protesté. Et la mairie qui entendait que la pratique de la nourriture ambulante s’inscrive dans un cadre plus légal. Ainsi, petit à petit, des arrêtés sont en préparation pour réguler la profession. Dans certains centre-villes, comme à Lille, les food trucks sont purement et simplement interdits.

Quel avenir ?

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Le lundi, c’est Euratechnologies. Les deux gérantes de l’Effet Gourmet sont plutôt confiantes en l’avenir de leur food truck. Photo : Stéphane Dubromel.

L’heure du midi est bien entamée. Les clients se font de plus en plus nombreux. Ils arrivent désormais en groupe devant le camion. Les commandes fusent. Un menu burger bacon et une portion de frites pour l’un. Une simple salade pour l’autre. Certains se tâtent devant la carte. D’autres savent parfaitement ce qu’ils veulent. Candy prend les commandes. L’un de leurs atouts selon elles ? 70% de leurs produits sont régionaux et elles espèrent atteindre les 90% prochainement. “La viande utilisée sort de l’établissement Bocquet à Saint-Amand, les pains burgers sont frais et fabriqués artisanalement par un boulanger de Wasquehal, Jeremy Wattier, précise Candy, en pleine préparation d’un burger.  Les légumes pour les soupes et salades viennent d’une ferme de Comines.” Où elles se fournissent également des pommes de terre Bintje pour les frites maisons.

En ce lundi, l’affaire des deux jeunes femmes a l’air de plutôt bien fonctionner.  De quoi envisager l’avenir avec sérénité ? Anastasia et Candy pensent à diversifier leur offre : activité traiteur, ainsi qu’ouverture d’un point de vente fixe à Croix d’ici la fin de l’année. Avant un second food truck certainement l’an prochain.. Reste à savoir jusqu’où ce marché peut aller. Aux Etats-Unis, notait LCI il y a peu : “Sur 12 trucks débarqués à New York ces dernières années, six ont abandonné en 2012. A Los Angeles, on compte 100 lancements et 35 échecs.” Il y a quelques mois, un spécialiste de la conception de baraques mobiles nous confiait lui qu’il n’y voyait qu’une mode et n’embaucherait pas de salariés supplémentaires pour développer la construction de food trucks. A ceux qui sont déjà dans la place de lui prouver qu’il a tort ?

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