TERRITOIRES

Réflexions Par | 07H30 | 10 septembre 2014

Les questions soulevées par la fusion du Nord – Pas-de-Calais et de la Picardie

Le Nord – Pas-de-Calais et la Picardie fusionneront-elles ? C’est en tout cas ce que voulaient les députés au coeur de l’été. L’affaire devrait passer au Sénat. Mais d’ores et déjà, une telle fusion de deux régions pose quelques questions.

Le siège du Conseil Régional du Nord – Pas-de-Calais à Lille. On fait quoi de celui d’Amiens ? Photo : Stéphane Dubromel.

Comment rapprocher les deux administrations ? 

Les effectifs se comptent en milliers de chaque côté (6 000 rien que pour le Nord – Pas-de-Calais, relire L’Armée mexicaine se succède à elle-même). Fusionner, on dira rapprocher, de tels mastodontes ne sera pas une partie de plaisir. On rappellera qu’il existe quelques centaines d’agents portuaires en Nord-Pas de Calais et pas du tout en Picardie. Il s’agira d’aplanir les jalousies, de gérer au mieux les inévitables doublons hiérarchiques, de trouver un consensus de management et d’ajuster les avantages et privilèges divers et variés qui fleurissent dans la fonction publique territoriale y compris dans chacune des régions. Le tout sans alourdir la facture pour le contribuable. Et sans froisser les syndicats.

Où poser le siège de Région ?

A Lille, diront les Nordistes orgueilleux. A Amiens, répondront les Picards grincheux. Parce que garder – et entretenir – deux complexes administratifs va coûter cher, sans compter l’hémicycle (on peut certes imaginer des assemblées plénières alternées à Lille et Amiens, à condition que les lieux ne soient pas trop exigüs…). Et comment faire pour vider l’un et remplir l’autre ? Casse-tête et crise de nerfs en perspective. La dernière idée en date : l’hémicycle à Lille, les services à Amiens…Cela rappelle le tandem Bruxelles/Strasbourg pour les institutions européennes. Et que fait-on du siège lillois inauguré il y a une dizaine d’années à grands renforts de dizaines de millions d’euros ?

Quels grands projets pourraient avancer avec une fusion ?

On songe au canal Seine-Nord qui pourrait ainsi trouver là un nouveau motif de décollage. Outre les quelque quatre milliards d’euros à réunir, le grand projet logistique qui relie le bassin parisien au Nord et traverse la Picardie aura ainsi le mérite d’une cohérence régionale…dont il n’avait pas besoin puisque les deux régions sont d’accord. Il y aura des dommages collatéraux chez les écolos par exemple, pas forcément d’accord entre eux. Mais d’autres projets d’aménagement peuvent trouver matière à prospérer. Surtout dans le domaine des transports comme des…autoroutes ou des plates-formes multimodales, précisément.

Quel nom pour cette nouvelle région ?

Qui dit fusion des régions… dit a priori changement de nom. Avec encore un beau casse-tête en perspective : un nom vendeur à l’international, qui n’oublie personne ou… qui oublie tout le monde. Il va y avoir des mécontents. DailyNord a déjà lancé ce débat essentiel à la bonne marche de la planète en mai. Pour le moment, Flandre-Artois-Picardie se détache largement, suivi de la proposition Pays-Bas Français (ou méridionaux ou du Sud), Flandre-Artois-Hainaut-Picardie, Grande Picardie, Hauts de France (ou Haute France) et Pays du Nord. Vous pouvez toujours donner votre avis par là.

Comment composer les listes ?

Le Rubik’s cube de la composition des listes s’annonce insoluble, comme d’habitude mais particulièrement cette fois, car il s’agira de trouver une cohérence entre cinq départements, assez dissemblables. Et comment réagiront les Picards – le conseil régional de Picardie compte 57 membres – dont l’amour-propre n’est pas en reste ? Le Rubik’s cube s’annonce comme un casse-tête. Chaque camp en recevra un…Il y aura des déçu(e)s.

Et comment choisir les têtes de listes ?

Idem pour les têtes de liste. Les élections se feront au niveau départemental. Cinq têtes de liste dans chaque camp ? De quoi y perdre son latin électoral entre les deux tours. Sans compter les accords politiques et les fusions mais de listes cette fois. Et chaque camp devra désigner son candidat président avant l’assemblée plénière.

Quels pronostics dans le cadre d’une telle région élargie ?

On sait Marine Le Pen sur le sentier de la guerre. Car, selon elle, la région Nord-Pas de Calais/Picardie lui tend les bras. C’est aller un peu vite en besogne car l’élection se jouera en deux tours. Et si la droite et la gauche trouvent un arrangement, les choses deviendront moins évidentes d’autant que d’ici décembre 2015, la droite peut espérer refaire un peu de son retard, alors que la gauche ne peut que perdre du terrain. Les chiffres des dernières élections européennes semblent sourire à la présidente du Front national qui trouverait ainsi en cas de victoire un tremplin idéal pour la présidentielle de 2017. En tout cas, son avantage premier reste…sa candidature presque évidente. Alors qu’à gauche et à droite on risque de tergiverser encore quelque temps…et la nomination au gouvernement du président du Nord Patrick Kanner trouble le jeu et déstabilise les clans socialistes sur le terrain qui devront  probablement s’accorder une nouvelle fois sur la personnalité pour les emmener. Pierre de Saintignon, vice-président socialiste du conseil régional Nord-Pas de Calais, vient d’affirmer sa candidature et part ainsi avec un temps d’avance.

Relire également : qui sont les candidats les mieux placés ?

Et si la Normandie nous rejoignait ?

C’est l’idée de Martine Aubry (et de Laurent Fabius, longtemps élu de Haute-Normandie) d’ajouter la grande Normandie aux deux régions et les entourages de ces deux grands élus de gauche s’activent pour réorienter le projet adopté par l’Assemblée nationale. Pour atteindre une masse critique souhaitable dans le concert européen des régions. Son argument : deux régions pauvres ne font pas une région riche. Oubliant au passage que les deux Normandie même rassemblées n’ont pas un produit régional brut tellement plus élevé et qui n’impacte pas vraiment l’ensemble. Et de toute façon une démographie beaucoup moins importante. Mais la synergie portuaire – de Cherbourg à Dunkerque – peut attirer l’attention. De toute façon, pour la maire de Lille il s’agissait d’abord de faire entendre sa petite musique. Enervante pour le pouvoir en place à Paris. Forcément énervante.

Tous les articles concernant la fusion et les régionales sont à lire par ici.

2 Commentaires

  1. Pour ce qui est du siège de région, la question sera vite réglée : avec la victoire annoncée de Jean-Marine, c’est à Nanterre et au manoir de Saint-Cloud de madame la baronne que se prendront toutes les décisions pour la région. L’hémicycle fera simplement office de salle de spectacle.

  2. Je pense que cette fusion (NPdC-Picardie) est une (très) bonne chose à long terme. Par contre, il n’y aura aucune économie avant plusieurs années. Je suis plus sceptique sur la fusion avec la Normandie dont j’ai plus de mal à voir le sens profond. Concernant la ‘capitale’, il me semble que Lille comme Métropole se suffit à elle même, et que la capitale de cette nouvelle région doit être ailleurs (Amiens ? Arras ?). La région actuelle est beaucoup trop Lillo-centrée.

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