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Petite histoire Par | 07H30 | 29 septembre 2014

Migrants : deux décennies d’impasse

Les années passent… et ils sont toujours là, revenant régulièrement au devant de l’actualité. Ils, ce sont les migrants de notre littoral qui essayent de passer en Angleterre. Et ça fait deux décennies que ça dure. Retour sur cette histoire entre la région et les migrants, en trois actes.

Cette scène a cinq ans. En 2009, DailyNord consacrait un grand format aux migrants de Calais. Mais qu’est-ce qui a vraiment changé depuis ? Photo : DailyNord.

Acte 1. Des années 90 à 2002 : des premiers migrants à Sangatte

Ça fait bien longtemps que Calais et ses environs font figure de dernier stop avant l’Angleterre. Dès 1986, Amnesty international sollicitait des bénévoles, suite aux premiers étrangers refoulés à l’entrée du territoire anglais. Le phénomène prend de l’ampleur au milieu des années 90, ce qui coïncide avec la création de l’association La Belle Etoile en 1994, puis du collectif C’Sûr en 1997. A l’époque, ce sont des migrants originaires de l’Europe de l’Est, qui profitent de la chute du Mur de Berlin. C’est néanmoins en 1999 que l’on observe les premières immigrations massives : les Kosovars fuient la guerre dans leur pays, suivis ensuite des Iraniens, Irakiens, Kurdes ou Afghans au début des années 2000.

Sangatte entre dans la danse de l’actualité au même moment. En 1999, on y ouvre un centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire, géré par La Croix-Rouge. Près de 70 000 personnes y séjournent jusqu’en 2002, quand Nicolas Sarkozy, alors fraîchement nommé à l’Intérieur, est le premier ministre à visiter le centre. Il décrétera sa fermeture peu après.

Acte 2. 2002-2014 : de la fermeture de Sangatte aux destructions de « jungles »

D’ici quelques mois, un golf devrait s’élever à la place du hangar détruit de Sangatte. Mais bien évidemment, sa fermeture en 2002 n’a rien réglé. Désormais, les migrants vivent dans des squats ou des jungles, des immenses terrains vagues avec des habitations de fortune dans des conditions sanitaires déplorables (relire notre grand format en 2009). Le but est toujours le même : passer de l’autre côté. En septembre 2009, le Ministre de l’Intérieur du nouveau Président Sarkozy, Eric Besson, frappe un grand coup devant les caméras de télévision : on détruit la jungle principale de Calais afin de faire baisser la pression migratoire.

Un remède encore une fois loin d’être miracle.  Si dans un premier temps, l’effet escompté se fait sentir, les migrants reviennent et sont disséminés dans de nouveaux squats, de nouvelles jungles, à Calais, mais aussi sur le grand littoral nordiste (Norrent-Fontes, près de Bruay-la-Buissière, Steenvoorde en Flandre, dans le Dunkerquois, etc.). Seules les nationalités ont évolué, au gré des conflits mondiaux. Aujourd’hui, sur les 1 500 migrants estimés sur le littoral, on compterait une majorité d’Africains de l’Est (Erythrée, Soudan).

En 2014, le pays a beau être passé sous un gouvernement socialiste, les réponses restent les mêmes : détruire les camps, comme ça a été encore le cas au printemps 2014.

Acte 3. 2014 : et maintenant ?

La scène est « puante » à souhait. Il y a quelques jours, Canal Plus diffusait des images d’une manifestation face à la mairie de Calais. On y voyait un représentant du collectif Sauvons Calais, ainsi que des membres de l’ultra-droite crier des slogans haineux contre les migrants (relire notre Vite dit). Depuis, une plainte a été déposée, mais elle symbolise les tensions qui règnent à Calais où les migrants sont de nouveau très nombreux. Parmi ceux-ci, certains n’hésitent plus à forcer les grilles du port ou à grimper en nombre dans des camions à peine arrêtés. Des affrontements violents ont eu lieu cet été. La mairie de Calais, elle tenue par Natacha Bouchart, une élue de terrain de la galaxie Sarkozy, l’homme qui a tant fait pour Calais en tant que ministre et président, interdit désormais aux migrants de jouer au football le dimanche matin sur les terrains municipaux. Des habitants et commerçants font aussi part de leur ras-le-bol.

Pendant ce temps, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, a donné son feu vert pour créer un centre d’accueil de jour. Et Londres et Paris ont signé un accord : création d’un fond commun alimenté par une contribution britannique de 15 millions d’euros. Celui-ci servira à sécuriser le port de Calais et protéger les personnes vulnérables. La coopération policière sera renforcée et des campagnes d’informations seront menées auprès des migrants pour leur expliquer que l’ eldorado anglais n’en est pas un et la dangerosité du passage. Ce qui encore une fois paraît bien peu, même s’il est certain que le problème des migrants et du Calaisis ne se résoudra pas d’un coup de baguette magique.

Relire le grand format de 2009

– Au pays des migrants (1/7) : les étoiles du midi 
 
– Au pays des migrants (2/7) : les femmes et les enfants dehors
 
– Au pays des migrants (3/7) : la « jungle» , en attendant
 
– Au pays des migrants (4/7) : une vie dans un sac poubelle
 
– Au pays des migrants (5/7) : Norrent-Fontes, base arrière vers l’Angleterre
 
– Au pays des migrants (6/7) : au milieu du non-droit, l’information sur les droits
 
– Au pays des migrants (7/7) : ballet nocturne en Calaisis

1 Commentaire

  1. Il est vrai que Sarkozy,à l’époque est venu à Sangatte fermer le centre..Avec tambours,pom-poms girls et trompettes d’Aïda,et toutes les caméras de France..Son gros coup médiatique..Les migrants se sont donc dilués sur Calais…Ensuite,son ministre ( de gauche rallié)Besson est venu,avec les mêmes ” grosses caisses musicales ) détruire la ” jungle “..Les migrants se sont éparpillés ailleurs..Le problème s’est amplifié de plus en plus,avec l’afflux de plus en plus important de migrants…On en voit des dizaines de plus tous les jours..Sarkozy,le “Dieu” de Mme Bouchart,maire de Calais,a fermé Sangatte,et causé de fait la marée dans Calais de tous ces migrants…Mme Bouchart ne lui en veut pas car elle soutient le retour de son Dieu Sarkozy….Sans compter que des éléments qualifiés d’extrême gauche ( les no-borders )bien souvent étrangers,contribuent à créer des squats en ” violant ” des habitations ou des entrepôts non occupés..En taggant les murs de la ville,ou en défiant les forces de police..Faut voir aussi,vers les zones du port de Calais,les tentatives de prises d’assaut des camions par les migrants..Les Crs et forces de police sont souvent débordés ou attaqués par des centaines de migrants..Qui seraient entre 1500 à 2000 ..peut-être plus..Ils sont éparpillés dans beaucoup de sites..Faut les voir aussi arriver par dizaine à pied le lond de l’autoroute vers Calais..Le vrai gros hic,c’est le poste frontière anglais…La frontière anglaise,au lieu de se trouver en Angleterre,se trouve au port de Calais..En situation d’occupant,en vertu d’accord très antérieur ( accord Miterrand-Thacher )..Les anglais bloquent à Calais les migrants qui veulent passer en Angleterre..Alors,renvoyons la frontière anglaise chez les anglais,..La France( Calais ) n’est pas un territoire britannique…

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